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Edito de avril 2020 : En avril, ne te découvre pas, reste à domicile

Edito de avril 2020 : En avril, ne te découvre pas, reste à domicile

L’édito d’un numéro d’avril qui ne sortira jamais

 

« En avril ne te découvre pas d’un fil ». L’adage populaire pourrait se remplacer, au temps du Covid-19, par « en avril rien ne sera facile ». Les Français entament la 4e semaine de confinement aujourd’hui même à l’heure où l’équipe du Petit Vendômois devait distribuer son numéro d’avril, un numéro printanier, dans lequel nos lecteurs auraient dû retrouver les multiples manifestations qui devaient se dérouler dans notre région chaque week-end. Comme beaucoup de Vendômois, il me semble que le 16 mars, jour du discours de notre président Emmanuel Macron annonçant le confinement plus strict afin de lutter contre l’épidémie, est un jour lointain, trois semaines se sont écoulées qui paraissent trois mois. Ces sévères mesures, jamais imaginées en temps de paix, ont semble-t-il brisé, tout au moins dans un premier temps, les cloisons de l’espace social, tout le monde est concerné, le banquier comme le travailleur sont soumis aux mêmes menaces. Cependant très vite, l’argent a repris son pouvoir, les confinés des résidences secondaires rouvertes pour l’occasion qui télé-travaillent et les confinés avec leurs enfants dans de petits appartements sans balcon ont créé des différences dans la restriction. Sans oublier bien sûr les invisibles du quotidien, soignants, pompiers, ambulanciers, camionneurs, caissières,… qui continuent sans relâche et sans protections réelles à assurer l’approvisionnement et les soins, liens vitaux pour notre survie.

 

Le confinement et la distanciation des gens entre eux, l’ensemble de nos sociabilités risquent au final d’être bouleversés par la numérisation accélérée  qui connaît un surcroît d’activité. Tandis que nos commerçants ne peuvent ouvrir car non-essentiels, Amazone embauche, sans gestes barrières dans les allées, ce qui lui est reproché à juste titre. Les apéros-visio sur des applis dédiées, les réseaux sociaux qui tournent à fond avec ce flot de fakenews, les streaming et autres sites de vidéos et séries à la demande, tout est numérisation pour rester chez soi, c’est une situation inédite et qui accélère le processus. Des initiatives surgissent comme le regroupement de producteurs locaux pour vendre leurs légumes, fruits, fromages ou viandes avec paiement en ligne et livraison chez soi. Les créations inédites d’artistes qui permettent à chacun de passer le temps tout en se cultivant, le confinement nous donne un moment de répit et l’occasion de réfléchir seul ou en famille pendant ce temps suspendu improbable.

 

« La politique ne me concerne pas » jusqu’au jour où chacun comprend que ce sont bien des choix politiques qui ont laminé l’hôpital. Depuis 20 ans, un seul mot d’ordre des différents gouvernements prédomine, réduire les coûts, l’hôpital pourra fonctionner en mode « juste à temps ». Cette crise du Coronavirus tient autant de la dangerosité du virus qu’à la dégradation organisée du système sanitaire en général et hospitalier en particulier. Une sonnette d’alarme que n’a cessé de sonner l’ensemble du personnel depuis de longs mois. La mise en place, petit à petit du principe de soins-marchandises importés des Etats-Unis, la tarification à l’activité proportionne le financement des établissements aux nombres d’actes médicaux effectués et facturés comme dans un magasin, plutôt qu’en fonction d’une planification des besoins réels. Un Etat donc qui s’est acharné ces dernières années à se dépouiller des lits de réanimation, peu lucratifs mais est-ce que l’hôpital doit être rentable ? Comme les pompiers qui ne se déplacent pas simplement au feu mais comme chacun le désire et le souhaite, qu’ils soient également prêts dans leur caserne en attendant leur sirène. La France s’est révélée aussi incapable de dépister massivement les malades du Covid-19, révélant ainsi à ceux qui l’ignoraient la dépendance de la Santé Publique vis-à-vis des laboratoires privés.

 

Le monde semble vaciller et confronté à une accélération hors-norme. Les alertes s’accumulent, inégalités, augmentation du chaos climatique et écologique, un système financier au bord de l’implosion… et désormais l’épidémie, la liste est longue des menaces qui sapent notre moral et notre confiance dans un avenir même tout proche. Ne peut-on pas dire qu’au fond cette crise épidémique nous invite à repenser des pans entiers de la mondialisation, notre dépendance à la Chine, entre autres, au libre-échange, à l’avion, au cargo ? Le Covid-19 découvre aux yeux de tous, une organisation économique encore plus aberrante dont chacun soupçonnait déjà. Les masques inutiles il y a 15 jours car avouons-le aucun stock, aucune préparation d’un gouvernement qui nous assurait pourtant que tout était en place, ces mêmes masques reçus par millions de Chine vont donc sûrement être obligatoires ces jours prochains avec les gestes barrières qui eux restent d’actualité. Et l’Europe dans tout ça ? Si elle n’est pas capable de faire preuve de plus de témérité et de coordination, les séquelles du virus risquent d’être profondes et douloureuses.

 

Cette pandémie peut être l’occasion de faire la paix avec la Terre. On l’a vu au-dessus de la Chine par satellite, l’activité humaine en forte baisse apporte ce répit à la planète. Il faut offrir à l’humanité une dernière chance pour prendre conscience de sa communauté de destin. Passer simplement d’un Etat qui ne peut rester durablement « solitaire » à une souveraineté « solidaire », ce bouleversement peut donner le déclic, commencer enfin à mettre en place des dispositifs de protections solidaires des biens communs mondiaux. Ce serait alors, la grande leçon que nous pourrions retenir de cette pandémie planétaire. Le confinement peut parfois nous rendre optimistes et rêver à des lendemains qui chantent. « La chose importante à garder en tête est qu’il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde » écrivait Anne Frank dans son journal, confinée pendant plus de deux ans dans un deux pièces avant d’être déportée et de mourir en camp de concentration.

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