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Edito de juillet 2020 : Les statues meurent aussi

Edito de juillet 2020 : Les statues meurent aussi

Ce titre tiré d’un documentaire anticolonialiste d’Alain Resnais et Chris Marker de 1953 donne le ton. Même si l’on sait bien que le problème n’est pas l’art statuaire mais le « racisme », ce mouvement inédit de mondialisation de l’antiracisme déclenché par le meurtre aux États-Unis de George Floyd nous interroge quant à l’histoire. Longtemps, le déboulonnage fut la marque d’un basculement politique, une révolution, à l’image de la statue renversée et brisée des rois de France à la révolution ou de Saddam Hussein en Irak ou même de Lénine dans les Pays de l’Est, aujourd’hui c’est le signe de la colère, une fracture communautaire en somme, symbole de la colonisation, de l’esclavage et du racisme. Cette contestation actuelle reste une dénonciation de la persistance pour certains du racisme dans les sociétés contemporaines.

 

Déboulonner pourrait alors être considéré comme vandaliser l’Histoire. Car l’histoire que l’on raconte est toujours celle des vainqueurs, l’histoire de la majorité, vue et vécue par ceux qui détenaient le pouvoir et les moyens de passer à la postérité, l’histoire d’une partie de la population en somme. Une des figures les plus débattues est sans nul doute en France, celle de Colbert, ministre de Louis XIV pour son rôle dans le Code noir qui organisait l’esclavage aux Antilles. La mémoire des personnages persiste quoi qu’il arrive. Faire disparaître Colbert de nos têtes, c’est renommer des rues, des places, arracher les pages des livres…, les traces persévéreront quoi qu’il se passe.

 

Le problème, me semble-t-il, est la complexité historique, l’anachronisme, juger le passé avec nos yeux, nos valeurs d’aujourd’hui. On se souvient tous de «Tintin au Congo» la 2e BD d’Hergé qu’il y a une dizaine d’années avait défrayé la chronique. Faut-il l’interdire, la détruire, la réécrire ? Ces actions de force actuellement s’étendent également vers les plaques de rue de personnages esclavagistes qui ont fait la fortune de ces cités comme on peut en voir à Nantes au passé de négrier. Quant à Bordeaux qui elle-aussi possède un lourd passif avec la traite négrière, la ville girondine a choisi la pédagogie mémorielle. Trouver des alternatives au retrait de ces effigies, une introspection s’impose en France sur la statuaire qui s’est multipliée sous la IIIe République avec ce goût prononcé et dénoncé actuellement pour le soldat blanc colonisateur. Mentionner les faits et méfaits sous les représentations plutôt que de les détruire. Ou déplacer ces statues au musée plutôt que leurs disparitions, un maintien dans tous les cas au nom de la mémoire humaine. Ignorer l’histoire c’est être condamné à la revivre disait Winston Churchill qui lui aussi est dans la cible des antiracistes… Mieux vaut donc la pédagogie que la purge, élargir la mémoire de notre passé, tout en créant ensemble notre avenir serait la meilleure réponse à toute destruction !

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