Éditos

Par Toutatis !

Avec la sortie en octobre du 40ᵉ album de bandes dessinées des histoires d’Astérix et Obélix, je me pose la question quant à la vie des héros qui se poursuit malgré la mort de leur créateur. Alix, Lucky Luke, Achille Talon, Gaston Lagaffe ou Blake et Mortimer, les exemples ne manquent pas quant à cette survie des personnages dans le temps. Le « 9ᵉ art » comme on le nomme souvent est le seul genre littéraire qui permet ces réapparitions, parfois même 40 ans après la disparition des auteurs. On ne verrait pas une suite d’« A la recherche du temps perdu » de Proust ou un nouveau chapitre de la « Comédie humaine » de Balzac, mais la BD ne se prive pas, dessin comme scénario, de puiser comme bon lui semble dans le filon, 5 millions d’albums tirés dans le monde pour les dernières aventures de l’irréductible gaulois.

Car un livre sur quatre qui se vend aujourd’hui en France est une BD, grâce notamment au succès incontesté des mangas, ces BD japonaises si particulières. Avec l’écriture d’un nouvel album sous le trait connu vintage de personnages qui ont bercé notre enfance, n’est-ce pas prolonger sans fin la vie de ces héros ? Et même si certains auteurs ont passé le relais de leur vivant, beaucoup n’ont rien demandé, l’enjeu financier prend alors le relais. Il est dommage que cela ne serve pas la cause car, des nouveaux auteurs, il y en a à foison quand on s’intéresse à la BD. L’exemple de Tintin et Hergé force l’admiration quand on voit les héritiers qui respectent la volonté de l’auteur, d’une œuvre qui se termine généralement avec la mort de l’artiste. On peut penser aussi à Gaston Lagaffe où Franquin, décédé en 1997, ne désirait pas la survie de son personnage. Pourtant en novembre, sortira le 22e album réalisé par Delaf même si l’héritière, Isabelle Franquin avait porté l’affaire il y a un an devant la justice pour respecter les dernières volontés de son père.

A qui appartiennent les héros des BD ? Aux auteurs ou aux éditeurs ? Au contraire des deux derniers albums de Corto Maltese (album sorti en octobre « La Reine Babylone ») sous le dessin de Bastien Vives et un texte de Martin Quenehen, on a un scénario original et un dessin qui ne cherche pas à imiter l’original. Confondre hommage et exploitation commerciale, ressusciter un personnage sans consentement et par un mimétisme parfait pose question comme l’est ce dernier ouvrage de Gaston Lagaffe. Pourquoi ressusciter des personnages emblématiques alors que des héros originaux ne demandent qu’à être publiés ? Et si finalement, ces reprises lucratives ne sont-elles pas aussi le signe de notre société, un recyclage permanent de ce qui marche, à l’image d’une Intelligence Artificielle qui n’invente pas, mais réutilise à l’infini les vieilles recettes, sans réelle innovation en somme ! Si, en plus, la création fout le camp…

 

Alexandre Fleury

Il est partout ! Assemblées générales, événements sportifs et culturels, reportages, interviews, portraits… à lui seul, il rédige la moitié des articles du journal. C’est la figure tutélaire de la rédaction et il répond toujours avec le sourire aux très nombreuses sollicitations. Une valeur sûre, qui écume le Vendômois par monts et par vaux et connaît le territoire par cœur.

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