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1918-1919, quand Vendôme recevait les Américains

1918-1919, quand Vendôme recevait les Américains

Suite aux deux interventions(1) concernant la présence américaine en Loir-et-Cher à la fin de la Première Guerre mondiale, données à l’Université du temps libre et à la Société archéologique du Vendômois, respectivement le 25 mars et le 5 mai et axées essentiellement sur le camp de Gièvres en vallée du Cher, il m’a semblé intéressant de traiter cette même présence, mais à Vendôme cette fois. Une étude inédite pour une période méconnue, voire localement oubliée. 

 

Le 6 avril 1917, la Chambre des Représentants des États-Unis, par 373 voix contre 50 et le Sénat par 82 voix contre 6, déclaraient l’état de guerre contre l’Allemagne. Dès lors, la machine de guerre américaine s’emballa.

 

Le 13 juin, le général Pershing, chef désigné du corps expéditionnaire américain, l’AEF (Américan Expeditionary Forces), arrivait à Paris.

 

Le 28 juin, la 1ère division US et un bataillon de Marines débarquaient à Saint-Nazaire. Fin 1917, 9 800 officiers et 165 000 hommes foulaient le sol français.

 

1917

Le départ précipité, en octobre, du dépôt commun de matériels des 19e et 20e  Chasseurs installé  au quartier Rochambeau et remplacé aussitôt par les services d’un hôpital-vétérinaire peu désiré, devait soulever un certain émoi en ville. La pétition des commerçants s’opposant à ce départ, en termes très vifs envers la municipalité, ne fut même pas prise en considération. Une proposition fut alors formulée pour que le quartier Rochambeau désormais libre soit mis à la disposition de l’autorité militaire américaine pour y loger un régiment de nos nouveaux alliés. Bien qu’un service vétérinaire fût pour les élus une ressource pour la ville et que celle-ci disposât encore de vastes locaux sans emploi au dit quartier, pour le maire, il était bon d’en passer par le préfet et de demander audience au ministre de la guerre. L’affaire en resta là pour un temps.

 

1918

Le temps passant, en février, le gouvernement américain ayant maintenant l’intention de créer une formation sanitaire dans la région vendômoise à l’usage exclusif de l’armée américaine envoyait une délégation visiter l’hôpital mixte (l’hôpital-Hospice, rue Poterie) et diverses autres ambulances  (centres de soins ou de convalescence créés dès 1914) de la ville. Mais les exigences des États-Unis s’avérèrent draconiennes car tous les médecins militaires de la place de Vendôme seraient alors mutés, les différentes formations sanitaires supprimées et seuls les services de santé américains subsisteraient. Une exception, l’hôpital-hospice pourrait toutefois conserver un médecin.

 

Au mois de mai, une mission de la Croix-Rouge américaine était reçue à l’Hôtel de ville (porte Saint-Georges) ornée des drapeaux des deux nations. Après les remerciements d’usage, s’ensuivit un dépôt de gerbes au pied de la statue du maréchal de Rochambeau. L’après-midi, au théâtre municipal, le sous-préfet Leguay présentait la mission et l’importance du concours en hommes et en matériels que nous apportaient les Américains ; le capitaine Platt, chef de la délégation, renouvelait de son côté et au nom de son pays, la promesse faite par le président Wilson « pour payer la dette contractée lors du concours apporté par les soldats de France sous la conduite de Rochambeau et de La Fayette ». Puis retentissaient les hymnes américain, anglais, belge et français interprétés par l’harmonie municipale.

 

Sur ordre du Parlement français et comme beaucoup d’autres villes, Vendôme entièrement  pavoisée aux couleurs des Alliés mettait  un point d’honneur à célébrer «l’Independance Day» du 4 juillet, fête nationale américaine. Pour ce faire, la municipalité décidait de rebaptiser la rue Poterie, rue du Président Wilson pour rendre hommage à «cette vaillante nation» et la rue du Change, en  rue d’Angleterre, pour « son précieux concours apporté à la cause alliée », au grand mécontentement des Vendômois.

 

Les cérémonies d’accueil, tant à la mairie abondamment décorée pour la circonstance que devant la statue de Rochambeau bientôt submergée de gerbes de fleurs, se passèrent en présence d’un grand nombre d’élus de Vendôme, de l’arrondissement et du département (qu’il serait ici fastidieux d’énumérer) mais aussi en compagnie de très nombreux représentants anglais  et Américains dont le général de division Taylor représentant le général Pershing et l’ambassadeur des États-Unis.

 

À Thoré (la-Rochette), après une messe du souvenir, les mêmes délégations se recueillirent sur le mausolée du Maréchal avant de se rendre au château dans les salons duquel un lunch fut servi. Tous, visitèrent ensuite l’illustre demeure.

 

Le dimanche suivant (7 juillet), les équipes militaires anglaises du camp de Poulines (Villerable-Nourray) et américaines des camps de Blois et de Marchenoir prenaient part aux manifestations sportives aux Prés-aux-Chats. Organisées par la société de gymnastique « La Patriote » et la section sportive du PLV (Patronage Laïc Vendômois), avec le concours du comité des Fêtes et de la société de Tir, ces épreuves amicales étaient placées sous la présidence des autorités civiles et militaires françaises et alliées.

 

Fin septembre, alors que la censure avait jusqu’ici interdit d’en parler, il était maintenant officiel que des ambulances américaines proposant un total de 500 lits allaient être installées à Vendôme, sur demande expresse des États-Unis, au célèbre hôpital local n° 35 (ambulance complémentaire ouverte en 1914 dans les écoles Saint-Denis et le théâtre municipal), au Calvaire (rue du Puits) et surtout au collège de jeunes filles (rue Saint-Denis, tout juste inauguré en 1911 et dénommé par la suite collège du Bellay). Mais contre avis favorable de la ville et pour ne pas fermer ce dernier établissement, divers lieux, comme le quartier Rochambeau notamment, furent proposés aux Américains qui refusèrent et qui finirent même par obtenir du gouvernement français l’autorisation prochaine d’occuper le collège.

 

Mais la fin du cauchemar signée le 11 novembre, un arrêt des hostilités  qui surprit  quelque peu les « Tommies » venus combattre l’ennemi pour plusieurs années encore, allait mettre un terme à une possible occupation du collège.

 

1919

Bien que la paix fût revenue et avec elle un grand travail de réorganisation, l’hôpital-vétérinaire installé au quartier Rochambeau faisait maintenant place, en février, à un régiment de cavalerie américain devant s’établir à Vendôme pour une durée encore indéterminée. Une partie de cette unité, forte de 600 à 800 hommes, arrivée de Gièvres, le 9 (février), avait été annoncée par un défilé et par deux concerts donnés, l’un sur la place Saint-Martin (le12), l’autre aux Prés-aux-Chats, le lendemain. Un complément de 1 000 hommes environ avec ses chevaux viendrait, quant à lui, s’installer le mois suivant. Par la suite bien d’autres concerts de musique militaire seront proposés aux Vendômois ravis d’une telle aubaine.

 

La presse locale souhaitait de son côté la bienvenue aux Alliés en espérant avant tout d’excellents rapports avec « la population vendômoise si accueillante ». Pour répondre à certaines craintes sur l’augmentation des prix, Vendômois et Américains se mirent en rapport avec la mairie afin de se concerter sur les cours des denrées, évitant à ces derniers d’être dupes de certains mercantis et d’être surtout la cause d’une élévation du coût de la vie.

 

Protocole oblige, le jeudi 6 mars eut lieu la réception officielle, à l’Hôtel de ville,  par la municipalité, du colonel et officiers de ce 6e régiment américain. Dans une salle décorée de plantes vertes et de trophées des drapeaux alliés, tandis que M. Frain, maire, entouré de nombreux conseillers et représentants anglais et américains accueillait chaleureusement ses hôtes, le colonel Folts (ou Foltz), répondait : « J’ai été particulièrement heureux, en arrivant à Vendôme, de voir se dresser sur la place Saint-Martin la statue du maréchal de Rochambeau dont la gloire est inséparable de celle de Washington et de La Fayette, trois noms que les jeunes Américains, dès les bancs de l’école, unissent dans une même vénération… Mais, j’ai été très peiné de ce que notre arrivée dans votre ville trouve éloigné de Vendôme ce beau régiment du 20e Chasseurs qui n’y comptait que des amis. J’espère lui rendre bientôt son quartier dans lequel, non seulement nous n’aurons commis aucun dégât, mais auquel nous espérons pouvoir apporter des améliorations dans la distribution de l’eau, de la lumière électrique… ». Un toast en l’honneur du président Wilson terminait la cérémonie.

 

Dans la foulée, les autorités américaines interdirent à ses soldats d’acheter ou d’accepter en cadeau, rhum, cognac, champagne, liqueurs et autres boissons alcoolisées, excepté les vins légers et la bière, sous peine de graves sanctions.

 

Pour remercier la ville de Vendôme de son accueil réservé au 6e  régiment, trois lettres furent envoyées au maire qui avait tout fait pour être agréable aux Alliés : la première, datée du 29 avril (1919), provenait du colonel Folts, commandant ce 6e régiment de cavalerie ; la deuxième, en date du 3 mai,  était envoyée par le lieutenant-colonel William E. Hoy, représentant les Forces américaines en France ; quant à la troisième, du 3 mai également, elle émanait du général Pershing, en personne, qui écrivait en substance : «Sur la liste des villes françaises qui ont bien voulu exempter les Forces Expéditionnaires Américaines du paiement de droits d’octroi (supprimés à Vendôme en 1925), j’ai le grand plaisir de relever le nom de celle que vous administrez et dans laquelle les militaires américains ont constamment reçu un si excellent accueil. Je tiens à vous dire, en leur nom et du mien, combien nous avons été touchés de cette marque de sympathie et je vous prie de transmettre au conseil municipal et à la population de Vendôme, l’expression de notre vive reconnaissance.»

 

Ce fut là le tout dernier contact de Vendôme avec les officiers américains et leurs hommes de troupes, leur départ définitif de France étant fixé au 30 juin (1919).

 

Les Vendômois ayant logé des officiers alliés en avril, mai et juin  de la présente année étaient maintenant invités à passer chez le receveur municipal pour y toucher leurs indemnisations.

 

Le 5 août suivant, le dépôt du 57e d’Artillerie (57e R.A.C.) s’installait au quartier Rochambeau. Seize officiers et 150 sous-officiers et canonniers venaient à leur tour y tenir garnison. Débarqués à la gare et après avoir défilés rue du faubourg Chartrain et rue d’Angleterre (rue du Change), ils prirent possession d’une partie du quartier de cavalerie. Une caserne qui, malgré les promesses faites quelques mois auparavant par le colonel américain Folts, fut laissée «assez désorganisée et assez sale.»…

 

Personnellement, je n’ai jamais pu savoir si l’eau courante et l’électricité avaient bien été installées, comme promis également.

 

 

Note (1) : Deux conférences données par M Jérôme  Danard, Président de l’association France-États-Unis.

 

Références archivistiques :

Archives communales de Vendôme, registres des délibérations 1 D 10 36/37/38.

Bibliothèque du Pays vendômois : Le Carillon et le Progrès de Loir-et-Cher, années 1917-1919.

Recherches et étude personnelles sur la Première Guerre mondiale en Vendômois, 1913-1923.

Iconographie : collection particulière.


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