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1919-1923 : Vendôme, une ville de l’après-guerre (1ère partie)

1919-1923 : Vendôme, une ville de l’après-guerre (1ère partie)

Si la guerre est finie, la France bien que victorieuse est exsangue et doit maintenant relever ses ruines et honorer ses morts. La démobilisation rapide entraîne un chômage important dans un contexte difficile. À Vendôme, la commission d’approvisionnement continue de fonctionner pour les plus démunis. La pénurie de charbon se fera encore ressentir tout au long de l’année 1919 entraînant  de nombreuses restrictions.  Les Anglais, évacuant le camp de Poulines, sont remplacés, au quartier Rochambeau, par les Américains. Désormais, l’érection d’un monument commémoratif  occupe les esprits.

1919 – La vie continue

En février, l’ambulance municipale établie place de la Liberté, annexe de l’hôpital mixte de Vendôme cesse de fonctionner. Des courriers de remerciements sont adressés, au nom de la ville, aux nombreuses personnes qui ont fourni principalement du mobilier ainsi qu’à la Société Coopérative, « La solidarité Vendômoise », pour le prêt gracieux de ses locaux.
Alors que les prix, déjà considérablement augmentés durant le conflit, poursuivent leur ascension, et ce, malgré la suppression progressive de certaines taxes, la commission municipale d’approvisionnement, décide une baisse générale, en mai, de ses propres tarifs. Mais le rationnement du sucre perdure et sa distribution est souvent repoussée au mois suivant. Toutefois, en juin, les tickets de pain sont supprimés.
Le manque de charbon, toujours crucial, qui sévit encore à l’usine à gaz, entraîne, pour les particuliers, des restrictions pour la cuisson des aliments mais aussi de chauffage et d’éclairage.

Les Américains s’installent…

Courant février, un régiment américain, le 6e de Cavalerie, fort de 800 hommes, arrivé de Gièvres (Loir-et-Cher), prend possession du quartier Rochambeau et en guise de bienvenue, sa musique donne plusieurs concerts sur la place Saint-Martin et aux Prés-aux-Chats. Un complément de 1 000 cavaliers avec autant de chevaux est même prévu pour le mois suivant.
Protocole oblige, jeudi 6 mars, la ville reçoit officiellement  le colonel américain Folts et ses officiers. Dans un dithyrambique discours le colonel se dit particulièrement heureux de se retrouver dans la patrie du maréchal de Rochambeau tout en déplorant le départ du beau régiment du 20e Chasseurs ; « j’espère, devait-il ajouter, lui rendre bientôt son quartier dans lequel, non seulement nous n’aurons commis aucun dégâts, mais auquel nous espérons pouvoir apporter des améliorations dans la distribution de l’eau, de la lumière électrique… ». Et pour souligner cette parfaite entente, dans une lettre adressée au maire, le général Pershing, en personne, remercie la municipalité pour avoir exempté son régiment des droits d’octroi et pour l’accueil chaleureux  des Vendômois envers ses soldats et son état-major logeant le plus souvent chez l’habitant.

Mais après un court séjour à Vendôme, leur départ définitif étant fixé au 30 juin, les Américains laisseront un quartier dans un état intérieur « désorganisé » et plus que douteux malgré les promesses faites. Ce qui n’empêchera pas le 57e d’Artillerie de s’y installer le 5 août suivant, composé de 16 officiers, et de 150 sous-officiers et canonniers.

Plaque apposée sur le clocher Saint Martin

…Les Anglais s’en retournent.

À partir de février, en effet, les Britanniques, regagnent peu à peu leur pays et pour fêter dignement ce départ, la ville offre une réception d’adieux aux officiers anglais à laquelle sont conviés, tout naturellement, les nouveaux officiers et sous-officiers américains tout juste arrivés.
Toujours placé sous l’autorité des Alliés, le camp de Poulines, quoique maintenant en partie déserté, organise, le samedi 19 juillet, sous la présidence du capitaine Ashton et de son épouse vendômoise,  son dernier bal pour la jeunesse locale.
Enfin, le 27 novembre, en souvenir de leur présence très appréciée de la population et en signe de  profonde reconnaissance, les aviateurs de la R.A.F. offrent à la ville une plaque commémorative visible sur la face ‘est’ du clocher Saint-Martin, sur laquelle on peut lire :

« Offert par les officiers, sous-officiers, soldats du camp d’aviation britannique de Poulines en souvenir des amitiés et bon accueil qu’ils ont eu l’honneur de recevoir pendant leur séjour  à Vendôme ».

De nouvelles rues sont encore débaptisées.

Toujours dans le même état d’esprit, en août, la municipalité s’obstine à vouloir changer les noms des rues : la rue du faubourg Saint-Lubin devient ainsi la rue Vénizélos, au grand étonnement, voire mécontentement de ses riverains qui ignorent tout de ce personnage. Mais pour rendre hommage à ce grand homme d’État grec ayant obligé la Bulgarie à mettre bas les armes et par  cette action préfigurer la victoire définitive des Alliés, les élus, par 7 voix pour et 6 abstentions obtiennent le maintien de cette nouvelle dénomination. La rue Saint-Bié devient à son tour, la rue des Poilus (13 v pour, 3 abst.) ; La rue  Renarderie, la rue Jean Jaurès (10 v pour, 1 v contre, 5 abst.).

Mais ces changements de noms de plus en plus impopulaires divisent maintenant la municipalité.
Pourtant, par décret en date du 10 mai 1919, si le Président de la République approuve les premiers changements de noms de trois rues de Vendôme (Albert 1er, Alliés et Italie, en 1918), suivi par le préfet donnant un avis favorable concernant les derniers noms, à savoir Vénizélos, Jean Jaurès et Poilus, le ministre de l’Intérieur, informé de ces changements, ajourne toutes nouvelles initiatives de la municipalité de Vendôme, exception étant faite, toutefois, en faveur des chefs d’États alliés, comme : George V, Président Wilson, Albert 1er, Pierre 1er et Victor Emmanuel.

Le monument aux morts.

Si le premier projet d’un  monument digne de ses soldats tués au front remonte, comme nous le savons, à 1916, il faudra toutefois attendre août 1919 pour que la municipalité, sortant de quatre années difficiles, prévoie son érection au cimetière, près du carré militaire. Un concours est donc ouvert. Pas moins de 10 concurrents envoient plans et devis et une souscription publique est lancée en septembre. Les projets, sous couvert de l’anonymat, sont examinés en commission en présence de MM Renault, conservateur du musée et Aviat dont les connaissances artistiques sont alors réputées. Le choix se porte sur une œuvre signée « Gloria Victoribus » dont la maquette répond en tous points aux désirs formulés par le conseil municipal. Après ouverture de l’enveloppe, le nom du statuaire Fernand Hamar (auteur de la première statue du maréchal de Rochambeau), apparaît et son devis, après discussion, de 30 000 f et ramené à 18 000 f., somme  couverte en partie par la ville (5 000 f), et la souscription. Le projet, à l’unanimité, est adopté.

Monuments aux Morts, cimetière de la Tuilerie

1920 – le monument aux morts, suite

Par délibération du 20 mars 1920, l’architecte René Verdier est  choisi. Au mois de novembre, plusieurs emplacements possibles sont encore proposés : outre le cimetière qui ne fait décidément pas l’unanimité, les squares des Grands-Prés (jardins Belot), ou le carrefour du pont Chartrain sont également avancés. Une pétition de 46 signatures se prononce même en faveur du square de la Gare (angle du fg Chartrain et du bd de Trémault). En définitive, par 13 voix et 6 abstentions, le conseil tranche pour le pont Chartrain2.

Carré militaire 1914-1918, cimetière de la Tuilerie

Le camp de Poulines a vécu.

En mai, les installations du camp confiées depuis décembre dernier (1919) à l’armée française, sont mises en vente par l’administration des Domaines. Les hangars sont vendus à une maison de Saint-Nazaire ; les baraquements, à des particuliers, pour en faire des abris de jardin (comme à Chanteloup et toujours en place) ou à des cafés pour être reconvertis en salle des fêtes et de bals (dont un également à Chanteloup, mais détruit) ; ou bien encore, acheté par le Patronage Laïque de Vendôme et réinstallé 26, rue du Docteur Faton3.

1921 – Le monument aux morts, suite et fin.

La réception du monument a lieu en septembre 1921 et son inauguration dimanche 13 novembre. Sa grille ouvragée l’entourant est offerte par les fonderies Genevée de Fréteval. Bien que déjà dominé par un coq en bronze, le monument est orné, sur sa face arrière, suite à une demande personnelle du maire Robert Barillet, d’un aigle blessé de même facture, les ailes déployées…Mais la tête en bas…Tout un symbole envers les vaincus.
Désormais, toutes les cérémonies patriotiques se dérouleront devant ce fier et original monument aux morts aux 321 noms gravés dans la pierre, y compris les 22 aviateurs anglais du camp de Poulines, tous morts pour la France.

1923 – Par décision du conseil municipal du 27 août, toutes les rues débaptisées, au grand mécontentement des habitants, reprendront leur dénomination originelle.

Note 1 : Ce sixième et dernier article termine cette rétrospective des années 1914 à 1923 publiée dans le présent journal en janvier, février, mars, avril 2014 et mars 2015.
Note 2 : Ce monument aux Morts, érigé devant le pont Chartrain devenu en 1984 le Carrefour des Rochambelles, sera transféré au cimetière de la Tuilerie en 1968.
Note 3 : renseignement fourni par Claude Boulay que je remercie.

Sources bibliographiques :
Archives communales, registres des délibérations.
Bibliothèque de la Communauté du Pays Vendômois : Le Carillon et le Progrès de Loir-et-Cher.
Dossiers personnels.
Sources iconographiques : Images et Sons en Vendômois et collection particulière.

Article paru dans notre édition d’avril 2015


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