Cet article vous est proposé par Le Petit Vendomois
Article écrit par / Publié le 25 février 2021
Source:https://lepetitvendomois.fr/arts-culture/histoires-locales/

Jusqu’à la dernière cartouche…

Trois passionnés d’histoire locale, Michel Breton, Octavie Gérard et Jean-Paul Caley sortent à compte d’auteur un essai sur Oucques et le Loir pendant la guerre de 1870.

 

Une histoire qui débute grâce à , enfant du pays, mordu d’histoire locale et Octavie Gérard, habituée des archives départementales, auteure en deux tomes de l’histoire de la commune de Marchenoir. «Travaillant sur d’autres recherches, inopinément, j’ai pu relever aux archives de l’Evêché de Blois d’un ouvrage de l’abbé Lecoq, curé d’Oucques en 1970 que l’abbé Gatellier avait fait le legs d’un bas-relief intitulé «Les dernières cartouches» à la commune d’Oucques en 1904 en mémoire à la guerre de 1870. Ce don est bien inscrit dans le registre des délibérations de la commune en séance du 23 avril 1905» détaille Octavie Gérard. En poursuivant ses recherches, l’auteure se voit confirmer que le chanoine Gatellier, né à Oucques en 1842, y est enterré au cimetière en 1907, sous une simple tombe laissée à l’abandon que redécouvre Michel Breton.

 

Il suffit de peu d’éléments finalement pour que naisse un livre, de la curiosité, des recherches et de l’envie en somme. Ce curé, un temps professeur de dessin à l’institut Notre-Dame-des-Aydes à Blois, est un artiste, ce qui explique sûrement le bas-relief qu’il a sculpté à partir du célèbre tableau d’Alphonse de Neuville «Les dernières cartouches» représentant l’acte héroïque des troupes de marine du commandant Lambert, retranchées dans l’auberge La Maison Bourgerie à Bazeilles (Ardennes) et qui tirent leurs dernières cartouches entourées des Bavarois. Cet essai reprend donc les faits historiques locaux de cette courte guerre qui dura six mois et montre les liens familiaux et économiques qui unissaient les cantons. «Les Oucquois entendaient comme les habitants de Vendôme le bruit des canons qui tiraient dans la forêt de Marchenoir, autant que les gens de Morée, réfugiés sur les hauteurs du bois de Saint Claude voyaient les flammes jaillirent des bouches des canons prussiens postés près de la Tour de Fréteval» poursuit Jean-Paul Caley. Et de conclure que cette histoire, ces histoires, c’est notre patrimoine commun.

 

«La guerre FRANCO-PRUSSE 1870-1871» «Oucques et le Loir au coeur de la stratégie» – Format A6 -68 pages.

Renseignements : octavie12@orange.fr 

 


Quand le pape Urbain II séjourna à l’abbaye de la Trinité de Vendôme

Durant l’année 1096, pendant une dizaine de jours, lors de sa tournée pastorale en France, incitant avant tout les Fidèles à la première croisade, suite au concile de Clermont, en Auvergne, le pape Urbain II, sans doute invité par son ami Geoffroy, cinquième abbé de la Trinité, allait être également l’hôte privilégié de l’abbaye.

 

Mais hormis la biographie des deux personnages concernés, l’itinéraire emprunté par Urbain et la teneur même du concile, trois sujets, aujourd’hui, relativement bien étudiés, que savons-nous exactement de son séjour plus discret en Vendômois ?

 

Le pape Urbain II et l’abbé Geoffroy

 

Surnommé le Bienheureux, Urbain II de son vrai nom Eudes (ou Odon) de Lagery passe pour être né à Châtillon-sur-Marne (Marne) en 1042 mais qui, pour le sûr, décédera à Rome en 1099. Élu 159e pape de la Chrétienté, son pontificat s’étendit du 12 mars 1088 au 29 juillet 1099. Il avait succédé à Victor III, dit également le Bienheureux, pape en 1086 et 87, et précédé Pascal II, de son nom Raniero (Raynier), né à Bieda (Santa Sofia, Italie), vers 1050 et qui officia de 1099 à 1118.
Bénédictin de formation, chanoine puis archidiacre à Reims, Eudes se fit, en 1067, moine à l’abbaye de Cluny avant d’en devenir le grand prieur en 1073. Appelé à Rome en 1079 par Grégoire VII, le grand réformateur, il fut d’abord nommé cardinal-évêque d’Ostie. Ami et conseiller du pape, il le soutint dès lors dans sa réforme dite grégorienne. En 1088, il fut élu lui-même pape, sans toutefois pouvoir rentrer dans Rome occupée par l’antipape Clément III. Ce ne fut qu’en 1093 qu’Eudes, désigné maintenant sous le nom d’Urbain II, put enfin regagner la ville Sainte en achetant, l’année suivante, la reddition du palais du Latran, aidé en cela par Geoffroy, abbé de la Trinité. Puis ce fut son voyage en France, le concile de Clermont et sa venue, entre autres, à Vendôme…
Issu de la famille angevine de Craon, Geoffroy, né vers 1070, était le fils d’Henri de Nevers, seigneur du Lion d’Angers (auj. Maine-et-Loire) et le petit-fils de Robert de Nevers, seigneur de Craon, apparenté aux comtes d’Anjou et de Vendôme.

Entré lui aussi, très jeune, comme moine bénédictin à l’abbaye de la Trinité de Vendôme, de par sa haute naissance, ses mérites et ses vertus, le 21 août 1093, il se faisait très vite élire abbé devenant ainsi le 5e prélat du monastère et ce jusqu’au 26 mars 1132, date de son décès.
En 1094, comme nous venons de le dire, pour l’emporter sur l’antipape, il devait aider financièrement Urbain II qui, pour le remercier le nomma, cette même année, cardinal. En 1095, Geoffroy assistait au concile de Clermont.

Acharné à défendre les exemptions et les privilèges de son abbaye qui fut, de son temps, sans doute l’une des plus illustres du royaume…Après Cluny, l’abbé Geoffroy se mit bien souvent à dos les premiers comtes de Vendôme et les évêques. D’une extrême rigueur quant au maintien de la discipline de ses moines il se montra, comme en témoignent ses nombreuses lettres et ses sermons, impitoyable dans la répression des fautes. Mais, selon l’abbé Simon, «il sut ainsi conserver ces droits et même les augmenter considérablement».

 

Urbain II et «son tour de France»

 

Du mois d’août 1095 au mois d’août 1096, Urbain II allait effectuer, en effet, un long périple dans le midi et le centre de la France, célébrant sur son passage un très grand nombre de cérémonies de dédicaces et de consécrations d’autels, d’églises, d’abbayes, de cathédrales et de prieurés presque tous d’obédience clunisienne. De ce voyage, de plus d’un an, nous retiendrons avant tout la tenue du concile de Clermont et, pour nous Vendômois, son séjour à la Trinité.

Parti d’Asti (Italie, Piémont) tout début août 1095, le pape franchissait alors les Alpes pour arriver à Valence le 5 de ce mois et célébrer la dédicace de la cathédrale. Passant par Romans et Le Puy, il se retrouvait au prieuré clunisien de la Chaise-Dieu pour dédicace également, le 18 août. De là, il gagnait le prieuré du Monastier dont l’église fut consacrée par les prélats de sa suite. Après un bref arrêt à Nîmes et à Saint-Gilles, remontant la vallée du Rhône, il fit étape à Tarascon avant de poursuivre sur Avignon, Saint-Paul-les-Trois-Châteaux, Valence (second passage), Vienne, Lyon, et Mâcon. Urbain II parvenait à Cluny en octobre, haut lieu cher à son cœur, n’oubliant nullement ses attaches en tant que moine clunisien et où, le 25 octobre, il consacra le maître-autel de la nouvelle cathédrale commencée en 1088. Puis, pour rejoindre Clermont, le cortège pontifical, début novembre, fit un détour par Autun, le prieuré clunisien de Souvigny, le Montet-aux-Moines, pour arriver le 14 à Clermont où il tint un concile.

Le 29 novembre, reprenant sa route, une fois le concile terminé, le pape se retrouvait, le 3 décembre au prieuré clunisien de Sauxillanges pour y consacrer l’église. Passant par Brioude, il était, le 6, à Saint-Flour, y consacrant quatre autels dont l’autel majeur ainsi que l’église, avant de se retrouver dans un autre prieuré clunisien à Aurillac. Puis, délaissant l’Auvergne pour le Limousin, le pape arrivait à Uzerche le 21 décembre. Fin du mois, il était à Limoges.

Pour la nouvelle année 1096, Urbain II, le 10 janvier, célébra la messe en l’église abbatiale de Charroux avant d’en consacrer le maître-autel. Puis, progressant à travers le Poitou, il arrivait à Poitiers trois jours plus tard, le 13. Après un séjour de plus de trois semaines durant lequel fut encore consacré le monastère clunisien de Montierneuf, le pape gagnait Angers pour y dédicacer l’abbatiale Saint-Nicolas, le 10 février. Quittant Angers, courant février, il poursuivit sa route vers Sablé, Solesmes, pour s’arrêter au Mans du 16 au 18 et de là venir à Vendôme où son ami l’abbé Geoffroy l’accueillit du 19 février au 3 mars.

De Vendôme, Urbain II devait se rendre à Marmoutier pour de nouvelles cérémonies de consécration, notamment le 10 mars. De Tours, le cortège allait regagner l’Ouest et le midi du royaume de France, par Poitiers, Saint-Maixent, Saint-Jean-d’Angély et le prieuré clunisien de Saintes où le 20 avril il consacra l’autel majeur. Le 1er mai, en compagnie de l’archevêque d’Oloron, son légat pour l’Aquitaine, il était à Bordeaux y célébrant la dédicace de la cathédrale Saint-André. Puis, par Bazas, Nérac et Leyrac où il officiait le 5 mai, il parvenait à Toulouse, d’où il datait, le 7, une bulle en faveur de l’illustre abbaye clunisienne de Moissac, abbaye qui le recevra, d’ailleurs, le 13 du dit mois. De nouveau présent à Toulouse, pour le sûr, le 24 mai, le pape allait ensuite cheminer sur Carcassonne pour y rester du 11 au 13 juin, puis se diriger sur Alet, Saint-Pons, Maguelonne (28 juin), Montpellier, revenir, le 5 juillet, à Nîmes pour y tenir un concile, et revoir Saint-Gilles une seconde fois. Enfin, par Villeneuve-les-Avignon, Apt, Cavaillon et Forcalquier qu’il atteint le 5 août, il revint à Asti en ce même mois d’août 1096.

 

Le concile de Clermont

Après avoir visité pas moins de dix-huit villes en trois mois et demi, Urbain II s’arrêtait donc à Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand), du 14 au 29 septembre 1095 pour y tenir un concile. Composé de douze archevêques, quatre-vingts évêques et quatre-vingt-dix abbés dont Geoffroy de Vendôme, la plupart de nationalité française, espagnole et italienne, ce concile, ouvert le 18, avait été convoqué avant tout pour traiter des problèmes de discipline ecclésiastique et des affaires relatives à la chrétienté. Ce qui fut fait, et de nombreux décrets ou canons furent adoptés confirmant certaines décisions du concile de Plaisance (1/5 mars 1095, Italie) tenu six mois plus tôt.
Durant cette même assemblée, le pape avait également soutenu et pris parti pour l’abbé Geoffroy contre l’évêque Yves de Chartres.
Mais ce que l’on retiendra, c’est surtout le discours du pape qui, pour clore le concile, s’adressant aux clercs, aux laïcs et à la noblesse partisane, leur demandait de lutter contre les Turcs qui menaçaient l’Empire byzantin et de délivrer les lieux saints occupés par les musulmans. D’une grande importance, cet appel de Clermont peut donc être considéré comme la cause essentielle de la première croisade.

 

Son séjour à Vendôme

 

Le concile terminé, Urbain II, reprenant son périple, accompagné, en partie, par l’abbé Geoffroy, allait donc également s’arrêter à Vendôme après avoir encore visité une douzaine de villes en à peine trois mois. Venant du Mans, le pape fut ainsi reçu en l’abbaye de la Trinité du 19 février au 3 mars soit pendant une dizaine de jours, accompagné, entre autres, du cardinal Raynier (Reniero) qui lui succédera, on le sait, sous le nom de Pascal II. Puis, il rejoindra les abords de Tours (Rochecorbon, plus exactement), où il consacrera l’église abbatiale de Marmoutier nouvellement rebâtie.
Parce que pourvue, dès sa fondation, de moines clunisiens de Marmoutier, tout comme d’ailleurs l’amitié qui liait l’abbé-cardinal au pape, l’abbatiale romane de la Trinité dont la dédicace remontait au 31 mai 1040 passait alors pour un lieu hautement privilégié auprès de sa Sainteté qui ne cessera, nous dit-on, de «combler son cher Geoffroy de tous les témoignages de son affection».
Ainsi, durant son séjour à Vendôme, le 4 des calendes de mars, soit le 26 février, d’après la chronique d’Anjou, Urbain II devait consacrer un crucifix supposé à l’entrée du chœur roman et sans doute placé au-dessus d’un autel, tout en accordant « pénitences aux fidèles qui célébreraient dévotement l’anniversaire de cette dédicace mémorable ». Mais selon le nécrologe de l’abbaye (cartulaire de la Trinité), il s’agirait plus sûrement de la consécration d’un autel dédié à la Sainte Croix et à Saint-Eutrope dont l’église, à l’époque, possédait des reliques.
Comme quoi l’histoire n’est pas toujours simple.

 

Références bibliographiques :
Abbé C. Métais, Cartulaire de la Trinité, t. II et V, Paris, édition Picard.
J. de Pétigny, Histoire archéologique du Vendômois, Vendôme, 1882, 2e édition.
A. Dupré, Séjour du pape Urbain II à Vendôme, BSAV 1870.
René Crozet, Le voyage d’Urbain II en France (1095-1096) et son importance du point de vue archéologique… Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 49, n° 193, p. 42-69. Persée.
Recherches et études personnelles.
Référence iconographique :
Le pape Urbain II prêche la première croisade à Clermont (1095), gravure sur bois du XIIIe siècle, encyclopédie Alpha, t. V, p. 1753, Grange Batellière S.A., Paris 1969.


Pourquoi la soeur d’Henri IV a-t-elle été inhumée au château de Vendôme ?

Catherine de Bourbon, sœur cadette du roi Henri IV, duchesse de Lorraine (alors hors du royaume de France), calviniste notoire, a bien été enterrée dans la collégiale Saint-Georges du château de Vendôme, malgré une certaine réprobation des chanoines, à cela plusieurs raisons et non des moindres, encore jamais étudiées localement ; voyons lesquelles.

 

Catherine de Bourbon, cinquième et dernier enfant d’Antoine de Bourbon, duc de Vendôme (1537-1562) et de Jeanne d’Albret, eut pour frères aînés Henri, 1er du nom, titré duc de Beaumont, né au château de la Flèche en 1551 et décédé deux ans plus tard ; Henri, 2e du nom, le futur roi de France, né le 13 décembre 1553 à Pau ; Louis Charles, titré comte de Marle, né en 1555 à Gaillon et mort en 1557 ; une sœur qui ne vécut que quelques jours, Madeleine, née à Nérac en 1556.
Princesse de Navarre, duchesse d’Albret, comtesse d’Armagnac et de Rodez, vicomtesse de Limoges (et de bien d’autres comtés et vicomtés cédés, au fil des années, par son frère), Catherine était née à Paris le 7 février 1559, baptisée au Louvre le 13 suivant et tenue sur les fonds baptismaux par le dauphin de France François (le futur roi de France François II, 1559-1560) et Catherine de Médicis, reine de France.
Investie, en 1578, puis de 1583 à 1587, par son frère Henri alors roi de Navarre, de la lieutenance générale du Béarn, de la Navarre, des comtés de Bigorre et de Foix, Catherine devait jouer un rôle politique important, se faisant appeler Madame, Madame Catherine, Madame, sœur du Roi. On la disait quelque peu disgracieuse et légèrement claudicante.
Mais bien que rêvant de se marier avec son cousin germain Charles de Soissons envers lequel elle vouait un grand amour, à 39 ans, sur recommandation expresse du roi et afin de mieux servir sa politique, le 13 juillet 1598, au château de Montceaux, par contrat, et le 31 janvier 1599, au château de Saint-Germain-en-Laye, en personne, Catherine épousait Son Altesse Henri, duc de Bar, marquis de Pont-à-Mousson, depuis Henri II, duc de Lorraine (Nancy 1563-1624).
Duchesse de Bar, mais restée une calviniste convaincue, s’entourant de partisans de la Réforme, elle vécut en Lorraine jusqu’à son décès à 45 ans survenu le 13 février 1604, à Nancy, sans postérité.

 

Alors pourquoi son corps fut-il rapatrié à Vendôme ?

 

Par d’atroces maux de ventre, se croyant enceinte, son agonie fut douloureuse et pathétique pour son entourage ; une autopsie fut même pratiquée. Puis sa dépouille fut embaumée et enfermée dans un lourd cercueil de plomb. Quant aux viscères, ils furent mis à part dans un coffret, lui-même en plomb. Du 2 au 22 mars, la bière, jusqu’à son départ pour le Vendômois, fut alors exposée dans la grande galerie du palais ducal à Nancy.

Contre toute attente, en effet, Catherine de Bourbon, huguenote exemplaire, comme sa mère, allait donc être inhumée dans la collégiale Saint-Georges de Vendôme, ville majoritairement catholique, voire ultra catholique puisque se réclamant de la Ligue. Un retour assez surprenant, mais pouvant toutefois s’expliquer…
Avant tout, par décision royale :
Le 17 février, apprenant le décès de sa sœur, le roi «pleura chaudement», son chagrin étant, à n’en pas douter, sincère, mais de courte durée. Roi de France mais aussi duc de Vendôme, Henri, quoi qu’on en dise, avait une certaine estime pour son duché paternel, la terre de ses ancêtres, ne serait-ce, peut-être, que pour en toucher ses revenus. Mais n’avait-il pas également protégé, lors de sa prise du château en novembre 1589, la collégiale de toute profanation. C’est ainsi, que fin février, Henri IV, pourtant conscient du désagrément que cela causerait aux chanoines, ordonnait à l’évêque de Chartres de prévenir, par lettre, le chapitre Saint-Georges de «souffrir cela, sans toutefois y assister et sans chanter». Dans le même temps, il dépêchait à Nancy, Charles de Choiseul, marquis de Praslin, gentilhomme champenois, pour «exposer les intentions de Sa Majesté ordonnant que les restes de sa sœur fussent transportés à Vendôme auprès de ceux de Jeanne d’Albret».
Mais aussi par amour filial… :
On le sait, Catherine de Bourbon avait été toujours très proche de sa mère Jeanne d’Albret jusqu’à même, comme elle, «épouser la Réforme», ce qui avait provoqué, d’ailleurs, quelques difficultés lors de l’inhumation de Jeanne en la collégiale. Huguenote sans concession, notamment pour sa ville de Vendôme, Jeanne avait toujours espéré être ensevelie en Béarn, dans la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Lescar (aujourd’hui, Pyrénées Atlantiques), nécropole des rois de Navarre. Mais au grand désespoir et mécontentement des chanoines, elle fut inhumée, le 1er ou 2 juillet 1572, elle l’hérétique, auprès de son époux, Antoine de Bourbon et de son fils aîné Henri (1er du nom, duc de Beaumont), dans le caveau des Bourbon situé dans le sanctuaire de la collégiale, en avant du maître-autel. Un enterrement d’ailleurs discuté par les Historiens quant à sa date exacte et à la présence ou non du roi et de sa sœur aux obsèques de leur mère. Localement, aucun document, pas même les chanoines, il est vrai, passablement vexés, n’attestent un tel accompagnement.

Véritable nécropole des Bourbon-Vendôme, la collégiale Saint-Georges du château ne pouvait, également, faire mieux que de suivre cette tradition. Accueillant, dès le XIe siècle, la plupart des seigneurs du comté vendômois, l’église devint, au XIVe siècle, à l’avènement, par alliance, des Bourbon-la-Marche dans la Maison de Vendôme, le lieu privilégié de leurs inhumations et ce jusqu’à l’accession à la couronne du premier roi Bourbon : Henri IV, avec exception, toutefois, pour son fils légitimé César de Vendôme.
Alors quoi de plus normal, pour Catherine, de rejoindre, dans ledit caveau, ses parents et ses ancêtres directs (depuis 1371), d’autant plus qu’enfant, accompagnée de sa mère, elle était déjà venue au château. Mais pour le chapitre, l’inhumation d’une seconde protestante en leur église, ça devait faire, effectivement, beaucoup.

 

Le retour de sa dépouille

 

Concernant les funérailles, le marquis de Praslin avait eu aussi pour mission de «contacter la comtesse de Vaudémont et la princesse Catherine de Lorraine (les Belles-Sœurs de Catherine de Bourbon), ainsi que les principaux serviteurs et servantes de Madame, notamment Mlle de Rohan et Dame de Panjas» (ses plus fidèles et intimes servantes) et de leur ordonner, au nom du roi, «d’accompagner jusqu’à Vendôme le corps de la duchesse et de tenir la main (de représenter la maison, ici de Lorraine), afin que les honneurs dus aux princesses de sa qualité lui soient rendus par les chemins».
Le cortège funèbre prit donc la route de France lundi 22 mars 1604. En tête venaient «avec les gardes, 60 gentilshommes vêtus de deuil, parmi lesquels ceux de M de Bar (Henri II de Lorraine, l’époux de Catherine). Puis, suivait le char funèbre tiré par six chevaux caparaçonnés de velours noir, escorté de six Suisses de Charles III (duc de Lorraine, père de M de Bar), les quatre baillis de Lorraine portant les coins du drap». Se remarquait ensuite «le carrosse de M le comte de Chaligny (de la famille de Lorraine), accompagnant la Maison de feu Madame la duchesse, et les nombreux seigneurs du pays». Enfin, «dans trois lourds chariots attelés chacun de quatre chevaux, s’entassaient les dames de service et femmes de chambre, alors que les hommes caracolaient, de compagnie, sur leurs montures».

 

Si le début du mois de mars avait été «doux et chaudelet», maintenant, il faisait grand froid. Le convoi arriva au château de Bar-le-Duc sous la neige, le lendemain 23 mars.
À Vitry-le-François, première ville du royaume de France, en sortant de la Lorraine, le lieutenant général en Champagne, Monsieur de Dinteville, représentant le duc de Nevers, gouverneur de la province, reçut le corps de Catherine au nom du roi.
Enfin, à Vendôme, la descente du cercueil dans le caveau des Bourbon dut se dérouler sans grand cérémonial (contrairement à ce qu’affirment certaines études), du moins, sans la présence du chapitre, si l’on en croit nos braves chanoines et comme l’avait d’ailleurs préconisé le roi, car pour eux, c’était bien l’hérétique, toujours un peu compromettante, qu’on accueillait.
La cérémonie à peine terminée, tous s’en retournèrent en Lorraine. À noter, que si l’étiquette fut soigneusement observée du côté de la belle-famille de Catherine, pas un seul représentant de la Maison de France ne fut, du moins à ma connaissance, présent ce jour-là ; le roi, lui-même, malgré ses ordres, ne s’était point soucié d’aller enterrer sa petite sœur(1).

 

 

Note (1) : Son épitaphe, dans le caveau de la collégiale Saint-Georges, était ainsi conçue :
Icy repose le corps de tres haulte et tres puissante princesse Madame Catherine de Bourbon sœur unique du roy Henry quatriesme, fille de deffunct Antoine de Bourbon et de Jehanne d’Albret, roy de Navarre et duc de Vendosmoy, laquelle Catherine fust femme de tres hault et tres puissant prince Monseigneur Henry de Lorraine, duc de Bar, marquis de Pont-à-Mousson, filz aisne de Monseigneur Charles duc de Lorraine et de Louise de France son espouze, fille de Henry second du nom et roy de France et de Catherine de Medicis, laquelle Catherine de Bourbon deceda à Nancy le treize fevrier 1604.
Épitaphe suivie d’un quatrain quelque peu postérieur :
Je naquis à Paris, à Pau je fus régente
Sœur unique du roy, en Lorraine contente.
Pensant avoir conceu, je mourus à Nancy :
Mon cœur y est encore et mon corps est icy.

 

 

Références bibliographiques :
«Calendrier historique et chronologique de l’église collégiale de Saint-Georges de Vendôme», par le chanoine du Bellay, d’après la copie manuscrite déposée à la Société archéologique du Vendômois et le manuscrit n°328 du Fonds ancien (toujours fermé) de la bibliothèque de Vendôme.
Raymond Ritter, La sœur d’Henri IV, Catherine de Bourbon (1559-1604), éditeur Libraire Jean Touzot, 2 vol., Paris, 1986.
P. Van Kerrebrouck, La Maison de Bourbon (1256-1987), Villeneuve d’Ascq, 1987.
Recherches et étude personnelles. Dossiers sur les Bourbon-Vendôme et le château de Vendôme.

Référence iconographique :
Catherine de Bourbon, par Amélie Cordelier de la Noue, XIXe siècle, huile sur toile, Musée National du château de Pau, Inv. DP 53.2.32, extrait du catalogue du Musée des Beaux-Arts de Chartres, juin 1994, exposition : 1594, le sacre d’Henri IV à Chartres.


Il y a 150 ans, le Vendômois dans la tourmente de la Guerre de 1870

Discrédité par la défaite militaire à Sedan (2 et 3 septembre 1870) et la capitulation de Napoléon III face à l’Allemagne, le Second Empire s’est écroulé. Bismarck (Président du Conseil de Prusse, nommé par Guillaume 1er) s’attend à l’effondrement de la France. La jeune République proclamée le 4 septembre 1870 refuse de se mettre à genoux et annonce sa volonté de maintenir l’intégralité territoriale du pays. Paris est assiégé par les armées allemandes et résistera pendant 4 mois à la pression ennemie, malgré la faim, le froid, les bombardements et les disputes politiques. Un gouvernement provisoire,  présidé par le général Trochu, est constitué et une commission gouvernementale se replie à Tours sous l’impulsion de Gambetta, échappé de Paris en ballon. Ce gouvernement de la défense nationale a la lourde tâche de lever de nouvelles armées, de les équiper et d’organiser la défense de la France. La défaite d’Artenay du général de la Motte-Rouge (10 octobre 1870) et de son 15e corps nouvellement constitué ouvre la voie d’Orléans aux Bavarois du général Von der Tann. Les débris du 15e corps sont rassemblés au camp de Salbris, renforcés par le 16e corps, « Première Armée de la Loire »,  elle aussi de création récente, aux ordres du général d’Aurelles de Paladines (début novembre 1870). Après la victoire de Coulmiers (7 novembre) et la reprise d’Orléans, l’armée de la Loire reçoit l’ordre de prendre l’offensive en direction de Paris, en opérant une jonction avec les troupes du camp retranché dans la région de Fontainebleau. Mais, sous le sceau de l’improvisation, les quatre corps d’armée sont engagés en ordre dispersé et perdent les batailles face à une armée allemande plus nombreuse et mieux préparée, malgré une défense acharnée comme à Loigny  au nord d’Orléans (2 décembre 1870). Parvenu à la tête de l’armée de la Loire  après la seconde perte d’Orléans, le général Chanzy établit un front défensif appuyé sur la Loire à la hauteur de Beaugency. Du 7 au 10 décembre, il y oppose une résistance acharnée au grand duc de Mecklembourg, qui ne pensait pas avoir affaire à si forte partie. Le 9, tandis que la commission gouvernementale se transporte de Tours à Bordeaux et que le IXe corps allemand menace Blois, le repli est ordonné.

 

Repli sur Le Mans

Pendant que la 1e Armée de la Loire se réorganise, la 2e Armée de la Loire du général Chanzy marche sur Blois pour échapper à l’étreinte prussienne. Le général Chanzy en prenant la tête de cette armée après la bataille de Loigny rétablit la discipline et la cohésion parmi ses soldats éprouvés par la défaite, la rigueur de l’hiver et le sous équipement. Il comprend que le seul type de guerre à mener désormais consiste à user l’ennemi et à étirer ses communications par un repli sur Le Mans dans l’ordre et ainsi sauver son armée tout en infligeant à son adversaire une succession de coups d’arrêt.

 

Chanzy attend l’ennemi d’abord entre Beaugency et la forêt de Marchenoir  en s’appuyant au sud sur la Loire et au nord sur la forêt. Malgré une bataille victorieuse à Villorceau, la 2e Armée de la Loire abandonne sa position à l’initiative du général Chanzy  et se replie dés le 11 décembre en direction de Vendôme car, d’après lui dans ses mémoires écrites tout de suite après la guerre, «Le loir est une ligne de défense qui devait permettre à la 2e armée d’arrêter son mouvement de retraite pour reposer ses troupes, reformer ses corps, désunis par les derniers combats, et se réapprovisionner…».

 

Le même jour à Vendôme,  le 11 décembre, le sous-préfet, Monsieur de Marçay, réputé pour ses pulsions belliqueuses « déclare l’arrondissement en état de siège et ordonne à tous les hommes valides de se tenir prêts pour la défense de la ville » d’après le récit de Gustave Chanteaud, , contemporain des faits dans son « précis d’histoire de Vendôme ». Sur cette période vécue, il précise également que dés le 3 décembre 1870, « un grand nombre de voitures amènent à Vendôme les malades et les blessés ». Ce flot continu de soldats épuisés par les combats, atteints par les épidémies et subissant un climat hivernal particulièrement rude (neige et verglas) viennent grossir et encombrer les rues de Vendôme qui à l’époque atteignait environ 9.000 habitants. A cela, il faut rajouter les soldats déserteurs fuyant la bataille et pratiquant dans les campagnes le réquisitionnement ou le pillage systématique par la terreur. Le comité de défense de Vendôme, sera sous les ordres du colonel Taberne, qui, outre l’organisation de la garde nationale, prit aussi en main la direction des travaux de retranchement, tout en sachant que la garde nationale ne pouvait opposer aucune résistance sérieuse aux troupes régulières de l’armée ennemie.

 

Vendôme avait déjà payé la dette du sang à la patrie en envoyant ses fils dés le début de la guerre, combattre sous les drapeaux. Au mois d’Août 1870, l’arrondissement de Vendôme mettait sur pied le 2ème bataillon de la garde mobile de Loir et Cher qui constitua, avec les autres contingents du département, le 75ème régiment d’infanterie et combattit dans les rangs de l’armée de la Loire notamment à la bataille de Loigny ou à Beaugency. La 8e compagnie, formée précisément des contingents des cantons de Selommes et Vendôme, n’existait d’ailleurs plus au moment où se livrèrent les combats aux environs de Vendôme.

 

Bataille de Morée-Fréteval 14 et 15 décembre 1870

Le 21e Corps commandé par le général Jaurès avait élu son quartier général au château de Fréteval et s’échelonnait de Pezou à Saint Hilaire. Des colonnes ennemies apparurent dés le matin du 14 décembre  et menacèrent Morée, et bientôt Fréteval par les routes de Viévy et Oucques. Le général Rousseau passant par le pont de St Hilaire, gravit les hauteurs de la rive gauche du loir et réussit à prendre de bonnes positions en avant de Morée. Il oblige pour un temps les Prussiens à reculer. Le général Guillon n’avait placé à Fréteval qu’un bataillon de marins qui malgré les efforts les plus énergiques fut très vite submergé par les troupes prussiennes déboulant de la route d’Oucques et de Morée. Seule la gare de Fréteval restait en résistance. L’armée allemande bombarde les positions françaises avec sa batterie de canons sur les hauteurs de Fréteval sur la rive gauche. Le 15 décembre sur ordre du général Chanzy, le général Jaurès met en place une offensive sur Fréteval afin de détruire le pont en s’appuyant sur le colonel Du Temple. La maladresse du capitaine de frégate Collet (bataillon de fusiliers marins)qui devançant l’ordre,  fut écrasé malgré une résistance héroïque et des combats acharnés souvent à la baïonnette et au corps à corps. Cette audace lui coûta la vie à la tête de ses soldats, donnant l’exemple du mépris de la mort. Ce combat de Fréteval protégea efficacement l’aile gauche de l’armée de la Loire.

 

D’après les renseignements parvenus au grand quartier général, l’aile droite de l’ennemi sous les ordres du grand-duc de Mecklembourg marche déjà en direction de Vendôme.

 

Disposition pour la défense de Vendôme

Le général Chanzy avait pu constater en étudiant le terrain en avant du faubourg du Temple avec l’amiral Jauréguiberry (commandant du 16e Corps depuis la bataille de Loigny) et les commandants du génie et de l’artillerie que les positions de ce côté de Vendôme étaient peu favorables pour une bonne défense.

En effet, à l’entrée de Vendôme, côté route de Blois, entre le Loir et la vallée de la Houzée, le placement de l’armée sur le plateau n’avait que des vues difficiles. Les sinuosités du ruisseau La Houzée et les nombreux petits bois qui le bordent ne permettent pas d’établir des batteries pouvant croiser leurs feux avec celles placées sur les hauteurs de Bel-Essort (Route de Coulommiers).

A l’entrée Nord de la ville, la position de Bel-Air est à trop grande distance des points à battre sur la rive gauche, pour prêter un appui efficace au plateau du Temple.

Le général Chanzy donne au soir du 14 décembre les dernières instructions pour la disposition des troupes pour le lendemain. Le Général Bourdillon se placera donc sur le plateau du Temple avec 3 batteries et 2 mitrailleuses (occupation du petit château de la Chaise) et le 2e chasseurs de marche avec le régiment de gendarmerie à cheval (de la colonne Camo) cantonné à Périgny, Villeromain et Crucheray, se postera en éclaireur sur  la plaine en direction de Blois, appuyé par les Francs Tireurs de la Sarthe du commandant Foudras .

 

Le 15 Décembre1870

Les Escadrons de Villeromain annoncèrent l’approche d’une forte colonne ennemie marchant sur Vendôme. La brigade Bourdillon reçut le renfort du 59e de marche du régimen

 

t de l’Isère (27e mobile). Sur le plateau du Temple, à l’entrée de Vendôme, les batteries commencent à pilonner les troupes prussiennes qui très vite répliquent.

Des colonnes allemandes se déploient en même temps sur St Anne ainsi que du côté du bois la Barbe et s’avancent sur Vendôme à la faveur des bosquets de bois. L’ennemi déboule également du côté de Rocé, Villetrun et Coulommiers, troupes venant de Frétéval. Les positions de Bel-Essort sont mises à mal pendant toute la journée.

 

 

L’amiral Jauréguiberry défend le plateau du Temple (de lourdes pertes pour l’artillerie française) et tient en retrait sa position en pilonnant des colonnes allemandes qui essayent de le déborder par la route de Tours et ainsi le couper du général Barry basé à St Amand. Des combats eurent lieu au bois de la Guignetière ce qui arrêta la progression allemande avec un léger mouvement de recul.

 

Le soir venu, la 2e Armée de la Loire maintenait ses positions en faisant reculer l’ennemie malgré la perte de Bel-Essort où les soldats du bataillon Prudhomme  avaient du battre en retraite efaisant sauter le pont de Meslay.

 

Mais la perte des positions de Bel-Essort allait rendre difficile et périlleuse la défense de Vendôme, car de cette position les troupes prussiennes pouvait pilonner la vallée de la Houzée et en même temps notre position du Temple. Le général Chanzy décida de battre en retraite sur la Sarthe dés le lendemain sur les conseils de l’amiral Jauréguiberry. Les troupes avaient le moral bas, souffrant de peu de repos, de campements dans la boue et de l’interdiction d’allumer les feux de bivouac malgré le froid et l’humidité.

 

Le 16 décembre 1870

Profitant du brouillard qui dés le matin avait recouvert la vallée du Loir, les convois quittèrent Vendôme puis s’ensuivirent les troupes positionnées en avant-poste du plateau  de St Anne et du Temple. D’après les mémoires du général Chanzy, « tous ces mouvements s’effectuèrent avec ordre, et jusque vers 9h, les Allemands, qui ne s’étaient aperçus de rien, ne parurent pas ». Gustave Chanteaud précise que « à 10h, alors que les derniers bataillons traversaient le Loir, les fantassins allemands apparurent sur la rampe du château… ». C’est à ce moment là que les français firent sauter les ponts de Vendôme dont celui de la Trinité qui avec cette forte détonation brisèrent une partie des vitraux de l’abbatiale. La Garde nationale fut désarmée. Un dernier train put partir au dernier moment de la gare direction Tours pour évacuer blessés et malades ainsi que des munitions et approvisionnements avant qu’une arche du pont des Coulis fut dynamitée.

 

Ce même jour eut lieu la deuxième bataille de Morée qui se solda par la retraite du général Rousseau et du 21e Corps en direction de St Hilaire pour amorcer lui-aussi un repli vers la Sarthe.

 

Au château de Bel-Air, des soldats enivrés avec le vin d’une cave qui leur avait été ouverte, quittèrent trop tard leur position et s’embourbèrent dans les chemins creux. Cette batterie fut définitivement prise.

 

Le général Chanzy écrivit un télégramme au ministre de la guerre le soir même du 16 décembre en précisant « qu’après avoir replié en deçà du Loir les troupes qui couvraient Vendôme, fait évacuer la ville et la gare et sauter les ponts, [le repli] s’est effectué très-difficilement, harcelé de tous cotés par l’ennemi… Nous sommes pressés de tous côtés… Bien qu’il me tarde d’arriver au-delà de la Sarthe, je ne puis marcher que lentement à cause des convois, du manque de routes et de la fatigue des hommes, qui est extrême… ». La marche sur Le Mans est enclenchée dans un grand désordre. Certains soldats arriveront seuls au Mans, fuyant le bruit du canon et espérant un peu de repos à l’arrière des lignes.

 

Le Vendômois et les opérations offensives

Les troupes allemandes s’installent dans le Vendômois en réquisitionnant et les logements et la nourriture  (bêtes, farine, …)ainsi que le fourrage pour leurs chevaux. Le Vendômois s’installe dans l’occupation. Plusieurs témoignages de Vendômois comme à Villiers par exemple témoignent d’une certaine « barbarie » de l’occupant.

 

A partir du 28 décembre, le général Chanzy entamera à partir du Mans, des opérations offensives, des combats souvent sanglants qui s’effectueront jusque mi-Janvier 1871.  Des opérations à Droué, Danzé, Azé, Mazangé avec le Gué du Loir, aux Roches et aussi à Montoire ou Troo, furent préparées et menées  par le général Joffroy  mais présentaient l’inconvénient d’être trop isolées les unes des autres.  Une guérilla que les Allemands feront cher payé à la population vendômoise.

 

Le général Chanzy reculera sur la Mayenne, ligne ultime de défense, en recomposant à chaque fois son armée. Au-delà c’est la  Bretagne qui est menacée et risque d’être envahie. Malgré les pertes subies lors des retraites successives, l’armée est refaite et Chanzy dispose désormais de 150 000 hommes avec une réserve de bretons de 100 000 hommes supplémentaires. La victoire allemande ne parait pas acquise.

 

Cependant l’armée du Nord est défaite à St Quentin le 19 Janvier et fait retraite sur Lille et dans l’Est. Le général Bourbaki battu sur la Lisaine se réfugie avec le reste de son armée en piteux état en Suisse.  En Janvier, le froid, la famine et l’échec des tentatives de sortie de Paris provoquent une exaspération croissante. Le gouvernement décide alors une capitulation avec une armistice de trois semaines  signée le 28 janvier 1871 par jules Favre. La France est vaincue et perdra lors du traité préliminaire de Versailles du 26 février 1871 l’Alsace et la Lorraine.

 

Références Bibliographiques :

 “La Deuxième Armée de la Loire” du Général Chanzy

“Loigny ou l’espérance détruite” de Paul Mollé par la Société Dunoise d’Archéologie, Histoire, Sciences et Arts

Article de Gino Segrais  ” Le combat de Saint Quentin les Troo” dans “Montoire et Saint Quentin Les Troo” édité par le Comité Départemental du Patrimoine et de l’Archéologie

« précis d’histoire de Vendôme » de Gustave Chanteaud

« Journal d’un Vendômois par Gervais Launay », éditions du Cherche-Lune


1516, 1519, la peste à Vendôme

Prenant pour prétexte la pandémie qui vient de nous tomber sur la tête, il est peut-être intéressant de rappeler que bien d’autres épidémies, durant le Moyen Âge, se propagèrent également dans notre région et plus spécialement à Vendôme. Si les archives n’en parlent guère, sinon par compilation, au XIXe siècle, et encore d’une façon fort imprécise, seuls les chanoines du Bellay et Simon, vont véritablement nous renseigner sur un de ces événements majeurs, la peste, présente dans la ville, notamment dans ce premier quart du XVIe siècle.

 

Charles du Bellay
et Michel Simon

 

Tous deux chanoines de la collégiale Saint-Georges du château de Vendôme, ils sont considérés comme les tout premiers historiens de notre histoire locale. Historiens d’autant plus crédibles qu’ils avaient encore, en leur possession, les archives originelles du chapitre qui furent, hélas, brûlées à la Révolution et d’autant plus enclins à les consigner que l’exode des chanoines provoqué par cette maudite peste concernait avant tout l’histoire de leur propre église.

 

Du Bellay, dit le «chanoine du Bellay», né vers 1600 et mort à Vendôme en 1676, entra à la collégiale Saint-Georges après 1634, succédant à son frère François dans la dignité de chantre, fonction dans laquelle on le retrouve en 1661. C’est sans doute après cette date qu’il écrivit son fameux «Kalendrier historique et chronologique (1)». Resté à l’état de manuscrit, Charles du Bellay y indique, pour la première fois, cette terrible épidémie de 1516 et qui reprit vigueur en 1519, insistant sur le fait que les chanoines d’alors, bien qu’ayant quitté la ville de Vendôme pour le village de Rocé, devaient impérativement continuer leurs offices s’ils voulaient être rétribués : «…Dans les années 1516 et 1519 la peste survint en cette ville pendant laquelle plusieurs bénéficiers jugèrent à propos de se retirer du danger, ce qui leur fut permis par le chapitre à charge de dire les messes qu’ils devaient dans les lieux où ils se rencontreraient, et même à condition que s’il s’en trouvait en quelque village comme à Rossay (Rocé) un nombre suffisant, ils chanteraient l’office canonial, moyennant quoi, ils gagneraient leurs distributions».

Michel Simon, dit l’abbé Simon, naquit à Vendôme le 17 mars 1712 et mourut le 7 mars 1781 en sa maison de la rue (aujourd’hui impasse) Saint-Pierre-la-Motte (maison en colombages, face à la chapelle). Curé de Saint-Rimay en 1743, il fut nommé chanoine de Saint-Georges neuf ans plus tard (1752) où nous le retrouvons secrétaire. Puis, il fut gratifié de plusieurs bénéfices, en l’église de Sepmes (aujourd’hui en Indre-et-Loire) ou encore en l’église de Saint-Denis de Doué (diocèse d’Angers). Bénéfices, qui unis à sa prébende de la collégiale, allaient lui permettre de poursuivre ses travaux historiques comme son «histoire de Vendôme et de ses environs» écrite entre 1768 et 1781. Le manuscrit confié à Maître Bonneau, avocat à Vendôme, pour des raisons qui nous échappent, ne sera édité qu’en 1834 et 1835, en trois volumineux volumes. Ainsi, dans le premier tome, l’abbé Simon écrivait : «…Du temps de Charles de Bourbon, en 1516 et 1519, la ville de Vendôme et ensuite la province du Vendômois furent affligés du fléau de la peste… »

 

Un contexte local des plus prospères

 

1516…Le comté de Vendôme, par la seule volonté de François 1er, venait d’être promu duché-pairie, un an auparavant, pour services rendus au royaume de France. L’heureux comte qui devenait duc n’était autre que Charles (1495-1537), fils aîné de François de Bourbon et de Marie de Luxembourg ; époux, en 1513, de Françoise d’Alençon, elle lui donnera treize enfants. Fidèle inconditionnel du roi, Charles de Bourbon était le plus souvent hors de sa seigneurie régie, pendant ses absences, avec intelligence, humilité et grande piété, par sa mère.

 

En ce début du XVIe siècle, la ville, en effet, prospérait. Les industries du cuir, tanneries, mégisseries et ganteries, sous l’impulsion de Marie de Luxembourg, se développaient considérablement et allaient étendre sa renommée jusqu’à la Cour royale. Alors que l’immense chantier de l’abbaye de la Trinité venait tout juste de se terminer, la construction de la nouvelle nef gothique de l’église Saint-Martin se poursuivait. Mais suite à de fâcheux relâchements et autres nombreux abus perpétrés au sein même de son église, le chapitre Saint-Georges était également profondément réformé et de nouveaux statuts furent élaborés par la comtesse Marie de Luxembourg, quand soudain…

 

Quand soudain, l’épidémie s’abattit sur la ville…

 

Et l’abbé Simon de reprendre : «…du fléau de la peste qui emporta la plus grande partie des habitants de la ville et de la campagne…».

 

Puis, en fin rapporteur des archives à jamais disparues, il constate : «…Sur quoi je pense qu’il est à propos d’observer que les rues de la ville qui vont du midi au nord deviennent presqu’entièrement désertes, et que les autres rues qui vont du levant au couchant n’éprouvèrent pas, à beaucoup près, de si grands ravages. Le faubourg Saint-Georges (auj. Saint-Lubin), dont la rue peut être regardée comme le méridien de Vendôme, fut tout à fait désolé ; à peine s’y trouve-t-il une personne exempte de la maladie épidémique, tandis que la rue Ferme, qui est le chemin couvert du château, et le faubourg Saint-Bienheuré, qui vont du levant au couchant, et qui ont du côté du midi, la montagne et le château qui y est bâti, ne ressentirent aucunement les effets de la contagion, parce qu’ils ne respiraient, pour ainsi dire d’autre air que celui du nord…»

 

Avant d’enchaîner : «…Cela ne guérit pas de la peur de quelques bénéficiers (titulaires d’une chapelle qui en recevaient les revenus ou bénéfices) qui habitaient la rue Ferme qu’on peut regarder comme le cloître des chanoines, et il leur fut permis, par le chapitre, de se retirer à la campagne, à condition que, s’ils se trouvaient plusieurs dans un même bourg, ils feraient l’office canonial dans l’église paroissiale du lieu, moyennant quoi ils auraient part aux distributions comme présents. Ils choisirent le village de Rocé, dont le chapitre est seigneur…». Là, de toute évidence, l’abbé Simon rejoignait le manuscrit de Charles du Bellay.
Si les chanoines se retirèrent en 1516 à Rocé, c’est bien parce que le chapitre de Saint-Georges possédait là un immense domaine appelé plus exactement : la Cour(t) de Rocé dont l’important manoir était précisément situé devant l’église, «une rue entre deux», qui leur appartenait également et où ils étaient tenus d’officier durant leur séjour. Selon un aveu de 1546, cette Court comprenait de très nombreuses métairies et autres fiefs d’une grande richesse. Les chanoines y reviendront, malgré eux, en 1519 et 1530, pour la même cause.
«…Mais bientôt la contagion s’y répandit, parce que ce bourg est en pleine campagne et exposé aux ardeurs du midi. Ils se rendirent dans la petite ville de Lavardin, qui a au midi un château bâti sur une haute montagne, et qui ne respire que l’air du nord. Ils s’y trouvèrent en sûreté et n’y ressentir aucun effet de la peste…». Si ce repli sur Lavardin est souvent mentionné, curieusement aucun document, localement, ne décrit ce second séjour forcé des chanoines, alors que l’ancienne abbaye de Saint-Martin-des-Bois, toute proche, étroitement liée, dès le XIe siècle, à la collégiale Saint-Georges, eût été, de loin, le lieu le plus privilégié pour les accueillir ; mais là encore, rien ne l’indique.

 

Autre constat : «…Plusieurs personnes de la ville de Vendôme demandèrent à venir demeurer dans leur rue Ferme, où l’air était plus salubre ; mais on voit par des actes capitulaires qu’on ne jugea pas à propos de leur permettre d’habiter les maisons canoniales qui étaient vacantes, parce qu’on craignait que ces nouveaux habitants n’y apportassent la contagion…». En vérité, une décision déjà bien peu chrétienne qui peut rappeler certains événements très contemporains.

 

Un appel au saint martyr

 

Aussi, en homme d’église, l’abbé Simon, suivant sa croyance, allait-il, volontiers, s’en rapporter au saint guérisseur :
«…Comme le faubourg de Saint-Georges se trouva le plus affligé, on résolut de faire un vœu à saint Sébastien, dont l’église collégiale de Saint-Georges possède les reliques. Ce qui restait d’habitants dans cette paroisse fit processionnellement le tour de la ville, pieds nus et en chemise, avec un cierge à la main ; on porta une torche de cire jaune, comme pour faire une amende honorable et une bougie roulée en cylindre aussi longue que le tour de la paroisse qu’on appelle enceinte (?), et qui devait brûler, jusqu’à la fin, devant la relique du saint martyr. Les autres paroisses de la ville et de la campagne suivirent cet exemple, firent le même vœu ; et tous les ans, le jour de la fête de la Saint-Sébastien (20 janvier), se fait en chaque paroisse une procession solennelle où des pénitents, revêtus d’aubes et pieds nus, vont implorant la miséricorde de Dieu, malgré les neiges et le froid rigoureux que l’on éprouve dans le mois de janvier, et assistent ainsi à la grande messe à laquelle ils font leurs dévotions…». Le fléau cessa fin 1519 et tout début 1520, peut-être, justement, à cause du grand froid.
Et de conclure : «…Le vœu s’accomplit encore aujourd’hui (1768/1781) ; le nombre des pénitents n’est pas si grand, mais la dévotion n’est pas diminuée, et il n’y à point de paroisse dans le Vendômois où il n’y ait une chapelle et une confrérie sous l’invocation de saint Sébastien (2)».
Durant cette sombre période, hormis le chapitre de Saint-Georges, il y eut également les juges du bailliage de la ville qui se réfugièrent à Thoré où ils continuèrent à donner leurs audiences ; mais là, encore, nous n’avons guère de renseignements. Seul, un jugement de ce bailliage, rendu à Thoré le 31 octobre 1519(3), prouve que la peste était encore bien présente à cette date.

 

Note 1 : Kalendrier historique et chronologique de l’Eglise collégiale de St Georges de Vendôme, ouvrage dédié à MM les vénérables doyens, chanoines, et chapitre de l’Eglise St-Georges. Manuscrit n° 328 déposé à la bibliothèque municipale de Vendôme ; manuscrit n° 54, à la bibliothèque de Blois ; et une copie déposée à la Société archéologique du Vendômois, recopiée vers 1912.
Note 2 : Outre l’abbaye de la Trinité et la Madeleine à Vendôme, saint Sébastien se retrouve encore aujourd’hui, en Vendômois, notamment dans l’église Saint-Pierre d’Azé (vitrail), l’église Notre-Dame de Boisseleau – Droué (statue), l’église Saint-Aignan de Lignières (statue), l’église Saint-Pierre de Longpré (peintures murales), l’église de Saint-Martin-des-Bois (tableau), église Saint-Martin de Lunay, etc…Concernant l’ancienne collégiale Saint-Georges, les reliques de saint Sébastien seront, quant à elles, soustraites au chapitre, le 19 mai 1562, par la duchesse Jeanne d’Albret.
Note 3 : Le 31 octobre 1519, le Bailliage siégeait encore à Thoré(-la-Rochette), à cause de la peste qui sévissait toujours à Vendôme ; inventaire des titres de la Maison de l’Oratoire de Vendôme, manuscrit n° 285, p. 308 (50e sac, cotte 482), Fonds ancien de la bibliothèque de Vendôme, intitulé : Jugement du Bailliage de Vendôme séant à Thoré à cause de la peste qui était sur la ville de Vendôme.

 

Références bibliographiques :
Chanoine du Bellay, Calendrier historique… voir note 1.
Abbé Simon, Histoire de Vendôme et de ses environs, t. I, Vendôme 1834.
Recherches et étude personnelles, dossiers maladies épidémiques.

 

Iconographie :
Collégiale Saint-Georges, cour intérieure du château, dessin de G. Dupuis (coll. BM Vendôme), Jean-Claude Pasquier, Le château de Vendôme, Cherche-Lune, Vendôme 2012.
Statue de saint Sébastien, église de Lunay, J.C Pasquier, op. cit.


Lavardin et Montoire-sur-le-Loir, sous un autre angle

Hist’Orius propose des visites inédites de Lavardin et de Montoire-sur-Loir, avec les règles sanitaires préconisées pour la sécurité de chacun et le plaisir de tous

 

Lavardin : En petit groupe, partez en promenade découverte de Lavardin en compagnie de Françoise Duval. Au pied du donjon et des ruines encore impressionnantes du château médiéval, vous parcourez les ruelles bordées de maisons anciennes, vous arpenterez la Rotte aux biques avant de vous arrêter dans l’église romane de Saint Genest pour y admirer les fresques murales du XIIème au XVIème siècle.

 

 

Montoire-sur-le-Loir : Située au cœur du pays du poète Pierre de Ronsard, Montoire-sur-le-Loir est une petite ville authentique riche de son patrimoine, de son histoire depuis son château du Moyen âge jusqu’à la rencontre Hitler/Pétain (Gare Historique). En compagnie de Roland Deguise, vous flânerez dans les rues, vous admirerez en commençant par l’hôtel de ville puis son hôpital, ses églises et terminerez la visite par la chapelle Saint Gilles.

 

Dates des prochaines visites :

Montoire-sur-le-Loir : A 9h30, 1er août, 29 août, 12 septembre, 19 septembre et 10 octobre. Rendez-vous à l’Hôtel de Ville.
Lavardin : A 14h30, 1er août, 29 août, 12 septembre, 19 septembre et 10 octobre. Rendez-vous au Pont gothique.
Inscription préalable obligatoire par e-mail à l’office de tourisme de Territoires Vendômois,
ot.vendome@wanadoo.fr, ou par tél. 02 54 77 05 07. Adulte 5€, -12 ans 3€. Masques obligatoires.


Un certain samedi 15 juin 1940

Voici tout juste 80 ans, Vendôme allait entrer de plain-pied dans la tourmente…Et dans l’Histoire. Après « la drôle de guerre » et durant « la débâcle », elle devenait, à son tour, «ville martyre».

 

Un contexte inéluctable

Au mois d’août 1939, l’horizon international s’était considérablement assombri. Si les Vendômois semblaient vouloir vivre un été relativement paisible, ils n’en restaient pas moins très inquiets.

 

Ainsi, le 1er septembre, l’Allemagne envahissait la Pologne et la mobilisation générale était décrétée dans notre pays. Le dimanche 3, la Grande Bretagne et la France lui déclaraient officiellement la guerre.

 

Même si le front se trouvait encore à plusieurs centaines de kilomètres de là, il fallait, désormais, se familiariser avec les nouvelles règles et consignes de sécurité. Dès le 2 septembre, l’état de siège avait été proclamé et l’on rappelait aux Vendômois ce que cela signifiait : pleins pouvoirs à l’autorité militaire pour le maintien de l’ordre et de la police, interdiction de circuler hors du canton de résidence sans une autorisation spécifique.

 

Il faudrait aussi s’habituer aux alertes annoncées par un code bien précis des deux sirènes de la ville. Des abris anti-aériens furent également prévus et répartis comme suit : les caves des rues de la Grève, du Maréchal de Rochambeau et du Tertre de la Glacière, pour le secteur ouest ; rue des Écoles et rue Ferme, pour le centre ville et le quartier sud ; faubourg Saint-Bienheuré pour le secteur est, les caves de Courtiras étant réservées aux habitants des alentours, à qui il était aussi conseillé de se disperser dans la nature loin de la voie ferrée.

 

Du 6 au 30 septembre 1939, c’était l’offensive française dans la Sarre. Le 28 septembre, l’Allemagne et l’URSS (pacte Germano-Soviétique) se partageaient la Pologne. Le 30 novembre l’URSS envahissait la Finlande. Dès lors, l’Allemagne pouvait concentrer tous ses efforts vers l’ouest et le 9 avril 1940, elle s’emparait du Danemark et de la Norvège.
Localement, tous ces événements encore lointains parvenaient par l’entremise d’une presse désormais soumise à la censure. Tandis que les noms des premiers « morts pour la France » du Vendômois étaient déjà répertoriés, les premières restrictions firent leur apparition, concernant essentiellement l’alimentation. Malgré tout, la vie normale cherchait à reprendre ses droits et la vie culturelle tentait de subsister. Très régulièrement, pour les particuliers, revenaient les consignes de camouflage des lumières ; la ville, elle-même, était plongée dans le noir dès la tombée de la nuit.

 

Le 10 mai 1940, l’Allemagne attaquait la Belgique et les Pays-Bas et trois jours plus tard, les blindés allemands perçaient les lignes françaises dans les Ardennes.

 

Dans la ville, des bonbons trouvés sur la voie publique, se révélèrent toxiques : un fait d’autant plus préoccupant que des milliers de réfugiés traversaient maintenant Vendôme en direction de Tours, en suivant la route Nationale n° 10. L’exode des gens du Nord battait son plein. Un centre d’accueil fut même organisé à l’intention de ces familles qui fuyaient devant l’ennemi, par la Croix-Rouge, près de la gare.

 

Le climat était véritablement à la guerre. La Défense passive conseillait une extrême prudence. La DCA mobile (Défense Contre Avions) pouvait tirer sans que l’alerte ait été déclenchée et les files interminables de ces réfugiés, à pied, à bicyclettes, en carrioles ou en voitures surchargées, se dirigeant vers le sud, n’étaient pas sans inquiéter les responsables locaux, par l’encombrement des rues qu’elles engendraient. Ce cortège de misère produisait un effet des plus déplorables sur les Vendômois. À la gare, les trains se succédaient, convois de civils allant vers le sud, wagons de militaires, montant vers le nord. De plus, triste constat, la méfiance s’installait, chacun commençant à se méfier de son voisin.

 

Du 6 au 10 juin, ce fut la déroute de l’armée française. Le 10 juin, le gouvernement Raynaud avec Pétain pour vice-président du Conseil quittait Paris pour Tours et l’Italie, alliée de l’Allemagne, entrait en guerre.

 

Le mercredi 12 juin, les services des PTT déjà repliés à Vendôme déménageaient pour Poitiers. Les centres de mobilisation d’artillerie et de santé stationnés au Quartier Rochambeau quittaient la ville pour rejoindre Bourges, signes avant-coureurs que la situation se dégradait au fil des jours.

 

La rumeur d’une possible grande bataille livrée sur la Loire, avec Vendôme au centre des combats se fit bientôt persistante. Ce fut alors le signal d’une véritable panique qui s’amplifiera jusqu’au matin du 15 juin. La pagaille était totale dans la ville : une cohue indescriptible, dans les rues du centre, empêchait pratiquement toute circulation ; il fallait plus d’une heure pour traverser Vendôme.

 

Le 14 juin, les troupes allemandes entraient dans Paris. Ce même jour, peu avant 21 heures, le préfet de Loir-et-Cher signait l’ordre suivant destiné aux maires du département : Autorité militaire prescrit évacuation enfants au-dessus de treize ans et hommes mobilisables, en exclusion de tout autre…

 

La nuit suivante (le 15), vers 3 heures du matin, ce message, lu par l’intermédiaire du tambour municipal, réveillait les Vendômois ; de nouveau la panique s’empara des habitants et pour certains, ce fut un départ précipité, désorganisant tous les services de la cité qui se vida en quelques heures.

 

 

Puis, ce fut l’apocalypse.

Cette journée du samedi 15 juin 1940, particulièrement ensoleillée, restera pour les Vendômois, la pire de toutes. En fin de matinée, à 11 h 25, la ville subissait le premier grand bombardement de son histoire. Sans que l’alerte ait été donnée – le système d’avertissement depuis Blois étant défaillant – trois avions allemands(1), prirent en enfilade le faubourg Saint-Lubin, le pont Saint-Georges et la rue Poterie, cette route Nationale 10 qui voyait affluer, depuis le 15 mai, une foule considérable. Pas moins de cinq à sept bombes, selon les différentes sources, furent ainsi larguées entre la rue Ferme et le musée (Bibliothèque actuelle).

 

La première, devant l’ancien moulin de la Fontaine, à l’extrémité sud du pont de l’Hôtel de ville (pont Saint-Georges), causant, d’ailleurs, l’incendie du moulin et des maisons attenantes, faisait une vingtaine de morts dont quelques Vendômois (placés là pour faciliter la circulation) et de nombreux blessés qui furent transportés à l’ouvroir Saint-Paul, ouvert en poste de secours, rue Ferme. Pour les blessés les plus graves, ces derniers étaient évacués sur la clinique Chevallier, rue Basse ou sur l’hôpital-hospice malgré un suivi médical défaillant, car trop peu nombreux en personnel et pour cause d’une pénurie flagrante de moyens, comme le manque d’électricité, d’eau, de gaz et du service de la stérilisation. Un hommage, sera d’ailleurs rendu aux docteurs Chevallier, Madame et Monsieur, qui soignèrent et opérèrent sans discontinuité dans les deux établissements jusqu’à fort tard dans la soirée.

 

Outre la concierge tuée par le souffle d’une autre bombe tombée dans le petit jardin de la mairie (alors porte Saint-Georges) situé entre le Loir et ce dernier monument, toutes les autres victimes, soit principalement des réfugiés, étaient atteintes à l’entrée de la rue Saulnerie, rue Poterie et aux abords de celle-ci : 89 tués et environs 200 blessés plus ou moins sérieux furent ainsi dénombrés officiellement. Une demi-heure plus tard, une seconde vague d’avions bombardait, suivant, cette fois, un axe est-ouest, la ligne de chemin de fer, mais sans causer, semble-t-il, de pertes humaines.

 

Si cette première attaque avait été, de loin, la plus meurtrière, elle fut bientôt la plus destructrice.

 

Aucun feu ne s’étant déclaré dans les premières minutes qui suivirent le bombardement, du moins dans la rue Poterie, le commandant des pompiers, M. Haugou, avant de rejoindre le faubourg Saint-Lubin, allait s’occuper, en priorité, des blessés. Quand soudain, suite à l’explosion d’un réservoir de camion militaire (selon ce commandant), d’une voiture civile (selon le maire, M. Duverger) qui projeta de l’essence enflammée de tous côtés, le feu prit dans l’épicerie située à l’angle des rues Poterie et Saint-Pierre-la-Motte (auj. tracé de l’avenue de Verdun). Ce fut là le point de départ d’un important sinistre qui devait trouver facilement à s’alimenter dans les vieilles maisons du quartier, sans aucun doute le plus ancien de la ville, en se propageant surtout par les combles.

 

Appelé maintenant à combattre un second incendie, le Cdt Haugou ne disposait que d’une autopompe, une motopompe (qui tombera définitivement en panne dans l’après-midi), de quatre pompes à bras et d’une dizaine d’hommes en tout, le reste des sapeurs étant parti en exode. Mais devant l’ampleur du brasier qui prit de suite d’énormes proportions, hommes et matériels furent vite dépassés et quasi inefficaces.

 

Depuis la rue Poterie, ici dans sa partie comprise entre la rue Saint-Pierre-la-Motte jusqu’en limite du bras de la rivière du pont Rondin, maintenant en feu des deux côtés, des flammèches attisées et poussées par un vent du nord atteignirent bientôt la rue au Blé et à partir de 12h30, ce fut toute la rue, côté sud, qui allait s’embraser. Vers 16 h, le vaste pâté de maisons compris entre la dite rue au Blé et la Grande Rue, comprenant le tribunal et le grand Hôtel du Commerce, jusqu’à la rue Renarderie, était désormais la proie des flammes. Après 21h, la rue Saulnerie était atteinte, l’incendie d’une puissance inouïe passant par-delà la Grande Rue.

 

Rue Poterie, le feu s’avançant en direction de l’Hôtel de ville, s’arrêtait, côté ouest, à la rue Basse, épargnant miraculeusement la clinique sur le point d’être évacuée, car tout l’îlot compris entre cette dernière rue et les rues Frincambault, Saint-Pierre-la-Motte, était, lui, en flammes.

 

Vers minuit, l’Hôtel du Gouverneur était complètement embrasé ainsi que les maisons riveraines du marché aux Légumes, côté ouest et ce jusqu’au Loir. À 2h du matin (le dimanche 16), c’était autour de la porte Saint-Georges (l’Hôtel de Ville) de subir le même sort.

 

Le bilan immobilier fut, de ce fait, catastrophique : 215 maisons avaient été entièrement détruites, soit 11% de l’ensemble des constructions de la ville qui était alors touchée dans son cœur historique. Des fleurons d’architecture, comme le Tribunal et l’Hôtel du Gouverneur (tous deux non restaurés par la suite), des maisons des XVe et XVIe siècles, la plupart en pans de bois, disparurent à jamais. Seule, malgré les dommages subits, la porte Saint-Georges, après bien des concertations, renaîtra de ses cendres.

 

Si dans ce tragique bombardement, beaucoup montrèrent un dévouement exemplaire, une minorité (réfugiés et, hélas, Vendômois), profitant du désordre et de la détresse, se livrèrent, sans vergogne, au pillage des maisons et autres commerces, tout au long de cette funeste journée, le service d’ordre étant nettement, lui aussi, en sous-effectifs.

 

Dans les jours qui suivirent, le problème urgent restera l’évacuation des blessés et l’inhumation des cadavres dont, certains, après identification, furent ensevelis provisoirement dans les jardins de l’hôpital avant d’être transférés au cimetière, route de la Tuilerie.

 

Et le 18 juin suivant, vers 5 h du matin, les premiers Allemands pénétrèrent dans Vendôme…

 

 

 

Note (1) : Pour faire cesser toute fausse rumeur qui perdure encore de nos jours, ce sont bien des avions allemands et non italiens qui bombardèrent la ville. Les archives de la Luftwaffe de Munich et les recherches effectuées en Italie (M G. Marti) sont formelles sur ce point.

Recherches et étude personnelles : AD41, Société archéologique du Vendômois, Archives communales et Fonds anciens de la bibliothèque de Vendôme, presse locale, rapports Fisseau, Chevallier (fourni par M. Desoeuvres).

Orientation bibliographique :
René Lepallec, Les bombardements de Vendôme, juin 1940, Libraidisque, Vendôme, 1983.
Gilbert Rigollet, Le Vendômois sous l’occupation, chronique 1938-1945, P.U.F., Vendôme, 1984, plusieurs rééditions.
Jean-Jacques Loisel, Jean-Claude Pasquier, Des ténèbres à la lumière, le Vendômois de 1939 à 1945, Éditions Alan Sutton, Saint-Cyr-sur-Loire, 2002.
Jean-Jacques Loisel, Jean-Claude Pasquier, Un lycée dans la guerre, le lycée Ronsard de Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, Vendôme, 2004.

Iconographie : Vendôme en 1940 : plan du quartier incendié (inspiré du livre de G. Rigollet).


Militaires américains en visite officielle à Rochambeau

Cela faisait plus de 100 ans que le château de Rochambeau à Thoré-La-Rochette n’avait reçu de visites de militaires américains.

 

Profitant de la venue de l’attaché Défense et de l’attaché Air de l’Ambassade des Etats-Unis sur la base aérienne de Romorantin, Jérôme Danard, président de l’association France-Etats-Unis de Loir-et-Cher et également président national de l’association a fait une demande officielle pour que les militaires américains puissent se déplacer dans la maison familiale du Maréchal de Rochambeau, grand vainqueur de la bataille de Yorktown lors de la guerre d’Indépendance américaine. L’occasion pour ces deux représentants de l’Armée de remettre à Nathalie de Gouberville, descendante directe du Maréchal, un drapeau américain ayant flotté sur un bâtiment officiel des Etats-Unis.

 

«A l’école, on nous apprend beaucoup de choses sur notre indépendance. Il y a bien-sûr Washington, La Fayette aussi, mais Rochambeau est un nom qui marque l’histoire de cette bataille et son rôle important. Un grand stratège et qui a commencé à tisser des liens entre la France et les USA qui restent forts encore aujourd’hui» détaillait le colonel Allen Pepper dans un français parfait lors de la remise du drapeau. Et comme le soulignait Nathalie de Gouberville, ces liens Franco-Américains s’ils demeurent, c’est qu’ils sont aussi entretenus par des rencontres et des voyages régulièrement en Amérique. D’ailleurs en 2020, l’inauguration de la future statue de Rochambeau à Yorktown sera l’occasion d’un déplacement officiel. «Nous voudrions également en 2021 pour le 240e anniversaire de la victoire de Yorktown organiser un grand évènement en Vendômois avec une journée d’animation et de conférence autour de ce thème» concluait Nathalie de Gouberville.


Montoire et l’entre deux-guerres

Après l’exposition très documentée l’année dernière sur la Guerre 1914-1918, l’association Hist’Orius a préparé une exposition sur l’entre-deux-guerres, toujours en rapport avec Montoire-sur-le-Loir et son ancien canton.

 

Une période de calme relative après la boucherie de la 1ère Guerre Mondiale, l’entre-deux-guerres voit se créer une multitude d’associations, notamment sportives avec son club de pigeon-sport dû à la caserne colombophile de la ville ou de football avec son club Le Stade Montoirien créé en 1925. «Deux clubs existaient dans la ville, l’un laïc et l’autre confessionnel. Un seul restera à cause d’un excès de colère du curé qui dissout son club» s’amuse à détailler Gino Segrais, président d’Hist’Orius, association qui s’emploie depuis 2015, date de sa création, à insérer l’histoire locale dans la Grande Histoire.

 

Plusieurs panneaux viendront guider le visiteur à travers cette période, un travail de recherche impressionnant réalisé par les membres de l’association. La reconstitution de l’intérieur d’une maison de l’époque sera le clou de l’exposition avec une cheminée, vaisselle, linge de maison,… «Comme l’année dernière pour la reconstitution d’une tranchée qui avait impressionné les visiteurs, nous nous attachons, avec des objets d’époque, à une mise en scène réaliste» poursuit le président.

 

Une exposition qui reviendra sur les deux comices agricoles organisés dans le canton entre les deux guerres, sur les louées également, avec des photos de ces journaliers qui, deux fois par an, à la Saint Barnabé (11 Juin) et à la Saint Michel (29 septembre) se réunissaient sur la place Clemenceau pour vendre leurs services aux paysans propriétaires. «Cette exposition a été l’occasion de faire le recensement de la ville et des villages grâce auquel on s’aperçoit notamment que Saint-Oustrille était le quartier où était compté le plus de journaliers et donc assez pauvre. D’ailleurs, ils se proclamaient d’une commune libre car pas besoin d’aller dans la ville, ils avaient tous les commerces sur place, boucherie, boulangerie, épicerie, coiffeur,…».

 

Une exposition où l’on retrouve une multitude d’anecdotes sur Montoire et le bas Vendômois. À ne pas manquer pour les passionnés d’histoire ou les curieux tout simplement, un retour sur le passé, pas si loin en somme !

 

Exposition du 2 au 8 décembre – Montoire/Loir – Salle des Fêtes Quartier Marescot
Conférence par Bernard Perraillon «Montoire et L’entre-deux-guerres»
Mardi 3 décembre 18h à la Médiathèque de Montoire – Quartier Marescot


Et le curé sauva Chambord

Alors que Chambord fête ses 500 ans cette année, Gilbert Bourdoiseau, maire pendant 25 ans de la commune de Busloup, en rendant visite à son fils à Guebwiller, tombe nez à nez avec une plaque de rue qui l’interloque : «Rue Marie-Joseph Gilg (1868-1960) Sauveteur du Château de Chambord en 1944».

 

La rencontre avec ce panneau, appuyée par le dernier film Chambord du réalisateur solognot, Laurent Charbonnier, a intrigué Gibert Bourdoiseau ; «J’ai acheté alors d’occasion le livre écrit par l’ancien curé, sorti après-guerre et qui détaille le sauvetage 5 jours durant des habitants du village et du château Chambord en août 1944. Marie-Joseph Gilg en devient le sauveteur pour une raison toute simple en somme, originaire d’Alsace, il parle parfaitement l’allemand !» détaille t-il.

 

En effet, sous le joug des Allemands, tendus et irrités par l’avancée des troupes américaines, Chambord, par ses nombreuses forêts, est un lieu extrêmement fréquenté par le maquis très actif en cet été 1944. Nous sommes le 21 août, suite à la mort d’un soldat allemand, les hommes et femmes du village sont réunis dans le château où se discute leur sort entre officiers. Plusieurs incendies sont à déplorer dans le village dont celui de l’hôtel ainsi que des fermes qui ont été la proie des flammes en représailles par les occupants. Le curé du village, par discussion et dialogue, arrive à raisonner les Allemands et à faire libérer les otages, même si l’on déplore des morts. «Ce qui m’intéressait dans cette histoire c’était de la faire connaître au maximum. Je suis étonné que l’on en parle peu. C’est un homme qui mérite en tant qu’homme d’être reconnu». D’ailleurs, ce fut chose faite en son temps car, le 14 juillet 1949 dans la cour du château de Chambord, le curé fut décoré de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur par le député de Loir-et-Cher de l’époque, Robert Bruyneel. Depuis, il est vrai que son histoire héroïque a été peu rapportée.

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