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Il était une fois… Un portail Renaissance

Il était une fois… Un portail Renaissance
Alors que notre patrimoine architectural local ne cesse de se dégrader et que fleurissent, un peu partout, quantité d’échafaudages et de barrières de protection, les Vendômois attristés ont, désormais, pour se consoler, la possibilité de pouvoir admirer un portail Renaissance du plus bel effet et d’un grand intérêt historique. Une heureuse initiative privée tout à l’honneur des propriétaires et responsables commerciaux des lieux.

 

Son emplacement

Située, en effet, au fond du magasin  » Distripap « , 8, place de la République, cette magnifique porte, inscrite à l’Inventaire des Monuments historiques par arrêté du 25 février 1948, peut être, maintenant, contemplée, librement, bien éclairée par une verrière.

De dimensions imposantes : 4,50 m de hauteur pour 2, 50 m de largeur, environ, ce portail, orienté plein sud, marquait, de toute évidence, l’entrée d’un important logis de la première moitié du XVIe siècle. Mais de l’histoire du bâtiment auquel il donnait accès, nous ne savons rien, si ce n’est qu’il possède encore un bel escalier de pierre, en vis, desservant tous les niveaux et une remarquable cheminée aux moulurations d’époque, au premier étage. Cet accès direct se faisait depuis l’ancienne place de l’Abbaye (ou de la Trinité, aujourd’hui, place de la République) par une allée privée, pavée, en passage couvert comme ce fut le cas jusqu’au milieu du XXe. Cette ancienne allée aboutissait à une cour intérieure, appelée, voici encore une soixantaine d’années : « cour des Miracles » et qui devait être, à l’origine, commune aux maisons (n° 8, 10 et peut-être n° 12 de la place actuelle) À noter qu’une autre cour dite des Miracles existaient également faubourg Chartrain.

 

Un deuxième accès – mais là, simple hypothèse de recherches qui n’engage que votre serviteur – aurait pu, peut-être aussi, se faire depuis la rue Guesnault. Nous en voulons pour preuve les vestiges d’un autre porche, plein cintre cette fois, lui aussi tourné vers le sud, visibles dans le mur mitoyen arrière des maisons n° 2 et 6 de la dite place, voici quelques années, lors de travaux de réfection, et disposés dans l’alignement du portail Renaissance qui nous intéresse. À défaut d’une seconde allée confirmée par les archives, on peut penser que toutes ces maisons et nombre de cours intérieures devaient communiquer entre elles. Le cadastre napoléonien de 1811 n’en fait toutefois pas mention.

 

Son architecture

En pierre de tuffeau très friable, ce portail est relativement bien conservé. Seuls, les piédroits sculptés sur leur face extérieure, jusqu’à mi-hauteur, sont érodés (pluie et frottements intempestifs). Surmontés de chapiteaux à volutes, ces piédroits supportent, en guise de linteau, un superbe entablement dont l’architrave et la corniche délimitent une frise centrale ornée de rinceaux. À chacune des extrémités de cette frise, se distingue une tête vue de profil. Le tympan surmontant l’entablement, met en évidence deux anges tenant un écu aujourd’hui illisible.

 

Ce même tympan est encadré par deux petits pinacles eux-mêmes réunis par de longs dauphins stylisés, en arc de cercle, dont la tête prend appui sur un amortissement axial (en forme de vase) dominant le tout. L’ensemble a toujours fière allure.

 

Son histoire

Ici, la pierre sert remarquablement l’histoire. Nous sommes là, selon toute vraisemblance, dans le deuxième quart du XVIe siècle, aux alentours de 1525/1547.
Les dauphins, symbole de la sagesse, peuvent être attribués à Marie de Luxembourg alors duchesse douairière de Vendôme depuis 1515, date à laquelle le comté devient duché ou à son fils, Charles de bourbon, seigneur de Vendôme de 1495 à 1537. On remarquera que ces cétacés se retrouvent aussi sur les mâchicoulis de la porte Saint-Georges et sur l’extérieur des deux contreforts de la façade occidentale de la Trinité, à hauteur du gable. À cela rien de surprenant puisque ce sont, effectivement, Marie de Luxembourg et Charles qui présidèrent à la restauration et à la fin de la construction de ces deux monuments majeurs de la ville.

 

En 1525, Charles devenait premier prince de sang à la mort de son cousin Charles d’Alençon et surtout chef du Conseil de France lui permettant, lors de la captivité de François Ier en Espagne (1525/28), de diriger le royaume avec Louise de Savoie. Deux ans plus tard, en 1527, au décès de son autre cousin le connétable Charles III de Bourbon, le duc de Vendôme devint cette fois chef et aîné des Bourbons et eut, dès lors, la possibilité d’accéder à la couronne. Il n’en fut rien, comme on le sait, mais c’est peut-être à ce titre qu’il s’adjoignit les deux anges (figurant sur le tympan), attributs personnels de la Maison de France.

 

Il est peut-être bon de signaler également que ces attributs ne se retrouvent nulle part ailleurs en Vendômois.
Autre clin d’œil à l’histoire, le portrait de gauche pourrait alors représenter le duc Charles, tandis que celui de droite devrait, en toute logique, reproduire le visage du roi François Ier.
Bâtiment public ou  » administratif « , au service du duc, hôtel particulier de la très haute bourgeoisie, logis seigneurial ou prévôté ? Nous avions là, à coup sûr, une maison des plus importantes en relation directe avec le comté puis duché du Vendosmoy. Sans doute, l’histoire de la seigneurie de Vendôme rejoignait-elle, ici, par sa décoration raffinée, la Grande Histoire ?

 

Sa sauvegarde

Si ce témoignage exceptionnel de la Renaissance française fut quelque peu oublié ou passé volontairement ou non sous silence, il était cependant connu de certains privilégiés. C’est en février 1980, qu’un érudit local, René Lepallec, professeur au lycée Ronsard, attirait, pour la première fois, l’attention des Vendômois sur ce portail qu’il connaissait par photo interposée, mais qu’il croyait réellement perdu à jamais. Suite à son appel lancé par voie de presse, le portail fut vite retrouvé, sur les directives de M Guiard, gardien du musée, bien protégé sous un coffrage de plaques de plâtre et de zinc, à l’abri de toutes déprédations. Pour comprendre cette intelligente sauvegarde, il nous faut remonter aux années cinquante (1950).

 

Suite aux bombardements de juin 1940, en effet, M Plais-Richard, plombier sinistré de l’ancienne rue Saulnerie, venait ainsi s’installer au 8, place de la République ; la cour contiguë à son atelier renfermait le fameux portail alors exposé aux intempéries.

 

En 1954, ce même immeuble fut vendu aux  » Nouvelles Galeries « . Son directeur, M Nau, avant d’effectuer les transformations nécessaires, proposa à la ville de déposer cette porte à la seule condition qu’elle en supportât les dépenses. Le conseil municipal de l’époque refusa devant l’énormité des frais à engager. Le portail fut donc protégé comme on sait et la cour des  » Miracles  » fut recouverte entièrement. La première  » grande surface  » venait de s’implanter à Vendôme.

 

Par la suite, la société  » Toubureau  » racheta, à son tour, l’emplacement commercial, se gardant bien et avec juste raisin de toucher au portail, dissimulé certes, mais sous bonne protection. Il aura fallu un malencontreux incendie dans les parties hautes de l’immeuble, le 17 janvier 1997, pour le redécouvrir et le sortir de l’anonymat. Une dépose se révélant techniquement impossible et surtout contraire à l’avis des Bâtiments de France, la moins mauvaise des solutions préconisa la pose d’une verrière. Mis au jour, le portail fut judicieusement intégré, après cette date, dans une réserve du magasin « Distripap », et pouvait être vu, à tout moment, sur simple demande. Aujourd’hui, il fait partie du décor intérieur, exposé, en pleine lumière du jour, aux regards de tous. Encore un grand merci à tous les acteurs de cette seconde « renaissance ».

 

Article paru dans le Petit Vendômois de janvier 2004

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