Menu

François Ier et le duché de Vendôme

Après avoir érigé le comté de Vendôme en duché-pairie(1) en février 1515, François Ier allait garder d’excellentes relations avec la ville, son duc Charles de Bourbon, son épouse Françoise d’Alençon, la belle- mère de cette dernière, Marie de Luxembourg et en fin de règne, avec Antoine de Bourbon, le fils et successeur de Charles. Hormis un bref séjour fin mars 1541 rapporté sans autres détails ni réelle confirmation dans « le dictionnaire du Vendômois », nous ignorions tout, jusqu’à aujourd’hui, de ces rapprochements. Aussi, ce qui va suivre est-il en grande partie inédit, car, en effet, aucun érudit ou historien local n’a rapporté ces faits, ni même eu connaissance, semble-t-il, de ces étroites relations existant entre le roi, le pays vendômois  et  les seigneurs qui le gouvernèrent.

Rapports du roi avec le duché

En fait, François Ier, contrairement à ce que l’on supposait jusqu’alors, vint plusieurs fois à Vendôme(2). Son premier passage est enregistré, dans les actes officiels, le 15 octobre 1517. Venant de Normandie et après avoir séjourné un temps à Argentan (Orne), il arriva le 13 octobre à la Ferté-Bernard (Sarthe), le 14 au soir à Cloyes (Eure-et-Loir) où il resta une journée avant de rejoindre notre bonne ville le 15. Le lendemain, il regagnait Blois. Mais, comme à chaque fois, nous ignorons tout, hélas, de son « emploi du temps ».

Un mois plus tard, il séjourna les 19 et 20 novembre (1517), sans doute au château de Vendôme, venant une fois encore de la Ferté-Bernard, via Mondoubleau (L-et-C) le 18. Toutefois, le 20 au soir, le roi couchait au château de Freshines (L-et-C) pour filer sur Blois le 21. Par la suite, nous le retrouvons à Amboise le 24 (novembre) et de là à Tours à partir du 29.

En 1518, le roi devait également passer la Toussaint en Vendômois. Quittant Baugé (Maine-et-Loire) le 25 octobre, il était à La Chartre (Sarthe) le 28 et effectivement, à Vendôme, le 31 octobre et le 1er novembre. Le 5 suivant, il était signalé à Châteaudun, puis le 13 à Chartres..

En 1534, une fois encore, venant d’Amboise, François Ier dînait (déjeunait) à la Croix de Saint-Amand (Saint-Amand-Longpré, L-et-C) pour arriver le soir même à Vendôme où « il prit le gîte » et y restait les 1er et 2 décembre avant de repartir pour Châteaudun où on le retrouve le 8.

Puis il faudra attendre 1541, avec maintenant Antoine de Bourbon comme duc de Vendôme, et plus précisément les 27, 30 et 31 mars ainsi que le 2 avril pour retrouver François Ier dans nos murs, venant chaque fois de Blois ou y retournant, semble-t-il, entre temps. Si ces dates du 30 et 31 mars étaient les seuls deux jours connus jusqu’à présent d’une possible venue dans notre duché, nous savons aujourd’hui  que le roi, durant ses derniers passages, en profita pour envoyer deux courriers officiels le 30, et un le 31, tous trois dûment datés de Vendôme. Il s’agit ici de trois «mandements» (ou commandements) enjoignant à son «trésorier de l’épargne» de payer, en livres tournois, un des commis préposé aux affaires de la guerre, et de rembourser un receveur général des Finances concernant trois «chevaucheurs» (coursiers) de l’écurie royale ainsi qu’un ambassadeur en Suisse au titre de dépenses extraordinaires.

… Avec son duc Charles de Bourbon

jc-pasquier-charles-de-bourbon Après avoir assisté au sacre de François Ier le 25 janvier 1515 et avoir été élevé au rang de duc et pair de France en février, Charles de Bourbon fut également, le 18 du dit mois, promu à la charge de « lieutenant général et gouverneur des ville, prévôté et vicomté de Paris, de l’Île de France, du Soissonnais et du Valois, des bailliages de Senlis, Melun et du Vermandois ».

Dès lors, fidèle à son roi et très proche de sa personne, Charles, appelé à un brillant avenir, fut de toutes les réjouissances royales cette même année 1515 et nous le retrouvons participant à de nombreuses joutes ou tournois pour le plus grand plaisir de la Cour.

Plus sérieusement, le duc de Vendôme, passant les Alpes à la mi-août et accompagnant François Ier en Italie, allait participer activement, les 13 et 14 septembre (1515), à la fameuse bataille de Marignan, à la tête de quelque cinquante lances et aux côtés des plus valeureux capitaines de France dont il faisait maintenant partie.

En 1517, au sacre de la reine Claude de France, le duc de Vendôme et son cousin le connétable de France, devait encore soutenir, insigne honneur, le manteau fleurdelisé de la souveraine.

Par ordonnance datée de Cheverny, le 16 décembre 1519 – le roi étant à Blois depuis plus d’un mois – Charles était alors nommé lieutenant général de Picardie, laissant son précédent poste de gouverneur de Paris et de l’Île de France à son frère cadet François, comte de Saint-Pol.
En 1521, combattant Charles Quint en Flandre et en Artois, tandis que le duc d’Alençon menait l’avant garde de l’armée du roi estimée à 30 000 hommes de pied, 3 000 hommes d’armes et une redoutable artillerie, le duc de Vendôme et le connétable, mission de confiance, en conduisaient l’arrière-garde.

Puis, suite à la captivité du roi à Pavie, le 24 février 1525, la régente Louise de Savoie, sa mère, voulant renforcer et élargir son Conseil,  convoquait, en mars, à Lyon précisément, les Grands du royaume, comme notre duc Charles (bientôt promu premier prince de sang à la mort, en mai, du duc d’Alençon), les gouverneurs de Champagne, de Guyenne, le cardinal de Bourbon, et quelques autres. Charles exerçait désormais les plus hautes fonctions du pays en l’absence du roi.

Libéré le 18 mars 1526 en échange de ses enfants, François Ier, le 20 mai suivant, donnait encore tout pouvoir à Charles pour  «traiter une ligue contre l’empereur (Charles Quint)» avec le pape, les principautés de Milan, Venise et Florence et avec Henri VIII, roi d’Angleterre.
Un an plus tard, en mai 1527, le duc de Vendôme, au décès du connétable de Bourbon devenait chef de cette illustre famille.
Jusqu’à sa mort survenue à Amiens le 25 mars 1537, le roi lui confia souvent d’importantes responsabilités tant politiques que militaires, lui versant une confortable pension agrémentée parfois de dons ou de remboursements non négligeables.

… Avec Françoise d’Alençon

jc-pasquier-francoise-alenconDevenue duchesse de Vendôme en épousant Charles de Bourbon, le 18 mai 1513, à Châteaudun, Françoise d’Alençon, fille de René, duc d’Alençon et de Marguerite de Lorraine, allait également bénéficier des largesses du roi qui lui versa une substantielle pension du vivant de son époux mais aussi au delà du décès de ce dernier.

Le roi, après 1537, devait encore et, entre autres, lui concéder les revenus des greniers à sel de La Flèche et de Château-Gontier, domaines paternels qui, avec Beaumont-sur-Sarthe, et Sainte-Suzanne seront érigés, en septembre 1543 (dans un acte daté de Sainte-Menehould), en duché, par le roi en faveur de sa « cousine Françoise et de ses successeurs mâles et femelles ».

… Avec Marie de Luxembourg

jc-pasquier-marie-de-luxembourgDe même, Marie de Luxembourg, veuve de François de Bourbon, comte de Vendôme de 1478 à 1495, mère de Charles, duchesse douairière, fit aussi l’objet de nombreuses ordonnances de la part de François Ier. Pensionnée annuellement par ce dernier, Marie recevait, en plus, différents dons et indemnités généreusement octroyés par le roi, voire d’importants dédommagements pour ses frais.

Concessionnaire de certains greniers à sel, notamment ceux de Charolles, Marle ou Paray-le-Monial, elle en touchait ainsi les revenus. Concessions d’ailleurs bientôt augmentées, en 1530, des revenus des greniers à sel de Noyon, Saint-Quentin, Péronne, Montdidier, Roye, Provins et la Ferté-Millon en «échange des seigneuries que la dite dame possédait au Pays-Bas».

Le souverain, entre 1521 et 1536, lui fera encore abandon de «diverses terres en compensation de celles détenues à son préjudice par Charles Quint, ou en considération des dommages qu’elle a supportés, à l’occasion de la guerre avec l’empereur et des services que ses fils, le duc de Vendôme et le comte de Saint-Pol,  rendaient au roi.»

… Avec Antoine de Bourbon

jc-pasquier-antoine-de-bourbonSuccédant à son père Charles de Bourbon, en mars 1537, le jeune Antoine, 19 ans, bénéficia, à son tour, jusqu’à la mort de François Ier, en 1547, de son inconditionnel soutien.
Tout comme il l’avait fait pour Charles de Bourbon, le roi le confirma, dès février 1538, dans le poste de gouverneur de Picardie et lui versa une pension annuelle, comme pour ses aïeuls, à laquelle s’ajoutaient les paiements de plusieurs autres charges comme celle, notamment après 1542, de gouverneur et lieutenant général de Guyenne.

Dès 1538, le roi lui faisait également don du revenu du grenier à sel de Vendôme, tout en lui baillant d’importantes aides à l’entretien d’une compagnie de 50 lances. Mais Antoine, militaire avant tout, ne semble pas, au vu des diverses ordonnances royales le concernant, avoir eu quelques responsabilités politiques à cette époque.

Ainsi, les nombreux liens unissant François Ier au duché de Vendôme nous sont maintenant connus, du moins en grande partie et ceci grâce aux quelque 187 actes signés par le roi en différents lieux de France, nouvellement retrouvés (au cours de mes recherches) et qui intéressent directement le Vendômois. De toute évidence, une grande avancée pour notre histoire locale.

Note1 : Le Petit Vendômois n° 312, février 2015.
Note2 : Durant son règne (1515-1547), suivant les actes récemment redécouverts, répertoriés et analysés, François 1er serait  passé à cinq reprises à Vendôme pour le sûr et y aurait séjourné, au total, une douzaine de jours.

Références bibliographiques :
Marichal Paul, Catalogue des actes de François Ier, Académie des Sciences morales et politiques, collection des ordonnances des rois de France, Paris, Imprimerie Nationale, 1887-1908, 10 volumes – Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, 4-F-490 – Gallica.
Pierre de Vaissière, Journal de Jean Barillon, secrétaire du chancelier Duprat, Paris, Renouard, 1899,  2 volumes – Gallica.
Goubaux et Lemoisne, Mémoires du maréchal de Florange dit le jeune Adventureux, Paris, Renouard, 1913, 2 volumes – Archive.org
Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1981.

Iconographie : Collection particulière.

image_pdfImprimer en pdfimage_printImprimer cet article

À lire également

Des trésors insoupçonnés

 Samedi 15 septembre, Philippe Rouillac, et le curé Pierre Cabarat, prêtre au quartier des Rottes, sortiront des placards une partie

De la «Vitalité» à gagner pour la bonne cause

 YvanJ réitère une performance comme il aime les faire. Un artiste généreux, dans sa vie de sculpteur comme dans sa

Auguste François l’iconoclaste

 Exposition photographique jusqu’au 24 janvier 2015. Une conférence de M. Pierre Seydoux, de l’Association Auguste François, aura lieu le samedi

Commenter cet article

Loading Facebook Comments ...

Aucun commentaire

Écrire un commentaire
Aucun commentaire pour le moment! Vous pouvez être le premier à commenter cet article!

Écrire un Commentaire

<

MENU
X