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Les Grands-Prés, un lieu prédisposé aux ébats aquatiques

Les Grands-Prés, un lieu prédisposé aux ébats aquatiques

Avec la pose de la première pierre, vers 14 h, mercredi 5 avril 2017, de la future seconde piscine des Grands-Prés, en présence du champion olympique Alain Bernard, la ville fidélise le traditionnel haut lieu de la natation vendômoise. Après les antiques bains froids, l’archaïque baignade dans le Loir et un premier centre nautique des plus modernes inauguré en 1965, tous situés sur ce même site, profitons de l’opportunité pour en retracer succinctement leur histoire encore trop souvent oubliée, voire ignorée.

 

Le Grand Trou

 

Aussi loin que l’on puisse remonter dans les archives, d’ailleurs peu bavardes sur le sujet, le Loir, à Vendôme, de toute évidence, et plus particulièrement la rivière Saint-Denis, puis la Guaise1, jusque dans les années 1965, ont toujours servi de lieux de baignade.
Selon une délibération municipale en date du 29 mai 1869, le «public allait jusqu’alors se baigner dans le bras du Loir longeant les Prés-aux-Chats, au fond de rivière de sable nu mais déjà empli de vase et plein d’herbe». En effet, les quelques Vendômois adeptes de la baignade fréquentaient le plus souvent cette partie du Loir en aval des anciens Grands Moulins (emplacement de la tour, rue des États-Unis), au droit des prés privés qui deviendront entre 1825 et 1828 la promenade publique des Prés-aux-Chats.
Il y avait encore «un bain dans la petite rivière Saint-Denis qu’on appelait le Grand Trou», mais qu’aucun indice ne permet de situer avec précision.
Les enfants, quant à eux, se baignaient le plus souvent «autour des radiers des moulins», au grand mécontentement des meuniers qui les pourchassaient. Mais nous n’en saurons pas plus.

 

Les Bains froids

 

Ce n’est qu’à partir du troisième quart du XIXe siècle, donc assez récemment, que la réglementation municipale allait imposer pour la baignade un seul et même endroit, en amont de la ville, à savoir les Grands-Prés2, ce vaste espace ayant jusqu’à la Révolution appartenu au monastère de la Trinité et vendu nationalement, le 19 avril 1791, pour 130 000 livres en un lot comprenant également l’abbatiale elle-même, la maison du sacristain (rue de l’Abbaye) et les petits et grands greniers.
Désormais morcelés en plusieurs parcelles privées, la partie sud-ouest des Grands-Prés, proche de la rivière éponyme, allait être étroitement liée à l’établissement de «Bains froids».
Ainsi, suite au décret impérial du 15 décembre 1869 déclarant «d’utilité publique la création d’un tel établissement sur le Loir avec création d’un chemin pour y conduire suivant un tracé en lignes brisées…», la ville était maintenant autorisée à acquérir, soit à l’amiable, soit par expropriations, diverses parcelles riveraines du bras du Loir.
Et le 13 février 1870, le projet d’ouverture d’un registre d’enquête fut voté.
Mais il est loin le temps où Maître Pineau avocat, rue du Mail, chargé de la dite enquête ordonnée et confirmée par l’arrêté préfectoral du 22 juin 1870, écrit avec le plus grand sérieux : «…Ces bains sont réclamés par de nombreux habitants de la ville. Il est impossible de trouver ailleurs un endroit aussi convenable que celui choisi par la ville (Les Grands-Prés). Nulle part ailleurs, en effet, le lit du Loir ne présente un fond aussi régulier, une eau aussi pure, une profondeur aussi convenable autant pour l’enfant qui prend son premier bain que pour le nageur expérimenté. La seule question restant à trancher est celle de savoir s’il vaut mieux accéder à l’emplacement du bain en suivant le bord du Loir depuis la chaussée du Quartier (de Cavalerie) qu’en choisissant une autre direction. En longeant le Loir, l’allée est déjà plantée d’arbres et les baigneurs peuvent rester à l’ombre. A travers les Grands-Prés, il y aura gène pour les propriétaires qui devront clore leurs propriétés. De plus les baigneurs transpirent en plein soleil et c’est danger pour le bain…»
De nombreuses délibérations furent encore nécessaires pour peaufiner le projet et racheter à l’amiable les différentes parcelles.
La création «d’un établissement de bains froids sur le Loir avec l’ouverture d’un chemin y conduisant» fut donc définitivement lancée en 1872. Le chemin retenu, sans doute suite à l’enquête mentionnée ci-dessus, planté de 29 peupliers, longeait précisément la rivière, rive droite, depuis le pont du Quartier (dit le pont au Fumier) terminé en 1859, jusqu’au nouveau «plancher des bains en limite du fossé appelé alors la Grande Guaise» (aujourd’hui, parc attractif avec jeux pour les enfants et boulodrome). Quant à la largeur du chemin arrêtée à 4 m, elle était pour certains conseillers, suffisante, pour d’autres, trop large et pour d’autres encore nettement insuffisante pour en faire un véritable mail pour la promenade.
Bien que dépourvu d’installations nautiques, ces bains froids semblent déjà très fréquentés puisque dans une délibération datée du 14 novembre 1874, le maire, inquiet, faisait évaluer les indemnités qui pourraient être dues aux propriétaires riverains pour les dégâts occasionnés par les baigneurs durant les saisons estivales 1873/74, la berge étant encore entièrement du domaine privé. À la suite de quoi, l’année suivante (1875) la ville décidait d’acheter les parcelles mises en cause, en bordure de l’eau, et de les clore.

 

La baignade

 

Toujours accessibles par l’allée arborée longeant le Loir depuis le pont au Fumier, les bains froids allaient se transformer peu à peu en un véritable lieu de baignade avec pontons en bois des plus Grands Prèsrudimentaires, perpendiculaires à la rive ; et il faudra attendre juin 1914 pour que les élus proposent, concernant cet accès, un échange de terrain avec M Raoult, voiturier. Ce dernier devait, en effet, reprendre à son compte l’allée aux bains rendue dangereuse par la berge du Loir minée et céder, en retour, une bande de terre pour établir un nouveau chemin au nord et à l’est de sa vaste propriété (aujourd’hui, rue Geoffroy Martel avec alors un accès oblique menant directement au Loir (emplacement de la bulle gonflable des tennis).
En janvier 1922, une autre parcelle de pré de 21 a, 13 ca, était encore acquise par la ville en bordure du nouveau chemin d’accès, «parcelle déclarée utile pour l’établissement des cabines nécessaires aux bains publics». Cette même année (1922) un plongeoir en bois de 3 m et 5 m était également installé à l’extrémité ‘est’ de la baignade.
En 1951, la municipalité de Vendôme hésitait préférant ajourner le tout nouveau projet de piscine et reprendre les travaux d’aménagement des berges du Loir précédemment adoptés.
Jusque dans les années 1960, la baignade ne changera guère d’aspect, hormis la mise en place d’un bassin flottant, en 1954, qui fut, semble-t-il, la seule note de modernité de cet après-guerre avec peut-être la bordure en béton, (un semblant de gradin à deux niveaux) longeant le bassin de 25 m réservé aux compétitions.
Toujours dans les années 1950, une pataugeoire pour les tout jeunes enfants fut installée en bordure de la Guaise (face au terrain de camping).
De ce fait, bon nombre de Vendômois, petits et grands, apprirent à nager ou à patauger dans l’eau fraîche du Loir.

 

Le Centre de natation

 

Si la construction du centre de natation fut décidée en octobre 1959, il aura fallu toutefois quatre années avant que les démarches permettent de commencer les travaux et moins de deux ans pour les exécuter. Nous étions maintenant en 1965.
La réception provisoire des travaux en présence des entrepreneurs par le député-maire Gérard Yvon, accompagné des membres de la commission des travaux du conseil municipal et de Michel Marconnet, architecte, eut lieu le mercredi après-midi, 26 mai (1965).
Hélas, les vendredi et samedi suivants, la pluie qui tomba en abondance sur Vendôme entrava quelque peu les ultimes travaux de nettoyage aux abords du centre de natation, mais n’empêcha nullement les jardiniers municipaux de fleurir avec talent l’entrée du bâtiment.
De plus, afin de permettre au public de visiter les installations, le centre nautique ouvrit gratuitement trois jours avant la date prévue de l’inauguration qui eut lieu le dimanche 30 mai (1965), une cérémonie qui se déroula en deux temps :

 

À 11h, en présence de M le préfet Vitalis-Cros entouré des championnes de natation, Christine Caron et Patricia Vanneau ainsi que de nombreuses personnalités, notamment MM Beaujannot et Bruyneel, sénateurs de Loir-et-Cher, eut lieu l’inauguration proprement dite. «Mademoiselle Vendôme» et ses demoiselles d’honneur étaient là aussi, charmantes et tout sourire. Le député-maire et l’architecte accueillirent leurs hôtes et les guidèrent à travers les installations ultra-modernes : «Un vaste promenoir accueillent les visiteurs ; des vitrines d’un très heureux effet ont permis à certains commerçants de réaliser des expositions. Le double escalier donnant accès à la terrasse supérieure est de larges dimensions et le coup d’œil sur les trois bassins dont l’un est flanqué de trois tremplins est magnifique. L’ensemble ne manque pas d’impressionner, la masse est imposante, les lignes sont sobres bien que modernes… Le calme du site environnant, sorte d’écrin de verdure, vous saisit aussitôt».
Dans l’après-midi, à 15 h, malgré un froid assez vif, 2 500 personnes (avec entrée payante) assistèrent à une belle réunion nautique et applaudirent avec enthousiasme Kiki Caron, Patricia Vanneau …Ainsi que Gilbert Bozon, 28 fois international, 2e aux Jeux Olympiques d’Helsinski en 1952, venu lui… Comme simple spectateur.

 

Pour la petite histoire et pour mémoire, Christine Caron, 17 ans, (championne d’Europe, de France, ex-recordwoman du Monde du 100 m dos féminin), sous le regard de sa maman et de Madame Suzanne Berlioux, son entraîneur, effectua : un 200 m quatre nages ; un 25 m battements ; un 25 m mouvements de bras ; un 25 m dos, nage rapide avec virage.
Patricia Vanneau, 14 ans (championne de France de plongeons), surveillée par son papa donna à son tour, un prodigieux aperçu de sa classe : au tremplin de 1 m, un plongeon carpé avant ; un plongeon simple avant droit ; un plongeon retourné groupé ; un saut périlleux et demi avant coupé et un demi tire-bouchon droit. Au tremplin de 5 m, un plongeon simple avant carpé ; un plongeon retourné carpé.
Ovationnées, toutes deux signèrent de nombreux autographes, «très sensibles à cette popularité de bon aloi».

 

Après le spectacle proposé par les deux championnes, les nageurs des clubs de Tours, Orléans, Villefranche-sur-Cher, Oucques et Vendôme recueillirent, à leur tour, leur part de bravos.
Et le maire Gérard Yvon de préciser dans son discours inaugural, non sans avoir félicité chaleureusement l’architecte Michel Marconnet pour sa maîtrise des travaux : «Cette piscine est une réalisation à la fois d’une audace et d’une intelligence remarquable pouvant satisfaire à la fois les besoins du sport, des loisirs et du tourisme».

 

Note 1 : la Guaise, cours d’eau joignant la rivière des Grands-Prés à la rivière Saint-Denis et coupant en deux les Grands-Prés
Note 2 : L’histoire des Grands Prés a déjà été en partie publiée dans le Petit Vendômois, n° 118, en juillet/août 1997.

 

Références archivistiques : Archives départementales : 274 06 VIII 22-23-24.
Archives communales : registres des délibérations de 1869 à 1970.
Presse locale : le Vendômois et la Nouvelle République des années 1960.
Dossier personnel : étude et recherches sur l’histoire des Grands-Prés.
Iconographie : Collection particulière, Catherine Molinelli.

 

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