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Les impressionnantes obsèques de César , duc de Vendôme

Les impressionnantes obsèques de César , duc de Vendôme

Le 22 octobre 1665 mourait le duc de Vendôme , César . Son acte de décès, retranscrit le 17 novembre suivant dans le registre de la collégiale du château de Vendôme, est des plus sommaires. Nom du défunt : César ; sexe : masculin ; mention particulière : son altesse César duc de Vendôme décédé à Paris le 22 octobre ; signé : J. Gillet, doyen de Saint-Georges.

 

Son corps, moins les viscères, fut ainsi ramené en grande pompe dans son duché de Vendôme et déposé dans la collégiale, nécropole des Bourbon-Vendôme tandis que son cœur fut placé dans la chapelle Saint-Jacques du collège des Oratoriens qu’il avait fondé en 1623. Pas moins de 26 jours s’écouleront entre son décès et sa mise au caveau. Un événement encore peu connu dans le détail.

 

Paris, hôtel de Vendôme

César de Vendôme décéda, après neuf mois de maladie et après avoir reçu les sacrements, en son hôtel (dit également de Mercœur), rue du faubourg Saint-Honoré, dans sa 72e année, L’hôtel sera d’ailleurs, soit dit en passant, détruit vers 1685 pour établir la future place Vendôme (1).

 

Le 23 octobre, le corps du défunt était éviscéré et son cœur séparé du tronc fera lui aussi l’objet d’une cérémonie particulière, une fois arrivé à Vendôme. Quant à ses entrailles, comme prévu, elles furent déposées dans l’église des Capucines avoisinant l’hôtel. C’est également dans cette église qu’avait été inhumée Laure Mancini, une des nièces de Mazarin, belle-fille de César, (épouse de son fils Louis), en 1657 et que le sera sa femme, la duchesse Françoise de Lorraine, en 1669. L’église sera à son tour déplacée quelques années plus tard vers le nord pour les mêmes raisons que l’hôtel de Mercœur avait été arasé.

 

Le corps du défunt placé dans un cercueil en plomb fut exposé en son hôtel avec tout le cérémonial (2) et le décorum dû à son rang de prince de sang. Puis vint le temps des condoléances. Louis XIV et la reine, Marie-Thérèse d’Autriche, envoyèrent les leurs, dès le 24. Ce jour même et le lendemain, Mademoiselle rendait également visite à Françoise de Lorraine retirée au couvent des Capucines.

 

Le 25 octobre, le cercueil transporté à l’église paroissiale Saint-Roch dont dépendait l’hôtel de Vendôme, suivi par un grand nombre de hautes personnalités, faisait l’objet d’une pieuse cérémonie. Après quoi, le corps fut de nouveau transféré en l’église des Capucines, où il fut déposé jusqu’au 10 novembre, date du départ pour Vendôme.

 

Le 26 octobre, Henriette de France (fille d’Henri IV et par conséquent demi-sœur de César), épouse de Charles 1er, roi d’Angleterre, en exil en France après la mort tragique de ce dernier, accompagnée de Madame, sa fille, vint également visiter la duchesse. Le lendemain 27, ce fut au tour de Philippe de France, frère du roi, de témoigner de sa tristesse.

 

À Vendôme, à peine la nouvelle du décès fut-elle connue, qu’une assemblée des habitants de la ville et des faubourgs fut convoquée au son de la trompe dans les rues et aux prônes dans les églises. Cette assemblée se tint le 28 octobre et l’on procéda de suite à l’élection des députés chargés de témoigner à la famille de son Altesse les sentiments de douleurs que les Vendômois ont de la perte de leur prince, l’assurer de leur obéissance et fidélité, et la supplier de leur continuer sa protection. C’est ainsi que MM de Romilly, maire perpétuel, Laboureau, procureur général fiscal, Jehan Lenoir et Robert Souriau, échevins, furent nommés et se rendirent immédiatement à Paris.

 

Le convoi funèbre

Digne d’un cortège royal, le convoi était composé, tout d’abord, de deux cents Capucins, marchant deux par deux, chacun tenant un cierge, eux-mêmes devancés par six archers du Prévôt de robe courte, revêtus de leurs casaques brodées et à la suite desquels se trouvaient deux Suisses, à pied, vêtus de deuil.

 

Puis venaient deux Trompettes à cheval, avec leurs instruments voilés d’un crêpe, sonnant d’une manière lugubre ainsi qu’il se pratiquait en pareille cérémonie.

 

Un Officier des Gardes de la Marine suivait à cheval à la tête de dix autres Gardes vêtus de deuil, avec leurs casaques, tous élégamment montés sur leurs chevaux.

 

Le Maître d’hôtel du Prince défunt venait ensuite, seul, sur un cheval recouvert d’une housse noire, le bâton de sa fonction en main, à la tête des principaux Officiers de la Maison de César et du nouveau duc de Vendôme (son fils Louis) ; les Officiers du Défunt à la droite, au nombre de plus de soixante, portant de longs manteaux, étaient devancés par deux Cavaliers suisses.

 

Puis, deux Écuyers à la tête de soixante Pages vêtus de deuil, portant des flambeaux de cire blanche allumés, caracolaient sur de magnifiques chevaux,

 

À la suite, paraissaient encore trois chevaux de main couverts de housse de velours noir, traînantes, aux armes de la Maison de César, en broderie d’or ; chaque cheval conduit par deux palefreniers en deuil, à pied, était précédé par un troisième palefrenier, à cheval.

 

Le Premier Écuyer suivait sur un cheval houssé de noir, en manteau long, portant l’épée haute et recouverte d’un crêpe ; il était suivi par quatre-vingt valets de pied marchant deux par deux et tenant aussi, chacun, un flambeau allumé.

 

Tous, jusqu’alors, précédaient le chariot sur lequel reposait le cercueil recouvert d’un poêle de velours noir, d’une extraordinaire grandeur, croisé de brocard d’argent et enrichi de quatre armoiries en broderie d’or, de quatre pieds de hauteur (environ 1,30 m) et bordé d’hermine. Ce chariot était attelé de huit chevaux blancs, des plus beaux, houssés et carapaçonnés de velours noir orné d’une croix de brocard d’argent sur chacun de ces attributs ; les coins du poêle étaient tenus par quatre gentilshommes du Défunt dont les chevaux étaient, eux aussi, habillés de même. Il y avait, également, à chaque angle du chariot un Aumônier à cheval, coiffé d’un bonnet carré et vêtus d’un rochet (surplis à manches étroites) sous un grand manteau de deuil.

 

Six Frères Capucins marchaient proche du chariot, portant d’une main un flambeau et soutenant de l’autre les coins du drap placé sous le poêle.

 

Il y avait encore six Valets de pied du Roi de chaque côté du chariot (insigne honneur signifiant que le souverain considérait César comme un parent qu’il appelait d’ailleurs, parfois, son très cher et bien amé oncle), qui tenaient aussi des flambeaux allumés, lesquels étaient accompagnés par des Officiers des Gardes de la Marine, à cheval, vêtus de longs manteaux.

 

Des Gentilshommes, en grand nombre, envoyés par la Maison royale, la Maison des Princes et du Défunt, venaient ensuite, fièrement montés sur leurs chevaux.

 

Enfin, l’imposant cortège se terminait par une infinité de carrosses.

 

Outre le chariot sur lequel reposait le corps du Prince défunt, accompagné de son confesseur et du curé de Saint-Roch, sa paroisse, nous trouvions encore les carrosses (vides, représentant et symbolisant ici la présence fictives des divers personnages de haut rang du royaume) comme ceux du roi, des reines (Marie-Thérèse d’Autriche et sa mère Anne d’Autriche), de la Reine d’Angleterre (Henriette de France), de Monsieur (Philippe d’Orléans), de Madame (fille d’Henriette, épouse du duc d’Orléans), de la duchesse douairière d’Orléans, de Mademoiselle, du prince de Condé et du duc d’Enghien. Puis venait le carrosse du duc de Vendôme sur lequel se tenaient les Intendants des trois Maisons (Royale, Vendôme, Mercœur) et le Secrétaire de la Marine, lui-même suivi des carrosses des autres princes et parents, tous attelés de six chevaux drapés de deuil.

 

Le départ pour Vendôme

César ; duc de VendômeContrairement à la route la plus directe passant, à cette époque, par Rambouillet, Chartres, Châteaudun et Vendôme, soit quatre jours de voyage, l’itinéraire choisi cette fois-ci faisait un crochet par Anet, soit six jours de trajet. Après une dernière messe en l’église des Capucines, le 10 novembre (1665), le corps de César (et son cœur) allaient donc prendre le chemin du Vendômois.

 

Lorsque le convoi funèbre fut arrivé à l’extrémité de la rue du Palais d’Orléans, les deux cents Capucins défilant en tête s’arrêtèrent et firent alors, de part et d’autre de la route, la haie d’honneur. Puis, après avoir salué l’important cortège, tout en continuant leurs prières, ils s’en revinrent en leur couvent.

 

Ce même soir, le convoi arriva à Villepreux où le curé accompagné de Religieux de la Charité vint recevoir, par un fort beau discours, le corps de César qui lui fut présenté par l’aumônier personnel du prince défunt, avant de le conduire à l’église. Là, le cercueil fut placé dans le chœur recouvert du poêle portant ses armes ainsi que la couronne ducale, elle-même posée sur un carreau de velours noir couvert d’un crêpe noir. Le catafalque était entouré de dix-huit chandeliers aux armes de César, garnis de cierges ; d’autres chandeliers armoriés se distinguaient alentour. Dans le même temps, on chanta Mâtines des Morts ; puis quatre prêtres demeurèrent auprès du corps, psalmodiant toute la nuit, jusqu’au lendemain matin où une messe fut solennellement chantée. Villepreux (Yvelines), à une trentaine de kilomètres environ de Paris, plein ouest, marquait ainsi la première étape.

 

Le 11 novembre (2e jour), le convoi continua sa marche vers Anet. À deux lieues avant d’arriver, la Noblesse et la Justice suivis de cent Religieux de la Charité adressèrent leurs condoléances. Puis, tous les curés présents conduisirent le Défunt à l’église du village. Ce soir-là, on fit un service très célèbre, où toute la Noblesse assista et donna l’eau bénite ; plus de cent prêtres participèrent à la messe.

 

Ce détour par Anet (Eure-et-Loir) était tout-à-fait justifié. Il faut dire que César avait été prince de cette seigneurie et que dans sa jeunesse, il se partageait volontiers, avec sa jeune épouse, entre le château d’Anet (qu’ils semblaient tous deux préférer) et celui de Vendôme. Cette deuxième étape fut de toute évidence plus longue que la veille, proche sans doute d’une cinquantaine de kilomètres.

 

Le 12 (3e jour), le cortège atteignit Châteauneuf (en-Thimerais, Eure-et-Loir) où se déroula un service semblable aux jours précédents. Avec cette halte située au sud de Dreux, après un parcours d’une quarantaine de kilomètres, le convoi reprenait la direction de Vendôme.

 

Le 13 (4e jour), le convoi, après une nouvelle étape de quelque trente-cinq kilomètres, arriva à Illiers-en-Beauce (Illiers-Combray, Eure-et-Loir). Là, le peuple rendit tous les témoignages possibles de reconnaissance à la mémoire de ce Prince dont la Maison lui était venue en aide. Ainsi, Illiers aurait été redevable envers César ?

 

Puis, les mêmes cérémonies ayant été scrupuleusement suivies, la marche se poursuivit jusqu’à la Ville-aux-Clercs, le 14 (5e jour), où plus de cinquante Gentilshommes en grand deuil, avec une partie de la Justice, étaient venus accueillir le Corps. Ici, on rentrait véritablement dans le Vendômois.

 

Enfin, le 15 (6e jour), après un plus court trajet, le convoi funèbre arrivait à proximité de la Maladrerie de Vendôme, à l’extrémité nord du chemin de Chartres (ici la rue du Faubourg Chartrain). Des deux chemins possibles, l’un par Danzé, la forêt de Vendôme et la Garde, ce fut, semble-t-il, le second, par Haie de Champs, aboutissant directement au couvent des Capucins, qui fut choisi.

 

De la Maladrerie à la collégiale Saint-Georges

Après avoir été accueilli à l’entrée nord du grand chemin de Chartres, proche de l’ancienne Maladrerie (au-delà du couvent des Capucins construit de 1606 à 1611), par le Clergé, la Noblesse et la Justice de Vendôme, accompagnés, entre autres, des Capucins et des Cordeliers de la ville et de tous ceux de la Maison de César, le nouveau convoi funèbre devait poursuivre par le dit chemin de Chartres. Puis, empruntant les Arrières Fossés (le Mail Leclerc), il pénétra dans la ville intra muros par la porte Saint-Michel où l’attendait la milice bourgeoise, rangée en haie, les armes traînantes et couvertes de deuil. Un itinéraire qui peut surprendre, mais qui peut aussi s’expliquer par la vétusté du pont Chartrain alors en bois. En effet, emporté par les crues de 1651 et 1654, nous savons qu’il fût longtemps laissé à l’abandon et que seuls les piétons pouvaient alors passer. Était-ce encore le cas en 1665 ? C’est plus que probable.

 

Quant au pont Saint-Michel, lui aussi en bois, bien qu’également emporté par les mêmes inondations, il devait être, de toute évidence, praticable aux carrosses. Pourtant, détruit à son tour par la terrible crue de 1665 (un mètre d’eau dans la vieille ville), on peut penser que cette dernière catastrophe (jamais datée au jour près) n’a donc pu se produire qu’après la mi-novembre (date de l’inhumation de César), voire en décembre.

 

Par cet itinéraire, le convoi put suivre l’actuelle rue Poterie, franchir la porte Saint-Georges, monter la rue du faubourg Saint-Lubin, le chemin de Blois (rue du Roi Henri), traverser le hameau du Temple et accéder au château par la porte du Temple (aujourd’hui, porte de Beauce) ; un grand détour certes, mais qui évitait la montée de la rampe (bien que sans escaliers à cette époque) difficilement accessible aux nombreux chariots hippomobiles.

 

Arrivé à la collégiale, le corps fut déposé dans le chœur, sur le caveau de ses prédécesseurs, entouré de nombreux luminaires.

 

Le lendemain 16 novembre, l’oraison funèbre fut prononcée par le Père Gabriel Chapuis de l’Oratoire et le service fut célébré avec la plus grande solennité ; après quoi, le corps fut descendu dans le caveau selon les cérémonies et prières d’usage.

 

Plus tard, ayant ainsi rejoint ses ancêtres dans le caveau des Bourbon-Vendôme, situé au milieu du sanctuaire en avant du maître autel, son épitaphe indiquera : Icy gist et repose le corps de tres hault et tres puissant, tres magnanime Prince Cesar filz naturel de Henry IV dit le Grand, duc de Vendosme, de Mercoeur, de Beaufort, de Penthievre et d’Etampes, Prince d’Anet et de Martigue, Pair de France, grand maistre, chef et surintendant general de la navigation et commerce de France qui deceda en son hostel à Paris le vingt deuxième du mois d’octobre 1665.

 

Notes (1) : Le Petit Vendômois, Une place dénommée Vendôme, 2 parties, n° 214, mars 2006 et n° 215, avril 2006.

 

Référence bibliographiques :
Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, année 1886, Lemercier, Vendôme, article Charles Bouchet, Convoi funèbre de César de Vendôme.

 

Note (2) : Pour en savoir plus, Jean-Jacques Renault, César de Vendôme, éditions du Cherche-Lune, Vendôme, 2015.

 

Recherches et étude personnelles : (Bibliothèque de la Société archéologique du Vendômois ; registres communaux, Fonds ancien de la bibliothèque).

 

Iconographie : Portrait de César de Vendôme vieillissant ; collection particulière (19 août 1623 – 20 mai 1973, 350e anniversaire de la fondation du collège César de Vendôme, grand ancêtre du lycée Ronsard).

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