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La rue St Bié

La rue St Bié
Abréviatif de Saint Bienheuré la rue St Bié est certainement une des artères les plus anciennes de la ville. Aboutissement des chemins venant de Oucques, de Beaugency, de la Loire et d’Orléans, c’était l’entrée de la Cité vers le Bourg Neuf. Une porte détruite en 1807 donnait accès à un pont de bois qui franchissait le Loir ; un pont de pierre, le pont actuel remplaça en 1863 ce pont de bois qui avait cédé sous une charge hélas trop lourde pour lui.
Cette petite rue que les exigences du modernisme ont rendue trop étroite a connu au cours des siècles une grande activité. C’était un passage très vivant, très commerçant, aux boutiques et échoppes serrées les unes contre les autres. Dès le matin les habitants s’y rencontraient le balai à la main, y voisinaient et pratiquaient là une convivialité qui faisait de cet endroit un “quartier” où il faisait bon vivre.

 

Rue de la porte St Bié puis rue du pont St Bié elle fut un temps rue de l’Espérance puis rue du Travail au temps Révolutionnaire pour devenir, après la première Guerre Mondiale, la rue des Poilus. Mais elle reprit bientôt son nom pour devenir, après la démolition de la porte, la rue St Bié.

 

Passé le pont, à gauche, sur ce qui fut jusqu’à la fin du XVIe siècle l’emplacement des écoles, se trouvait au XVIIe siècle l’établissement de bains de Gabriel Saincton seigneur de Poiriers à St Ouen, marchand tanneur à Vendôme. C’est là que M. Dubon adjudant-Chef et Maître d’Armes au 20ème Régiment de Chasseurs à cheval, retiré à Vendôme, initia et entraîna la jeunesse Vendômoise aux finesses du fleuret et de l’épée.

 

Rasée vers la fin du siècle la salle d’armes fit place à la maison d’habitation qui s’y trouve de nos jours.

 

Les Docks du Centre

Toujours sur l’emplacement des anciennes écoles un certain M. Geraud marchand de café aurait fait construire à la suite une maison, un magasin qui deviendra une succursale des “Planteurs de Caïffa” d’où partaient chaque matin et à pied les petites voitures à trois roues et un chien chargées de café et des produits maison.
Vendue, les époux Joly vinrent y installer un magasin de fromages en gros.

 

Vient ensuite une maison de maître, véritable hôtel particulier qui appartenait à la famille Renou. Le juge Flaissigne y logea au début du siècle puis elle fut cédée à M. Peltereau, beau-père du Docteur Dattin, lequel en fit sa résidence, sa famille y réside toujours.

 

A la suite et hélas récemment détruite, c’est bien dommage, s’élevait là une vieille maison à pans de bois où M. Jubault-Lallier tenait commerce de lutherie, instruments de musique et pianos. Cette maison M. Jubault l’avait lui-même élevée d’un étage.
Son fils Emile qui était accordeur de pianos, transféra ce commerce pour cause d’exiguité sur la place d’Armes, aujourd’hui place de la République à l’emplacement actuel de NR Communications (Nouvelle République). Il y vendait, sur commande, les disques pour gramophones la “Voix de son Maître”…

 

Au N° 12, accolée au magasin de lutherie, la maison Vernat offrait à une clientèle de choix un superbe éventaire de légumes frais du jour, c’était une fruiterie renommée. M. Vernat soignait ses jardins et Mme Vernat sa clientèle qu’elle avait fidèle ; les époux Legros prirent la suite.

 

Légèrement en retrait on y vit un M. Assier qui était tourneur. Longtemps fermé ce magasin retrouva une activité avec la boucherie chevaline que M. Genty y installa.

 

Les Docks du Centre installèrent au N° 16, avant la Grande Guerre, une épicerie, prémices de ces magasins à succursales multiples qui annonçaient déjà la vendue des grandes surfaces et une nouvelle forme de commerce.

 

Les époux Bertrand considéraient cette gérance comme un véritable sacerdoce, ils faisaient partie “des Docks” et en étaient très fiers.

 

L’immeuble contigu était à usage d’habitation, les époux Cousin et aussi Mademoiselle Michel, professeur d’Anglais au Collège du Bellay y logeaient. Au fond de la cour une jolie maison, dont le jardin se prolongeait jusqu’au ruisseau du canal St Martin qui passe sous la Place, était l’habitation discrète et feutrée des trois enfants Jubault, tous trois célibataires ; ils y passèrent leur vie.

 

La maison située à côté au N° 20 fut une boucherie, la boucherie Fouffé. Mme Montaru en fit ensuite un magasin de fruits, légumes et crémerie. Repris par les époux Cochard il y avait là étalage de volailles, poulets, canards, lapins et aussi d’oies plumés et vidés par M. Cochard. Mme Cochard était à la boutique, toujours très achalandée.

 

Plus loin était la cordonnerie de M. Hulot qui céda son fonds à un certain M. Bergeault qui, venu de la région parisienne, y installa un commerce de vente et de réparations de cycles.

 

Sacré Marcel !

Ce M. Bergeault était l’heureux possesseur d’une voiturette automobile de marque “Benjemin” dont l’échappement bruyant affolait le quartier.

 

Mme Bergeault était pianiste et accompagnait de ses mélodies, au Petit Ciné, les aventures de Charlot et ces grands films muets qui faisaient sortir les mouchoirs.

 

M. Bergeault partit un beau jour et céda le fonds à M. Hémond, qui y resta très peu de temps. Il céda à son tour à Marcel Leclerc, un cas, un personnage qui dépannait vélos et motos avec un art consommé sans cesser de plaisanter et de manifester son inaltérable bonne humeur. Amoureux du cyclisme, il eut à Vendôme la haute main sur ce sport et contribua à former des champions dont le renom dépassa la région.

 

Son épouse faisait les factures et c’était heureux car, fâché avec la mémoire des noms il avait sa façon d’identifier ses clients, Mme Leclerc traduisait, elle savait qui se cachait sous ce “Cantonnier aux bacchante en manivelle de puits” ou encore le “Flic au froc en vis de pressoir”… tout un poème. C’était Marcel !

 

Venait ensuite une discrète petite fruiterie et légumes où M. et Mme Baron étaient spécialistes en fromages de chèvre, une spécialité bien à eux. Elle connaissait ses clients et leurs goûts et mettait une lenteur extrême à trouver un fromage bien à point qui ferait bonne figure. M. et Mme Tréton prirent leur suite, puis ce fut une teinturerie.

 

L’épicerie Leblanc

On arrive à la Place d’Armes devenue au début du siècle Place de la République. Au coin se trouve une maison qui porta le nom de Cerbefin et dont les origines remonteraient à 1480, modifiée au fil des ans c’est une épicerie très fréquentée, l’épicerie Leblanc.

 

Epicerie Leblanc de père en fils, le père Leblanc avait quatre enfants, l’un qui est Colonel est attaché Militaire au Japon, l’autre est Directeur des postes Chinoises, la troisième est Supérieure d’un couvent à Jérusalem et le quatrième René Blanc est épicier à Vendôme. Il a pris la suite du père.

 

Dans ce magasin tout se vend au poids, comme à cette époque, pois cassés, haricots, lentilles sont à la porte en demi-sacs à portée du client et hélas ! à portée aussi des chiens… de petits barils de sardines salées et les caisses de harengs saurs s’offrent aux amateurs, ce qui était courant en ces temps de simplicité.

 

En plus de ce métier où il excelle, M. Leblanc est un spécialiste du café dont il dose lui-même les mélanges qui embaument la place quand il installe son torréfacteur sur le trottoir et qu’il le surveille amoureusement. La brûlerie du café est délicate, un tour de manivelle de trop suffit pour tout compromettre.

 

Son café, il le vend au poids dans des sacs à sa marque qui portent la mention “Mes Cafés se distinguent par la finesse de leur arôme” ; il en est très fier.

 

M. Leblanc est un personnage connu de tous, il sait tout, est partout à la fois, à toute heure du jour… et de la nuit où une lampe reste allumée en permanence dans sa boutique.
Sa vêture, quand il s’habillait autrement qu’en épicier, le faisait ressembler à Charlot.

 

Il a marqué sa rue pendant un demi-siècle.

 

Première partie d’article paru dans le Petit Vendômois de novembre 2000

 

St Bié

 

C’est au milieu du XIVe siècle que les moines de l’Abbaye autorisèrent des constructions au long de leur mur d’enceinte.
Avant cette époque, il n’y avait là qu’un long mur triste qui se prolongeait jusqu’à la rivière. Bientôt boutiquiers et échoppes s’y installèrent, s’alignèrent et peu à peu apparut la rue St Bié, petite rue commerçante qui débouchait sur un Centre-Ville naissant.

Une grande bâtisse en fit le coin, c’était une Auberge qui devint l’Hôtel du Lion d’Or. Construite à angle droit elle fut mise à pans coupé vers 1930. Bel hôtel à l’époque, les voyageurs de Commerce y tenaient leurs assises ; il y avait une table d’hôtes qui aurait fait la joie de “l’illustre Gaudissart”. Un attelage genre Omnibus assurait chaque jour à chaque train le service de gare. Il fut remplacé peu de temps avant la guerre par un véhicule automobile avec galerie sur le toit et chauffeur à casquette.

Honoré de Balzac y situa l’Auberge de la Mère Lepas dans “La Grande Bretèche”.
L’hôtel du Lion d’Or fut réquisitionné par la Kommandantur au tout début de l’occupation allemande en 1940.

 

Le temps des couturières

Un magasin de “Modes” y faisait suite, des chapeaux pour dames et enfants, Mme Hérault avait sa clientèle, surtout des personnes âgées, le chapeau était très porté à cette époque. Un rayon de couronnes mortuaires, style d’alors en perles de couleur, occupait une partie de la boutique. Discrète, Mme Hérault vivait avec sa fille ; elle était veuve. Elle était très préoccupée le matin de ce que les chiens pouvaient déposer sur son entrée ; ce fut l’amusement du quartier pendant des années.

 

L’entreprise Boulay-Habert qui faisait suite occupait quelques ouvriers, habillés en peintres s’entend, patron compris, car à cette époque chaque corps de métier avait sa tenue et y tenait.
Très connu M. Boulay Ephrem était conseiller municipal et s’attachait à ne contrarier personne : “je suis de l’avis de ces Messieurs” était sa formule préférée. Il avait une belle clientèle et, toujours à l’ouvrage, ne comptait que des amis.

 

Mme Boulay avait soin de la boutique où l’on pouvait se procurer : papiers peints, peinture, pinceaux, mastic. Elle “causait” en vendant et était intarissable et souriante.

 

Mme Gillouard, personne âgée, tenait à la suite une boutique de mercerie, mercerie comme on n’en fait plus. Il y avait dans cet univers, rangés, stockés dans les tiroirs et les étagères tout ce que la couture nécessitait au temps où on reprisait les chaussettes et qu’on remettait des fonds aux pantalons. La mercière mariait les couleurs, cherchait le bon bouton, le fil, le coton, la ganse ou… l’extra-fort.

 

Mme Gillouard céda son fonds à une dame Leneutre. Le magasin fut baptisé “A la Fileuse” ; M. Leneutre, garagiste fut le premier concessionnaire Peugeot à Vendôme.

 

La première automobile de livraison

Il y avait à la suite une boulangerie, le seul magasin de la rue qui ait conservé sa destination première. Il était tenu par une veuve, Mme Chéry, qui épousa un M. Lepêtre, également boulanger, le premier à Vendôme qui eut une voiture automobile de livraison. C’était “une première”.

 

Dans cette boulangerie on trouvait bien sûr les croissants, petits pains et galettes mais aussi le célèbre pain de quatre livres dans lequel on découpait de grandes tartines. Ce pain aujourd’hui disparu se vendait au poids ; le morceau séparé qui faisait “la pesée” était bien souvent dévoré en route par le commissionnaire.

 

Mme Fortier, sa voisine, faisait avec son mari commerce de sabots et galoches en tous genres, sabots à cossins, sabots à tiges, sabots de jardin, toutes sortes de sabots. Elle avait une grosse clientèle de campagne, le sabot faisait partie de la vie courante, la botte en caoutchouc n’avait pas encore envahi le marché. Les écoliers portaient couramment des galoches : il y en avait des noires et des bordeaux, tige de cuir à lacets et semelles de bois sous lesquelles on clouait des fers ou “blackeys” pour en retarder l’usure.

 

Mme Fortier n’avait pas sa pareille pour essayer. On l’appelait la “mère coude de pied” pour la façon qu’elle avait de dire “ce petit-là a le coude de pied fort”.

M. Fortier, petit homme effacé, se tenait dans son atelier.

 

Des photos très spéciales

Venait, à la suite, une maison d’habitation qui abrita assez longtemps la Perception de Villiers, gérée par un certain M. Filiozat. Puis ce fut un dentiste. M. Germond, qui fut arrêté et déporté par les Allemands en 1944. Il ne revint jamais.

 

C’est dans cette maison qu’habita longtemps une personne bien connue des Vendômois d’alors, Mlle Marie Person dont le sac à provisions, la faconde et la bonne humeur firent à l’époque la joie de ses contemporains.

 

Il y avait ensuite un magasin de plomberie chauffagiste. C’était l’entreprise Tognetti qui monta à Vendôme les premières installations de chauffage central “Idéal Classic”. Il eut pour successeur M. Lecomte qui reprit cette grosse entreprise. Elle arrêta ses activités avec le décès de M. Braut.

 

M. Roulet dans la boutique suivante était cordonnier, mais il se lança dans la confection de gants de protection. Il fut le créateur avec M. Patault (père) des gants “Bewarehand” puis ils se séparèrent et M. Patault (père) continua seul son entreprise qui devint l’usine “Racer”.

 

M. Roulet céda ensuite son fonds à M. Richette qui fut, je crois, le dernier cordonnier de cette rue.

 

De cette cordonnerie jusqu’au pont, c’était ensuite une longue maison basse où habitait un M. Boireau, rentier, un homme seul, secret. Il déambulait avec ses pensées sous un large chapeau mou noir et vêtu d’un long pardessus vert. On l’appelait “le compteur de pavés”. Photographe amateur, on découvrit chez lui après sa mort des collections de photos spéciales, très spéciales et légères de jolies femmes et d’objets dont le caractère érotique fit la joie des acheteurs à la vente aux enchères de ses biens.

 

Cette maison fut rasée dans les années 30 et la famille Murat, volailler dans St-Bienheuré, y fit construire la maison actuelle pour venir s’y reposer.

 

Ainsi se présentait autrefois cette petite rue pleine de vie, de bruits et d’activités, aujourd’hui quasi désertée par le commerce. Son sort est d’être envahie par une circulation démesurée. Souhaitons qu’il y soit remédié et que, restaurée et embellie, elle redevienne la petite artère agréable qu’elle fut. C’est ce que je lui souhaite.

 

Deuxième partie d’article paru dans le Petit Vendômois de janvier 2001.

Ces deux articles ont été écrits par Paul Dujardin

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