Menu

Vendôme, Castres : mêmes seigneurs

Vendôme, Castres : mêmes seigneurs

Si le titre de la présente chronique peut surprendre, sachez que durant tout le XIVe siècle, de 1300 à 1393 (voire 1403) plus précisément, les comtes et comtesses de Vendôme furent, en effet, bel et bien seigneurs, puis comtes et comtesses de Castres, aujourd’hui dans le Tarn. Une lointaine possession que la plupart de nos propres seigneurs préférèrent d’ailleurs au Vendômois. Voyons pourquoi et comment cela a-t-il pu se produire ? Encore une étude en grande partie inédite de notre histoire locale.

 

Les seigneurs de Castres :

Maison de Montfort-l’Amaury.

 

Sans remonter plus avant dans le temps,  Castres  était au Moyen Âge une dépendance de la vicomté d’Albi et ce fut pendant la croisade des Albigeois (1208-1229) que la ville se rendit très tôt à Simon IV de Montfort qui la donna en fief à son frère Guy, seigneur de la Ferté-Aleps (La Ferté-Alais, Essonne) et de Brétencourt (Saint-Martin de Bréthencourt dans les Yvelines). Celui-ci devenant alors le premier seigneur de Castres  de 1211 à 1228 dans la lignée des Montfort, c’est ainsi que nous arrivons à Éléonore, son arrière petite-fille, elle-même Dame de Castres de 1300 à 1338 et de la Ferté-Alais.

 

Éléonore de Montfort :

Sœur puînée de Jean de Montfort, seigneur de Castres de 1270 à 1300, auquel elle succéda, Éléonore eut pour parents Philippe II de Montfort et Jeanne de Lévis-Mirepoix, eux-mêmes seigneurs de la dite ville de 1240 à 1270 et pour grands-parents Philippe I de Montfort (fils de Guy, le premier nommé), époux d’Éléonore de Courtenay, également seigneurs des lieux de 1228 à 1240.  La boucle étant succinctement bouclée, intéressons-nous à Éléonore de Montfort.C’est par elle et par alliance, en effet, que nos braves comtes de Vendôme arrivèrent pour un siècle dans la seigneurie puis dans le comté de Castres.Peut-être née en 1255, décédée en mai 1338 et inhumée à Castres, Éléonore  se mariait, un peu  avant 1275 semble-t-il, avec Jean V, comte de Vendôme. Mais comment se sont-ils rencontrés ? Si aucun document, à ma connaissance, ne l’explique, on peut toutefois supposer, mais sans rien affirmer, que Jean V recueillait maintenant les fruits des exploits de son bisaïeul Jean IV (comte de Vendôme de 1217 à 1240) qui avait, en 1226, accompagné le roi Louis VIII (1223-1226) dans la croisade des Albigeois et que les deux seigneuries, Vendôme et Castres, étaient restées plus ou moins proches l’une de l’autre. À moins que ce ne fût par le biais  de la Ferté-Alais qui garda quelques liens étroits depuis le XIe siècle avec Vendôme, Éléonore étant, je le rappelle, également Dame de cette seigneurie.

 

Maison de Vendôme-Montoire.

Au début du XIIIe siècle (1218), la baronnie de Montoire ayant été intégrée par mariage dans le comté de Vendôme, les comtes qui désormais présidaient à son destin évoluèrent aux côtés de leurs suzerains, les comtes d’Anjou voire les rois de France, tout en participant le plus souvent à leurs campagnes militaires.

 

Jean V :

Ainsi, Jean V, comte de Vendôme de 1272 à 1315, fils aîné de Bouchard V et de Marie de Roye après avoir guerroyé dès son plus jeune âge  en Sicile et dans les Pouilles, puis dans le royaume de Naples au côté de Charles d’Anjou, en 1282 et en Espagne pour soutenir Charles de Valois sur le trône d’Aragon, en 1289, ne résida finalement que très peu en Vendômois. On lui doit cependant la division de notre comté en deux parties : le Haut Vendômois avec Vendôme pour chef-lieu et le Bas-Vendômois avec Montoire pour «capitale».Mais de par son mariage avec Éléonore de Montfort, Jean V devenait aussi seigneur de Castres où il séjournait plus volontiers qu’en val de Loir, de 1300 à 1315, date de son décès, alors que son épouse allait lui survivre jusqu’en 1338 comme Dame de Castres.

 

CastresBouchard VI :

Des quatre enfants de leur union, c’est Bouchard VI du nom, l’aîné, qui succédait à son père Jean V, de 1315 à 1354, à la tête du comté de Vendôme et comme seigneur de Castres, de 1338 à 1354, à la suite de sa mère Éléonore. En 1320, Bouchard vendait son droit de monnayage au roi Philippe V Le Long (1316-1322) et neuf ans plus tard (1329), il assurait la délimitation des comtés de Blois et de Vendôme, un accord ratifié par Philippe VI de Valois. En 1348, il achetait la seigneurie de Lautrec pour la rattacher à celle de Castres. Mais fidèle malgré tout au Vendômois, Bouchard VI fut inhumé en la collégiale Saint-Georges du château.Marié à Alix de Bretagne, fille d’Arthur II, duc de Bretagne et de Yolande de Dreux, elle lui donna  six enfants et ce fut l’aîné Jean (VIe du nom) qui héritait de son père.

 

 

Les comtes de Castres :

Maison de Vendôme-Montoire.

Jean VI :

Castres

Comte de Vendôme de 1354 à 1365, Jean VI devait être, en revanche, le dernier seigneur de Castres de 1354 à 1356 mais aussi son premier comte  de 1356 à 1364. Cette promotion, Jean VI la dut au roi de France Jean II Le Bon (1350-1364) qui érigeait en sa faveur, le 25 août 1356, soit à peine un mois avant la bataille de Poitiers (19 septembre) où tous deux, entre autres, furent faits prisonniers(1), la seigneurie de Castres et ses dépendances en comté tout en déclarant que « ce nouveau comté qui avait été régi auparavant suivant les us et coutumes de Paris, le serait à l’avenir suivant les coutumes du comté d’Anjou, où le comté de Vendôme était situé ». Ce qui rapprochait encore plus étroitement les deux châtellenies de Vendôme et de Castres.En 1362, le château et la ville de Vendôme ayant été investis par des troupes anglo-gascognes, Jean VI se voyait dans l’obligation de vendre sa seigneurie de Réalmont (Tarn, près d’Albi) afin de payer la rançon de son épouse alors prisonnière.Jean VI, préférant sans nul doute son comté de Castres, ne résida que très peu dans son château de Vendôme. Mort à Montpellier en 1364, il fut d’ailleurs inhumé en l’église Saint-Vincent de Castres.Époux de Jeanne de Ponthieu, fille de Jean de Ponthieu, comte d’Aumale et de Catherine d’Artois, ils eurent deux enfants : Bouchard et Catherine.

 

Bouchard VII :

Comte de Vendôme de 1365 à 1371 sous le nom de Bouchard VII, celui-ci héritait également du comté de Castres de 1364 à 1371.Passant la majeure partie de son temps à guerroyer contre les Anglais en Rouergue sous les ordres du duc d’Anjou, il remporta sur eux, en 1369, la victoire de Roquecésiaire (Laval-Roquecézière, Aveyron) qui sera par la suite réuni à nouveau à la couronne puis donné en fief au comte de Vendôme.En 1368, il épousait Isabelle de Bourbon, fille de jacques 1er,, comte de la Marche et de Jeanne de Châtillon, qui lui donnait une fille Jeanne décédée (1371) à l’âge seulement de quelques mois.

 

Jeanne de Vendôme :

Si l’on en croit son épitaphe relevée dans la collégiale Saint-Georges de Vendôme, Jeanne fut également titrée comtesse de Vendôme et de Castres. Mais en fait, c’est bien sa tante Catherine qui succédera à sa nièce et à son frère Bouchard morts tous deux vraisemblablement  cette même année 1371.

 

Catherine de Vendôme :

Comtesse de Vendôme de 1371 à 1393 à part entière, puis de 1393 à 1403, comme régente de son fils cadet Louis 1er de Bourbon qui lui succédera, Catherine fut aussi comtesse de Castres durant ce même laps de temps.Dans son testament rédigé en septembre 1403, elle se montrera d’ailleurs très généreuse envers les Cordeliers, les Chartreux, la maladrerie, l’Hôtel-Dieu, les religieux de la cathédrale de Castres et autres églises paroissiales du dit comté. Preuve s’il en est de l’attachement des comtes de Vendôme pour cette seigneurie.

 

Maison de Bourbon.

Jean I de Bourbon :

Catherine en prenant pour époux, en 1364,  Jean 1er  de Bourbon, comte de la Marche, frère d’Isabelle de Bourbon et femme de son beau-frère Bouchard, c’est par ce mariage que la maison de Vendôme allait passer dans celle des Bourbon-La Marche pour devenir la maison des Bourbon-Vendôme.Connu sous le nom de Jean VII de Vendôme, Jean 1er de Bourbon, de par sa femme, fut assimilé comte de Vendôme de 1371 à 1393, date de sa mort et titré par contrecoup comte de Castres de 1364 à 1393. Inhumés tous deux dans la collégiale du château de Vendôme, leurs gisants sont visibles dans la salle lapidaire du musée de la Communauté de Communes des Territoires Vendômois. Bien que son épouse Catherine lui survive jusqu’en 1411, dès 1393, le comté de Castre passera dans la succession des comtes de Bourbon-La Marche par leur fils aîné Jacques II, de 1393 à 1435…Mais c’est une autre histoire qui commence.

 

Note (1) : Le Petit Vendômois, janvier 2016, n° 322, Poitiers 1356, le comte de Vendôme est aussi fait prisonnier.

 

Références bibliographiques : Louis Barbaza, Annales de la ville de Castres, depuis les origines jusqu’à la réunion du comté au domaine de la couronne (617-1519), Castres, 1886, Gallica.Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France, Paris, 1726-1733, 9 volumes.Recherches et étude personnelles (Vendôme, Castres).

 

Références iconographiques : Collection particulière.Bouchard VI, plaque  en  cuivre recouvrant sa tombe, à gauche du maître-autel de la collégiale Saint-Georges ; collection Gaignières.Gisants de Jean VII et de Catherine de Vendôme, transept sud de la collégiale Saint-Georges ; collection Gaignières.

image_pdfImprimer en pdfimage_printImprimer cet article

À lire également

Dix artistes exposés à la Galerie

 Pendant tout l’été, dans la galerie du joaillier Laurent Potier, dix artistes sont mis à l’honneur.   A cause du

« Lumière, éclat et transparence » 10e édition de la Biennale d’Art de Ruillé-sur-Loir (72)

 Au sein d’un lieu d’exception : le cloître de la communauté de la Providence de Ruillé sur Loir, l’association des

«Plaisir au naturel» – Exposition photographique du 21 mars au 16 mai – Vendôme

 «Des plaines aux montagnes, en passant par les océans, la nature s’exprime tout autour de nous» nous explique passionnément Arnaud

Commenter cet article

Loading Facebook Comments ...

Aucun commentaire

Écrire un commentaire
Aucun commentaire pour le moment! Vous pouvez être le premier à commenter cet article!

Écrire un Commentaire

<

MENU
X