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Il y a 150 ans, le Vendômois dans la tourmente de la Guerre de 1870

Il y a 150 ans, le Vendômois dans la tourmente de la Guerre de 1870
Discrédité par la défaite militaire à Sedan (2 et 3 septembre 1870) et la capitulation de Napoléon III face à l’Allemagne, le Second Empire s’est écroulé. Bismarck (Président du Conseil de Prusse, nommé par Guillaume 1er) s’attend à l’effondrement de la France. La jeune République proclamée le 4 septembre 1870 refuse de se mettre à genoux et annonce sa volonté de maintenir l’intégralité territoriale du pays. Paris est assiégé par les armées allemandes et résistera pendant 4 mois à la pression ennemie, malgré la faim, le froid, les bombardements et les disputes politiques. Un gouvernement provisoire,  présidé par le général Trochu, est constitué et une commission gouvernementale se replie à Tours sous l’impulsion de Gambetta, échappé de Paris en ballon. Ce gouvernement de la défense nationale a la lourde tâche de lever de nouvelles armées, de les équiper et d’organiser la défense de la France. La défaite d’Artenay du général de la Motte-Rouge (10 octobre 1870) et de son 15e corps nouvellement constitué ouvre la voie d’Orléans aux Bavarois du général Von der Tann. Les débris du 15e corps sont rassemblés au camp de Salbris, renforcés par le 16e corps, « Première Armée de la Loire »,  elle aussi de création récente, aux ordres du général d’Aurelles de Paladines (début novembre 1870). Après la victoire de Coulmiers (7 novembre) et la reprise d’Orléans, l’armée de la Loire reçoit l’ordre de prendre l’offensive en direction de Paris, en opérant une jonction avec les troupes du camp retranché dans la région de Fontainebleau. Mais, sous le sceau de l’improvisation, les quatre corps d’armée sont engagés en ordre dispersé et perdent les batailles face à une armée allemande plus nombreuse et mieux préparée, malgré une défense acharnée comme à Loigny  au nord d’Orléans (2 décembre 1870). Parvenu à la tête de l’armée de la Loire  après la seconde perte d’Orléans, le général Chanzy établit un front défensif appuyé sur la Loire à la hauteur de Beaugency. Du 7 au 10 décembre, il y oppose une résistance acharnée au grand duc de Mecklembourg, qui ne pensait pas avoir affaire à si forte partie. Le 9, tandis que la commission gouvernementale se transporte de Tours à Bordeaux et que le IXe corps allemand menace Blois, le repli est ordonné.

 

Repli sur Le Mans

Pendant que la 1e Armée de la Loire se réorganise, la 2e Armée de la Loire du général Chanzy marche sur Blois pour échapper à l’étreinte prussienne. Le général Chanzy en prenant la tête de cette armée après la bataille de Loigny rétablit la discipline et la cohésion parmi ses soldats éprouvés par la défaite, la rigueur de l’hiver et le sous équipement. Il comprend que le seul type de guerre à mener désormais consiste à user l’ennemi et à étirer ses communications par un repli sur Le Mans dans l’ordre et ainsi sauver son armée tout en infligeant à son adversaire une succession de coups d’arrêt.

 

Chanzy attend l’ennemi d’abord entre Beaugency et la forêt de Marchenoir  en s’appuyant au sud sur la Loire et au nord sur la forêt. Malgré une bataille victorieuse à Villorceau, la 2e Armée de la Loire abandonne sa position à l’initiative du général Chanzy  et se replie dés le 11 décembre en direction de Vendôme car, d’après lui dans ses mémoires écrites tout de suite après la guerre, «Le loir est une ligne de défense qui devait permettre à la 2e armée d’arrêter son mouvement de retraite pour reposer ses troupes, reformer ses corps, désunis par les derniers combats, et se réapprovisionner…».

 

Le même jour à Vendôme,  le 11 décembre, le sous-préfet, Monsieur de Marçay, réputé pour ses pulsions belliqueuses « déclare l’arrondissement en état de siège et ordonne à tous les hommes valides de se tenir prêts pour la défense de la ville » d’après le récit de Gustave Chanteaud, , contemporain des faits dans son « précis d’histoire de Vendôme ». Sur cette période vécue, il précise également que dés le 3 décembre 1870, « un grand nombre de voitures amènent à Vendôme les malades et les blessés ». Ce flot continu de soldats épuisés par les combats, atteints par les épidémies et subissant un climat hivernal particulièrement rude (neige et verglas) viennent grossir et encombrer les rues de Vendôme qui à l’époque atteignait environ 9.000 habitants. A cela, il faut rajouter les soldats déserteurs fuyant la bataille et pratiquant dans les campagnes le réquisitionnement ou le pillage systématique par la terreur. Le comité de défense de Vendôme, sera sous les ordres du colonel Taberne, qui, outre l’organisation de la garde nationale, prit aussi en main la direction des travaux de retranchement, tout en sachant que la garde nationale ne pouvait opposer aucune résistance sérieuse aux troupes régulières de l’armée ennemie.

 

Vendôme avait déjà payé la dette du sang à la patrie en envoyant ses fils dés le début de la guerre, combattre sous les drapeaux. Au mois d’Août 1870, l’arrondissement de Vendôme mettait sur pied le 2ème bataillon de la garde mobile de Loir et Cher qui constitua, avec les autres contingents du département, le 75ème régiment d’infanterie et combattit dans les rangs de l’armée de la Loire notamment à la bataille de Loigny ou à Beaugency. La 8e compagnie, formée précisément des contingents des cantons de Selommes et Vendôme, n’existait d’ailleurs plus au moment où se livrèrent les combats aux environs de Vendôme.

 

Bataille de Morée-Fréteval 14 et 15 décembre 1870

Le 21e Corps commandé par le général Jaurès avait élu son quartier général au château de Fréteval et s’échelonnait de Pezou à Saint Hilaire. Des colonnes ennemies apparurent dés le matin du 14 décembre  et menacèrent Morée, et bientôt Fréteval par les routes de Viévy et Oucques. Le général Rousseau passant par le pont de St Hilaire, gravit les hauteurs de la rive gauche du loir et réussit à prendre de bonnes positions en avant de Morée. Il oblige pour un temps les Prussiens à reculer. Le général Guillon n’avait placé à Fréteval qu’un bataillon de marins qui malgré les efforts les plus énergiques fut très vite submergé par les troupes prussiennes déboulant de la route d’Oucques et de Morée. Seule la gare de Fréteval restait en résistance. L’armée allemande bombarde les positions françaises avec sa batterie de canons sur les hauteurs de Fréteval sur la rive gauche. Le 15 décembre sur ordre du général Chanzy, le général Jaurès met en place une offensive sur Fréteval afin de détruire le pont en s’appuyant sur le colonel Du Temple. La maladresse du capitaine de frégate Collet (bataillon de fusiliers marins)qui devançant l’ordre,  fut écrasé malgré une résistance héroïque et des combats acharnés souvent à la baïonnette et au corps à corps. Cette audace lui coûta la vie à la tête de ses soldats, donnant l’exemple du mépris de la mort. Ce combat de Fréteval protégea efficacement l’aile gauche de l’armée de la Loire.

 

D’après les renseignements parvenus au grand quartier général, l’aile droite de l’ennemi sous les ordres du grand-duc de Mecklembourg marche déjà en direction de Vendôme.

 

Disposition pour la défense de Vendôme

Le général Chanzy avait pu constater en étudiant le terrain en avant du faubourg du Temple avec l’amiral Jauréguiberry (commandant du 16e Corps depuis la bataille de Loigny) et les commandants du génie et de l’artillerie que les positions de ce côté de Vendôme étaient peu favorables pour une bonne défense.

En effet, à l’entrée de Vendôme, côté route de Blois, entre le Loir et la vallée de la Houzée, le placement de l’armée sur le plateau n’avait que des vues difficiles. Les sinuosités du ruisseau La Houzée et les nombreux petits bois qui le bordent ne permettent pas d’établir des batteries pouvant croiser leurs feux avec celles placées sur les hauteurs de Bel-Essort (Route de Coulommiers).

A l’entrée Nord de la ville, la position de Bel-Air est à trop grande distance des points à battre sur la rive gauche, pour prêter un appui efficace au plateau du Temple.

Le général Chanzy donne au soir du 14 décembre les dernières instructions pour la disposition des troupes pour le lendemain. Le Général Bourdillon se placera donc sur le plateau du Temple avec 3 batteries et 2 mitrailleuses (occupation du petit château de la Chaise) et le 2e chasseurs de marche avec le régiment de gendarmerie à cheval (de la colonne Camo) cantonné à Périgny, Villeromain et Crucheray, se postera en éclaireur sur  la plaine en direction de Blois, appuyé par les Francs Tireurs de la Sarthe du commandant Foudras .

 

Le 15 Décembre1870

Les Escadrons de Villeromain annoncèrent l’approche d’une forte colonne ennemie marchant sur Vendôme. La brigade Bourdillon reçut le renfort du 59e de marche du régimen

 

t de l’Isère (27e mobile). Sur le plateau du Temple, à l’entrée de Vendôme, les batteries commencent à pilonner les troupes prussiennes qui très vite répliquent.

Des colonnes allemandes se déploient en même temps sur St Anne ainsi que du côté du bois la Barbe et s’avancent sur Vendôme à la faveur des bosquets de bois. L’ennemi déboule également du côté de Rocé, Villetrun et Coulommiers, troupes venant de Frétéval. Les positions de Bel-Essort sont mises à mal pendant toute la journée.

 

 

L’amiral Jauréguiberry défend le plateau du Temple (de lourdes pertes pour l’artillerie française) et tient en retrait sa position en pilonnant des colonnes allemandes qui essayent de le déborder par la route de Tours et ainsi le couper du général Barry basé à St Amand. Des combats eurent lieu au bois de la Guignetière ce qui arrêta la progression allemande avec un léger mouvement de recul.

 

Le soir venu, la 2e Armée de la Loire maintenait ses positions en faisant reculer l’ennemie malgré la perte de Bel-Essort où les soldats du bataillon Prudhomme  avaient du battre en retraite efaisant sauter le pont de Meslay.

 

Mais la perte des positions de Bel-Essort allait rendre difficile et périlleuse la défense de Vendôme, car de cette position les troupes prussiennes pouvait pilonner la vallée de la Houzée et en même temps notre position du Temple. Le général Chanzy décida de battre en retraite sur la Sarthe dés le lendemain sur les conseils de l’amiral Jauréguiberry. Les troupes avaient le moral bas, souffrant de peu de repos, de campements dans la boue et de l’interdiction d’allumer les feux de bivouac malgré le froid et l’humidité.

 

Le 16 décembre 1870

Profitant du brouillard qui dés le matin avait recouvert la vallée du Loir, les convois quittèrent Vendôme puis s’ensuivirent les troupes positionnées en avant-poste du plateau  de St Anne et du Temple. D’après les mémoires du général Chanzy, « tous ces mouvements s’effectuèrent avec ordre, et jusque vers 9h, les Allemands, qui ne s’étaient aperçus de rien, ne parurent pas ». Gustave Chanteaud précise que « à 10h, alors que les derniers bataillons traversaient le Loir, les fantassins allemands apparurent sur la rampe du château… ». C’est à ce moment là que les français firent sauter les ponts de Vendôme dont celui de la Trinité qui avec cette forte détonation brisèrent une partie des vitraux de l’abbatiale. La Garde nationale fut désarmée. Un dernier train put partir au dernier moment de la gare direction Tours pour évacuer blessés et malades ainsi que des munitions et approvisionnements avant qu’une arche du pont des Coulis fut dynamitée.

 

Ce même jour eut lieu la deuxième bataille de Morée qui se solda par la retraite du général Rousseau et du 21e Corps en direction de St Hilaire pour amorcer lui-aussi un repli vers la Sarthe.

 

Au château de Bel-Air, des soldats enivrés avec le vin d’une cave qui leur avait été ouverte, quittèrent trop tard leur position et s’embourbèrent dans les chemins creux. Cette batterie fut définitivement prise.

 

Le général Chanzy écrivit un télégramme au ministre de la guerre le soir même du 16 décembre en précisant « qu’après avoir replié en deçà du Loir les troupes qui couvraient Vendôme, fait évacuer la ville et la gare et sauter les ponts, [le repli] s’est effectué très-difficilement, harcelé de tous cotés par l’ennemi… Nous sommes pressés de tous côtés… Bien qu’il me tarde d’arriver au-delà de la Sarthe, je ne puis marcher que lentement à cause des convois, du manque de routes et de la fatigue des hommes, qui est extrême… ». La marche sur Le Mans est enclenchée dans un grand désordre. Certains soldats arriveront seuls au Mans, fuyant le bruit du canon et espérant un peu de repos à l’arrière des lignes.

 

Le Vendômois et les opérations offensives

Les troupes allemandes s’installent dans le Vendômois en réquisitionnant et les logements et la nourriture  (bêtes, farine, …)ainsi que le fourrage pour leurs chevaux. Le Vendômois s’installe dans l’occupation. Plusieurs témoignages de Vendômois comme à Villiers par exemple témoignent d’une certaine « barbarie » de l’occupant.

 

A partir du 28 décembre, le général Chanzy entamera à partir du Mans, des opérations offensives, des combats souvent sanglants qui s’effectueront jusque mi-Janvier 1871.  Des opérations à Droué, Danzé, Azé, Mazangé avec le Gué du Loir, aux Roches et aussi à Montoire ou Troo, furent préparées et menées  par le général Joffroy  mais présentaient l’inconvénient d’être trop isolées les unes des autres.  Une guérilla que les Allemands feront cher payé à la population vendômoise.

 

Le général Chanzy reculera sur la Mayenne, ligne ultime de défense, en recomposant à chaque fois son armée. Au-delà c’est la  Bretagne qui est menacée et risque d’être envahie. Malgré les pertes subies lors des retraites successives, l’armée est refaite et Chanzy dispose désormais de 150 000 hommes avec une réserve de bretons de 100 000 hommes supplémentaires. La victoire allemande ne parait pas acquise.

 

Cependant l’armée du Nord est défaite à St Quentin le 19 Janvier et fait retraite sur Lille et dans l’Est. Le général Bourbaki battu sur la Lisaine se réfugie avec le reste de son armée en piteux état en Suisse.  En Janvier, le froid, la famine et l’échec des tentatives de sortie de Paris provoquent une exaspération croissante. Le gouvernement décide alors une capitulation avec une armistice de trois semaines  signée le 28 janvier 1871 par jules Favre. La France est vaincue et perdra lors du traité préliminaire de Versailles du 26 février 1871 l’Alsace et la Lorraine.

 

Références Bibliographiques :

 « La Deuxième Armée de la Loire » du Général Chanzy

« Loigny ou l’espérance détruite » de Paul Mollé par la Société Dunoise d’Archéologie, Histoire, Sciences et Arts

Article de Gino Segrais   » Le combat de Saint Quentin les Troo » dans « Montoire et Saint Quentin Les Troo » édité par le Comité Départemental du Patrimoine et de l’Archéologie

« précis d’histoire de Vendôme » de Gustave Chanteaud

« Journal d’un Vendômois par Gervais Launay », éditions du Cherche-Lune

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