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Quand le pape Urbain II séjourna à l’abbaye de la Trinité de Vendôme

Quand le pape Urbain II séjourna à l’abbaye de la Trinité de Vendôme

Durant l’année 1096, pendant une dizaine de jours, lors de sa tournée pastorale en France, incitant avant tout les Fidèles à la première croisade, suite au concile de Clermont, en Auvergne, le pape Urbain II, sans doute invité par son ami Geoffroy, cinquième abbé de la Trinité, allait être également l’hôte privilégié de l’abbaye.

 

Mais hormis la biographie des deux personnages concernés, l’itinéraire emprunté par Urbain et la teneur même du concile, trois sujets, aujourd’hui, relativement bien étudiés, que savons-nous exactement de son séjour plus discret en Vendômois ?

 

Le pape Urbain II et l’abbé Geoffroy

 

Surnommé le Bienheureux, Urbain II de son vrai nom Eudes (ou Odon) de Lagery passe pour être né à Châtillon-sur-Marne (Marne) en 1042 mais qui, pour le sûr, décédera à Rome en 1099. Élu 159e pape de la Chrétienté, son pontificat s’étendit du 12 mars 1088 au 29 juillet 1099. Il avait succédé à Victor III, dit également le Bienheureux, pape en 1086 et 87, et précédé Pascal II, de son nom Raniero (Raynier), né à Bieda (Santa Sofia, Italie), vers 1050 et qui officia de 1099 à 1118.
Bénédictin de formation, chanoine puis archidiacre à Reims, Eudes se fit, en 1067, moine à l’abbaye de Cluny avant d’en devenir le grand prieur en 1073. Appelé à Rome en 1079 par Grégoire VII, le grand réformateur, il fut d’abord nommé cardinal-évêque d’Ostie. Ami et conseiller du pape, il le soutint dès lors dans sa réforme dite grégorienne. En 1088, il fut élu lui-même pape, sans toutefois pouvoir rentrer dans Rome occupée par l’antipape Clément III. Ce ne fut qu’en 1093 qu’Eudes, désigné maintenant sous le nom d’Urbain II, put enfin regagner la ville Sainte en achetant, l’année suivante, la reddition du palais du Latran, aidé en cela par Geoffroy, abbé de la Trinité. Puis ce fut son voyage en France, le concile de Clermont et sa venue, entre autres, à Vendôme…
Issu de la famille angevine de Craon, Geoffroy, né vers 1070, était le fils d’Henri de Nevers, seigneur du Lion d’Angers (auj. Maine-et-Loire) et le petit-fils de Robert de Nevers, seigneur de Craon, apparenté aux comtes d’Anjou et de Vendôme.

Entré lui aussi, très jeune, comme moine bénédictin à l’abbaye de la Trinité de Vendôme, de par sa haute naissance, ses mérites et ses vertus, le 21 août 1093, il se faisait très vite élire abbé devenant ainsi le 5e prélat du monastère et ce jusqu’au 26 mars 1132, date de son décès.
En 1094, comme nous venons de le dire, pour l’emporter sur l’antipape, il devait aider financièrement Urbain II qui, pour le remercier le nomma, cette même année, cardinal. En 1095, Geoffroy assistait au concile de Clermont.

Acharné à défendre les exemptions et les privilèges de son abbaye qui fut, de son temps, sans doute l’une des plus illustres du royaume…Après Cluny, l’abbé Geoffroy se mit bien souvent à dos les premiers comtes de Vendôme et les évêques. D’une extrême rigueur quant au maintien de la discipline de ses moines il se montra, comme en témoignent ses nombreuses lettres et ses sermons, impitoyable dans la répression des fautes. Mais, selon l’abbé Simon, «il sut ainsi conserver ces droits et même les augmenter considérablement».

 

Urbain II et «son tour de France»

 

Du mois d’août 1095 au mois d’août 1096, Urbain II allait effectuer, en effet, un long périple dans le midi et le centre de la France, célébrant sur son passage un très grand nombre de cérémonies de dédicaces et de consécrations d’autels, d’églises, d’abbayes, de cathédrales et de prieurés presque tous d’obédience clunisienne. De ce voyage, de plus d’un an, nous retiendrons avant tout la tenue du concile de Clermont et, pour nous Vendômois, son séjour à la Trinité.

Parti d’Asti (Italie, Piémont) tout début août 1095, le pape franchissait alors les Alpes pour arriver à Valence le 5 de ce mois et célébrer la dédicace de la cathédrale. Passant par Romans et Le Puy, il se retrouvait au prieuré clunisien de la Chaise-Dieu pour dédicace également, le 18 août. De là, il gagnait le prieuré du Monastier dont l’église fut consacrée par les prélats de sa suite. Après un bref arrêt à Nîmes et à Saint-Gilles, remontant la vallée du Rhône, il fit étape à Tarascon avant de poursuivre sur Avignon, Saint-Paul-les-Trois-Châteaux, Valence (second passage), Vienne, Lyon, et Mâcon. Urbain II parvenait à Cluny en octobre, haut lieu cher à son cœur, n’oubliant nullement ses attaches en tant que moine clunisien et où, le 25 octobre, il consacra le maître-autel de la nouvelle cathédrale commencée en 1088. Puis, pour rejoindre Clermont, le cortège pontifical, début novembre, fit un détour par Autun, le prieuré clunisien de Souvigny, le Montet-aux-Moines, pour arriver le 14 à Clermont où il tint un concile.

Le 29 novembre, reprenant sa route, une fois le concile terminé, le pape se retrouvait, le 3 décembre au prieuré clunisien de Sauxillanges pour y consacrer l’église. Passant par Brioude, il était, le 6, à Saint-Flour, y consacrant quatre autels dont l’autel majeur ainsi que l’église, avant de se retrouver dans un autre prieuré clunisien à Aurillac. Puis, délaissant l’Auvergne pour le Limousin, le pape arrivait à Uzerche le 21 décembre. Fin du mois, il était à Limoges.

Pour la nouvelle année 1096, Urbain II, le 10 janvier, célébra la messe en l’église abbatiale de Charroux avant d’en consacrer le maître-autel. Puis, progressant à travers le Poitou, il arrivait à Poitiers trois jours plus tard, le 13. Après un séjour de plus de trois semaines durant lequel fut encore consacré le monastère clunisien de Montierneuf, le pape gagnait Angers pour y dédicacer l’abbatiale Saint-Nicolas, le 10 février. Quittant Angers, courant février, il poursuivit sa route vers Sablé, Solesmes, pour s’arrêter au Mans du 16 au 18 et de là venir à Vendôme où son ami l’abbé Geoffroy l’accueillit du 19 février au 3 mars.

De Vendôme, Urbain II devait se rendre à Marmoutier pour de nouvelles cérémonies de consécration, notamment le 10 mars. De Tours, le cortège allait regagner l’Ouest et le midi du royaume de France, par Poitiers, Saint-Maixent, Saint-Jean-d’Angély et le prieuré clunisien de Saintes où le 20 avril il consacra l’autel majeur. Le 1er mai, en compagnie de l’archevêque d’Oloron, son légat pour l’Aquitaine, il était à Bordeaux y célébrant la dédicace de la cathédrale Saint-André. Puis, par Bazas, Nérac et Leyrac où il officiait le 5 mai, il parvenait à Toulouse, d’où il datait, le 7, une bulle en faveur de l’illustre abbaye clunisienne de Moissac, abbaye qui le recevra, d’ailleurs, le 13 du dit mois. De nouveau présent à Toulouse, pour le sûr, le 24 mai, le pape allait ensuite cheminer sur Carcassonne pour y rester du 11 au 13 juin, puis se diriger sur Alet, Saint-Pons, Maguelonne (28 juin), Montpellier, revenir, le 5 juillet, à Nîmes pour y tenir un concile, et revoir Saint-Gilles une seconde fois. Enfin, par Villeneuve-les-Avignon, Apt, Cavaillon et Forcalquier qu’il atteint le 5 août, il revint à Asti en ce même mois d’août 1096.

 

Le concile de Clermont

Après avoir visité pas moins de dix-huit villes en trois mois et demi, Urbain II s’arrêtait donc à Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand), du 14 au 29 septembre 1095 pour y tenir un concile. Composé de douze archevêques, quatre-vingts évêques et quatre-vingt-dix abbés dont Geoffroy de Vendôme, la plupart de nationalité française, espagnole et italienne, ce concile, ouvert le 18, avait été convoqué avant tout pour traiter des problèmes de discipline ecclésiastique et des affaires relatives à la chrétienté. Ce qui fut fait, et de nombreux décrets ou canons furent adoptés confirmant certaines décisions du concile de Plaisance (1/5 mars 1095, Italie) tenu six mois plus tôt.
Durant cette même assemblée, le pape avait également soutenu et pris parti pour l’abbé Geoffroy contre l’évêque Yves de Chartres.
Mais ce que l’on retiendra, c’est surtout le discours du pape qui, pour clore le concile, s’adressant aux clercs, aux laïcs et à la noblesse partisane, leur demandait de lutter contre les Turcs qui menaçaient l’Empire byzantin et de délivrer les lieux saints occupés par les musulmans. D’une grande importance, cet appel de Clermont peut donc être considéré comme la cause essentielle de la première croisade.

 

Son séjour à Vendôme

 

Le concile terminé, Urbain II, reprenant son périple, accompagné, en partie, par l’abbé Geoffroy, allait donc également s’arrêter à Vendôme après avoir encore visité une douzaine de villes en à peine trois mois. Venant du Mans, le pape fut ainsi reçu en l’abbaye de la Trinité du 19 février au 3 mars soit pendant une dizaine de jours, accompagné, entre autres, du cardinal Raynier (Reniero) qui lui succédera, on le sait, sous le nom de Pascal II. Puis, il rejoindra les abords de Tours (Rochecorbon, plus exactement), où il consacrera l’église abbatiale de Marmoutier nouvellement rebâtie.
Parce que pourvue, dès sa fondation, de moines clunisiens de Marmoutier, tout comme d’ailleurs l’amitié qui liait l’abbé-cardinal au pape, l’abbatiale romane de la Trinité dont la dédicace remontait au 31 mai 1040 passait alors pour un lieu hautement privilégié auprès de sa Sainteté qui ne cessera, nous dit-on, de «combler son cher Geoffroy de tous les témoignages de son affection».
Ainsi, durant son séjour à Vendôme, le 4 des calendes de mars, soit le 26 février, d’après la chronique d’Anjou, Urbain II devait consacrer un crucifix supposé à l’entrée du chœur roman et sans doute placé au-dessus d’un autel, tout en accordant « pénitences aux fidèles qui célébreraient dévotement l’anniversaire de cette dédicace mémorable ». Mais selon le nécrologe de l’abbaye (cartulaire de la Trinité), il s’agirait plus sûrement de la consécration d’un autel dédié à la Sainte Croix et à Saint-Eutrope dont l’église, à l’époque, possédait des reliques.
Comme quoi l’histoire n’est pas toujours simple.

 

Références bibliographiques :
Abbé C. Métais, Cartulaire de la Trinité, t. II et V, Paris, édition Picard.
J. de Pétigny, Histoire archéologique du Vendômois, Vendôme, 1882, 2e édition.
A. Dupré, Séjour du pape Urbain II à Vendôme, BSAV 1870.
René Crozet, Le voyage d’Urbain II en France (1095-1096) et son importance du point de vue archéologique… Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 49, n° 193, p. 42-69. Persée.
Recherches et études personnelles.
Référence iconographique :
Le pape Urbain II prêche la première croisade à Clermont (1095), gravure sur bois du XIIIe siècle, encyclopédie Alpha, t. V, p. 1753, Grange Batellière S.A., Paris 1969.

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