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Un certain samedi 15 juin 1940

Un certain samedi 15 juin 1940

Voici tout juste 80 ans, Vendôme allait entrer de plain-pied dans la tourmente…Et dans l’Histoire. Après « la drôle de guerre » et durant « la débâcle », elle devenait, à son tour, «ville martyre».

 

Un contexte inéluctable

Au mois d’août 1939, l’horizon international s’était considérablement assombri. Si les Vendômois semblaient vouloir vivre un été relativement paisible, ils n’en restaient pas moins très inquiets.

 

Ainsi, le 1er septembre, l’Allemagne envahissait la Pologne et la mobilisation générale était décrétée dans notre pays. Le dimanche 3, la Grande Bretagne et la France lui déclaraient officiellement la guerre.

 

Même si le front se trouvait encore à plusieurs centaines de kilomètres de là, il fallait, désormais, se familiariser avec les nouvelles règles et consignes de sécurité. Dès le 2 septembre, l’état de siège avait été proclamé et l’on rappelait aux Vendômois ce que cela signifiait : pleins pouvoirs à l’autorité militaire pour le maintien de l’ordre et de la police, interdiction de circuler hors du canton de résidence sans une autorisation spécifique.

 

Il faudrait aussi s’habituer aux alertes annoncées par un code bien précis des deux sirènes de la ville. Des abris anti-aériens furent également prévus et répartis comme suit : les caves des rues de la Grève, du Maréchal de Rochambeau et du Tertre de la Glacière, pour le secteur ouest ; rue des Écoles et rue Ferme, pour le centre ville et le quartier sud ; faubourg Saint-Bienheuré pour le secteur est, les caves de Courtiras étant réservées aux habitants des alentours, à qui il était aussi conseillé de se disperser dans la nature loin de la voie ferrée.

 

Du 6 au 30 septembre 1939, c’était l’offensive française dans la Sarre. Le 28 septembre, l’Allemagne et l’URSS (pacte Germano-Soviétique) se partageaient la Pologne. Le 30 novembre l’URSS envahissait la Finlande. Dès lors, l’Allemagne pouvait concentrer tous ses efforts vers l’ouest et le 9 avril 1940, elle s’emparait du Danemark et de la Norvège.
Localement, tous ces événements encore lointains parvenaient par l’entremise d’une presse désormais soumise à la censure. Tandis que les noms des premiers « morts pour la France » du Vendômois étaient déjà répertoriés, les premières restrictions firent leur apparition, concernant essentiellement l’alimentation. Malgré tout, la vie normale cherchait à reprendre ses droits et la vie culturelle tentait de subsister. Très régulièrement, pour les particuliers, revenaient les consignes de camouflage des lumières ; la ville, elle-même, était plongée dans le noir dès la tombée de la nuit.

 

Le 10 mai 1940, l’Allemagne attaquait la Belgique et les Pays-Bas et trois jours plus tard, les blindés allemands perçaient les lignes françaises dans les Ardennes.

 

Dans la ville, des bonbons trouvés sur la voie publique, se révélèrent toxiques : un fait d’autant plus préoccupant que des milliers de réfugiés traversaient maintenant Vendôme en direction de Tours, en suivant la route Nationale n° 10. L’exode des gens du Nord battait son plein. Un centre d’accueil fut même organisé à l’intention de ces familles qui fuyaient devant l’ennemi, par la Croix-Rouge, près de la gare.

 

Le climat était véritablement à la guerre. La Défense passive conseillait une extrême prudence. La DCA mobile (Défense Contre Avions) pouvait tirer sans que l’alerte ait été déclenchée et les files interminables de ces réfugiés, à pied, à bicyclettes, en carrioles ou en voitures surchargées, se dirigeant vers le sud, n’étaient pas sans inquiéter les responsables locaux, par l’encombrement des rues qu’elles engendraient. Ce cortège de misère produisait un effet des plus déplorables sur les Vendômois. À la gare, les trains se succédaient, convois de civils allant vers le sud, wagons de militaires, montant vers le nord. De plus, triste constat, la méfiance s’installait, chacun commençant à se méfier de son voisin.

 

Du 6 au 10 juin, ce fut la déroute de l’armée française. Le 10 juin, le gouvernement Raynaud avec Pétain pour vice-président du Conseil quittait Paris pour Tours et l’Italie, alliée de l’Allemagne, entrait en guerre.

 

Le mercredi 12 juin, les services des PTT déjà repliés à Vendôme déménageaient pour Poitiers. Les centres de mobilisation d’artillerie et de santé stationnés au Quartier Rochambeau quittaient la ville pour rejoindre Bourges, signes avant-coureurs que la situation se dégradait au fil des jours.

 

La rumeur d’une possible grande bataille livrée sur la Loire, avec Vendôme au centre des combats se fit bientôt persistante. Ce fut alors le signal d’une véritable panique qui s’amplifiera jusqu’au matin du 15 juin. La pagaille était totale dans la ville : une cohue indescriptible, dans les rues du centre, empêchait pratiquement toute circulation ; il fallait plus d’une heure pour traverser Vendôme.

 

Le 14 juin, les troupes allemandes entraient dans Paris. Ce même jour, peu avant 21 heures, le préfet de Loir-et-Cher signait l’ordre suivant destiné aux maires du département : Autorité militaire prescrit évacuation enfants au-dessus de treize ans et hommes mobilisables, en exclusion de tout autre…

 

La nuit suivante (le 15), vers 3 heures du matin, ce message, lu par l’intermédiaire du tambour municipal, réveillait les Vendômois ; de nouveau la panique s’empara des habitants et pour certains, ce fut un départ précipité, désorganisant tous les services de la cité qui se vida en quelques heures.

 

 

Puis, ce fut l’apocalypse.

Cette journée du samedi 15 juin 1940, particulièrement ensoleillée, restera pour les Vendômois, la pire de toutes. En fin de matinée, à 11 h 25, la ville subissait le premier grand bombardement de son histoire. Sans que l’alerte ait été donnée – le système d’avertissement depuis Blois étant défaillant – trois avions allemands(1), prirent en enfilade le faubourg Saint-Lubin, le pont Saint-Georges et la rue Poterie, cette route Nationale 10 qui voyait affluer, depuis le 15 mai, une foule considérable. Pas moins de cinq à sept bombes, selon les différentes sources, furent ainsi larguées entre la rue Ferme et le musée (Bibliothèque actuelle).

 

La première, devant l’ancien moulin de la Fontaine, à l’extrémité sud du pont de l’Hôtel de ville (pont Saint-Georges), causant, d’ailleurs, l’incendie du moulin et des maisons attenantes, faisait une vingtaine de morts dont quelques Vendômois (placés là pour faciliter la circulation) et de nombreux blessés qui furent transportés à l’ouvroir Saint-Paul, ouvert en poste de secours, rue Ferme. Pour les blessés les plus graves, ces derniers étaient évacués sur la clinique Chevallier, rue Basse ou sur l’hôpital-hospice malgré un suivi médical défaillant, car trop peu nombreux en personnel et pour cause d’une pénurie flagrante de moyens, comme le manque d’électricité, d’eau, de gaz et du service de la stérilisation. Un hommage, sera d’ailleurs rendu aux docteurs Chevallier, Madame et Monsieur, qui soignèrent et opérèrent sans discontinuité dans les deux établissements jusqu’à fort tard dans la soirée.

 

Outre la concierge tuée par le souffle d’une autre bombe tombée dans le petit jardin de la mairie (alors porte Saint-Georges) situé entre le Loir et ce dernier monument, toutes les autres victimes, soit principalement des réfugiés, étaient atteintes à l’entrée de la rue Saulnerie, rue Poterie et aux abords de celle-ci : 89 tués et environs 200 blessés plus ou moins sérieux furent ainsi dénombrés officiellement. Une demi-heure plus tard, une seconde vague d’avions bombardait, suivant, cette fois, un axe est-ouest, la ligne de chemin de fer, mais sans causer, semble-t-il, de pertes humaines.

 

Si cette première attaque avait été, de loin, la plus meurtrière, elle fut bientôt la plus destructrice.

 

Aucun feu ne s’étant déclaré dans les premières minutes qui suivirent le bombardement, du moins dans la rue Poterie, le commandant des pompiers, M. Haugou, avant de rejoindre le faubourg Saint-Lubin, allait s’occuper, en priorité, des blessés. Quand soudain, suite à l’explosion d’un réservoir de camion militaire (selon ce commandant), d’une voiture civile (selon le maire, M. Duverger) qui projeta de l’essence enflammée de tous côtés, le feu prit dans l’épicerie située à l’angle des rues Poterie et Saint-Pierre-la-Motte (auj. tracé de l’avenue de Verdun). Ce fut là le point de départ d’un important sinistre qui devait trouver facilement à s’alimenter dans les vieilles maisons du quartier, sans aucun doute le plus ancien de la ville, en se propageant surtout par les combles.

 

Appelé maintenant à combattre un second incendie, le Cdt Haugou ne disposait que d’une autopompe, une motopompe (qui tombera définitivement en panne dans l’après-midi), de quatre pompes à bras et d’une dizaine d’hommes en tout, le reste des sapeurs étant parti en exode. Mais devant l’ampleur du brasier qui prit de suite d’énormes proportions, hommes et matériels furent vite dépassés et quasi inefficaces.

 

Depuis la rue Poterie, ici dans sa partie comprise entre la rue Saint-Pierre-la-Motte jusqu’en limite du bras de la rivière du pont Rondin, maintenant en feu des deux côtés, des flammèches attisées et poussées par un vent du nord atteignirent bientôt la rue au Blé et à partir de 12h30, ce fut toute la rue, côté sud, qui allait s’embraser. Vers 16 h, le vaste pâté de maisons compris entre la dite rue au Blé et la Grande Rue, comprenant le tribunal et le grand Hôtel du Commerce, jusqu’à la rue Renarderie, était désormais la proie des flammes. Après 21h, la rue Saulnerie était atteinte, l’incendie d’une puissance inouïe passant par-delà la Grande Rue.

 

Rue Poterie, le feu s’avançant en direction de l’Hôtel de ville, s’arrêtait, côté ouest, à la rue Basse, épargnant miraculeusement la clinique sur le point d’être évacuée, car tout l’îlot compris entre cette dernière rue et les rues Frincambault, Saint-Pierre-la-Motte, était, lui, en flammes.

 

Vers minuit, l’Hôtel du Gouverneur était complètement embrasé ainsi que les maisons riveraines du marché aux Légumes, côté ouest et ce jusqu’au Loir. À 2h du matin (le dimanche 16), c’était autour de la porte Saint-Georges (l’Hôtel de Ville) de subir le même sort.

 

Le bilan immobilier fut, de ce fait, catastrophique : 215 maisons avaient été entièrement détruites, soit 11% de l’ensemble des constructions de la ville qui était alors touchée dans son cœur historique. Des fleurons d’architecture, comme le Tribunal et l’Hôtel du Gouverneur (tous deux non restaurés par la suite), des maisons des XVe et XVIe siècles, la plupart en pans de bois, disparurent à jamais. Seule, malgré les dommages subits, la porte Saint-Georges, après bien des concertations, renaîtra de ses cendres.

 

Si dans ce tragique bombardement, beaucoup montrèrent un dévouement exemplaire, une minorité (réfugiés et, hélas, Vendômois), profitant du désordre et de la détresse, se livrèrent, sans vergogne, au pillage des maisons et autres commerces, tout au long de cette funeste journée, le service d’ordre étant nettement, lui aussi, en sous-effectifs.

 

Dans les jours qui suivirent, le problème urgent restera l’évacuation des blessés et l’inhumation des cadavres dont, certains, après identification, furent ensevelis provisoirement dans les jardins de l’hôpital avant d’être transférés au cimetière, route de la Tuilerie.

 

Et le 18 juin suivant, vers 5 h du matin, les premiers Allemands pénétrèrent dans Vendôme…

 

 

 

Note (1) : Pour faire cesser toute fausse rumeur qui perdure encore de nos jours, ce sont bien des avions allemands et non italiens qui bombardèrent la ville. Les archives de la Luftwaffe de Munich et les recherches effectuées en Italie (M G. Marti) sont formelles sur ce point.

Recherches et étude personnelles : AD41, Société archéologique du Vendômois, Archives communales et Fonds anciens de la bibliothèque de Vendôme, presse locale, rapports Fisseau, Chevallier (fourni par M. Desoeuvres).

Orientation bibliographique :
René Lepallec, Les bombardements de Vendôme, juin 1940, Libraidisque, Vendôme, 1983.
Gilbert Rigollet, Le Vendômois sous l’occupation, chronique 1938-1945, P.U.F., Vendôme, 1984, plusieurs rééditions.
Jean-Jacques Loisel, Jean-Claude Pasquier, Des ténèbres à la lumière, le Vendômois de 1939 à 1945, Éditions Alan Sutton, Saint-Cyr-sur-Loire, 2002.
Jean-Jacques Loisel, Jean-Claude Pasquier, Un lycée dans la guerre, le lycée Ronsard de Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, Vendôme, 2004.

Iconographie : Vendôme en 1940 : plan du quartier incendié (inspiré du livre de G. Rigollet).

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