Arts et cultureExpositions

Un château né pour l’art

Poncé-sur-le-Loir 

Ce château renaissance conjugue art contemporain et patrimoine avec délicatesse. Trois artistes s’y posent pour l’été dans un «Dialogue minéral» qui fait équilibre avec les remarquables jardins classés.

Guy de Malherbe, peintre très prolixe, a acheté avec son épouse Marie-Hélène en 2010 le château de Poncé, sauvé en 1924 par Charles Latron, médecin de Vendôme. La filiation de ce dernier, déjà, avait été celle d’artistes et d’artisans d’art parmi lesquels Simone Flandrin, créatrice de vitraux, Marie-Liesse Bertre, peintre, et la dynastie des Robert : potiers, céramistes, modistes, verriers, plasticiens !

ponce expo3 novello 330Pour le couple De Malherbe, ce fut «une évidence que notre ligne directrice serait un dialogue entre le patrimoine du château et l’art contemporain.» Guy aime dire que le magnifique escalier de tuffeau aux plafonds sculptés en 1542, «c’était de l’art moderne pour l’époque !».

Un escalier qui tient la comparaison avec ceux de Blois et d’Azay-le-Rideau. Jadis, il donnait sur une loggia qui regardait les jardins vers l’est et vers le Loir. Rognée par le tracé de la route puis du chemin de fer, la partie sud de ces jardins a quasiment disparu au fil des siècles. Mais les célèbres charmilles classées autour de l’immense platane séculaire sont plus qu’une consolation. L’écrin du château se compose d’ailleurs de bien d’autres lieux verts, fleuris ou ombragés, tels un petit jardin à l’italienne de 1930 et les pelouses à la française que des sculptures abstraites géantes de Jean-Bernard Métais habitent depuis quelques années.

L’ami Daniel Humair

Bref, Poncé est un cadeau du XVIe siècle dont le décor s’offre aux artistes d’aujourd’hui. Par leurs galeries respectives à Paris (depuis 1988) et Bruxelles (depuis 2016), Marie-Hélène de La Forest Divonne et son fils Jean repèrent des talents variés qui prennent un plaisir visible à venir accrocher dans les communs du château. Une tradition ancrée en 2013, année où Daniel Humair, l’infatigable batteur de jazz et ami, avait lui-même «verni» ses toiles avec son trio.

En cet été de reprise, c’est un «dialogue» à trois qui se pose dans les sept salles plus ou moins grandes, à l’ombre des hauts platanes.

Valérie Novello, francilienne amoureuse de l’Italie de ses origines, s’inspire encore et toujours des Sacri Monti (chapelles bâties sur des Monts sacrés du nord) et des terres cuites grandeur nature qu’elle y découvrit à 10 ans. «Ma vie a basculé quand j’ai vu la beauté de ces couleurs et de ces formes à travers les moucharabieh de ces chapelles fermées  ; il y avait un mystère profond.» Collages de papiers rares et purs (Japon, Népal), plaques de cire sur gravures, tissages de plâtre, boîte en coquilles d’œuf : cette sculptrice et plasticienne expérimente de nombreuses matières et traduit ses «vérités passées» en abstraction, souvent en grand format.

Un «monde flottant»

Caribaï, (c’est son prénom !) la plus jeune des trois, est constituée de bouts du monde. Née à Tokyo, d’origine vénézuélienne pour partie, a vécu à Bruxelles. C’est là que l’a connue Jean de Malherbe qui l’a exposée en 2018. A Poncé, elle montre une partie de L’Empreinte du vent, œuvre de 33 mètres conçue à l’origine pour le Musée des arts asiatiques de Nice dont une salle en courbe rappelait celle du musée Marmottan (celui des Nymphéas de Monet). Seize des quarante-trois panneaux ont pu trouver place ici sous forme d’un impressionnant polyptyque. Fille d’un écrivain poète, Caribaï dit laisser «énormément de place à l’imaginaire dans l’évocation du réel».

Influencée par son lien avec le Japon, elle joue avec la légèreté et la fragilité des papiers éponymes. Ses Traversées (de lumière) dans des strates de verre plaquant des papiers découpés-déchirés laissent voir un «monde flottant» très poétique, en effet.

Guy de Malherbe, enfin, accroche quelques grands formats et petits tableaux montrant son intérêt pour les falaises normandes et «cette nature minérale qui se prête à une abstraction très libre.» Littéralement fasciné par celle de Varengeville (Côte d’Albâtre) où alternent strates de calcaire blanc et de silex, il en peignait, sur le motif, de nombreuses études avant de réaliser ses grands formats en atelier. «Ces formes vieilles de millions d’années m’inspirent depuis longtemps» dit-il. Aurait-il inventé le figurabstrait ?

La découverte de la trentaine d’œuvres de ce «Dialogue minéral» est bien agréable. Elle précède ou termine en beauté la visite du rez-de-chaussée et de l’escalier du château ainsi que de tous les extérieurs.

 

Château de Poncé, 10h-12h et 14h-18h jusqu’au 21 août du jeudi au dimanche puis réouverture les samedis et dimanches de la première quinzaine de septembre, entrée 6,50 €, enfants gratuits, réductions habituelles, https://chateaudeponce.com, tél. 06 72 80 67 35.

 

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