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Michel Delpech, un enfant du Loir-et-Cher

Michel Delpech, un enfant du Loir-et-Cher

Le chanteur est mort le 2 janvier, au moment même au nous bouclions notre numéro de début d’année. L’enfant de Dhuizon et de La Ferté Saint-Cyr laisse derrière lui une œuvre populaire qui ne manquait pas d’élégance.

«J’ai mon rhumatisme/Qui devient gênant/Ma pauvre Cécile/J’ai 73 ans.»

Michel Delpech n’aura pas eu le temps d’atteindre les 73 ans. On aurait bien aimé. Il s’est éteint samedi 2 janvier. À l’âge de 69 ans. Parce que «Quand j’étais chanteur», cette chanson populaire, pur jus, lui ressemble furieusement, elle pourrait bien être une métonymie de Michel Delpech. Avec ses succès, ses bolides, ses années Barclay. «J’avais des boots blanches/Un gros ceinturon/Une chemise ouverte/Sur un médaillon/C’était mon sourire/Mon atout majeur/Je m’éclatais comme une bête/Quand j’étais chanteur.»

Années fastes, prodigues. Michel Delpech a enchaîné les succès, dès 1964. «Chez Laurette», «Pour un flirt», «Le Chasseur», «Wight is Wight», «Que Marianne était jolie». Des titres flanqués de nostalgie (l’imparfait étant le mode le plus emprunté par le chanteur) et des paroles au demeurant simples, et qui, curieusement, touchaient juste, calées dans l’émotion. Prix et récompenses se sont accumulés. Salles combles. «Un soir à Saint-Georges/Je faisais la kermesse/Ma femme attendait/Planquée dans la Mercedes/Elle s’est fait j’ter dans l’Indre/Par tout mon fan-club/J’avais une vie d’dingue/Quand j’étais chanteur.»

Delpech a occupé les grandes scènes et le petit écran. Sous le temps du Général, de l’ère pompidolienne puis du giscardisme, épousant d’abord une France corsetée découvrant une modernité sociétale balbutiante, rebondissant aussi sur le mouvement de retour à la terre alors en vogue avec «Le Loir-et-Cher», empli d’ironie, d‘abord sur lui-même, mais surtout de bienveillance pour cette famille de province, coiffeurs, bûcherons et agriculteurs «qui passent tout l’automne à creuser des sillons». Un titre gravé à jamais dans les mémoires Loir-et-Chériennes.

De la maladie à la religion

Ce sont des moments bénis, aux coups permis. «Toutes mes histoires/S’arrangeaient sur l’heure/On m’pardonnait tous mes écarts/Quand j’étais chanteur.» Pattes d’éph et moustaches comprises. Mais, il sait que la réalité n’est pas là (« Les Aveux »). Tombe la dépression. La maladie mime une traversée du désert.

Delpech se reconstruit dans la religion, le bouddhisme pour tenter, le catholicisme pour se confirmer. Au fil des années, il remonte la pente. Le succès demeure, celui d’antan a fui. Fragile phalène sur les rives du Styx. «Pour moi, il y a longtemps qu’c’est fini/Je comprends plus grand-chose, aujourd’hui/Mais j’entends quand même des choses que j’aime/Et ça distrait ma vie.»

En 2011, le chanteur fait l’acteur. Sobre, aux côtés de Catherine Deneuve, dans les Bien-aimés, de Christophe Honoré, avant de jouer son propre rôle, largement romancé, dans un film de Grégory Magne et Stéphane Viard, l’Air de rien. Une fiction passée inaperçue, pourtant bien troussée, imaginée. Delpech ne crève pas l’écran, mais il joue juste, tout en retenue, une histoire de vieux chanteur endetté. Avec cette voix encore. Envoûtante. Cette voix justement. L’artiste est touché d’un cancer de la langue et de la gorge. «Je traînais moins la jambe/Quand j’étais chanteur.» Il faudra désormais s’habituer à parler de Michel Delpech à l’imparfait.

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Jean-Michel Véry

Jean-Michel Véry

Journaliste à Politis, à Europe 1, au Petit Vendomois, rédacteur "tourisme" à Néoplanète, pigiste au Figaro et à l'Optimun.


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