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Aïda : l’opéra culinaire du Levant

Aïda : l’opéra culinaire du Levant

Amal Bena a traversé les mers et les océans contre vents et marées, terrassé l’imprévisible et les préjugés.

Avec «Aïda», son concept de food truck, cette Israélo-Palestinienne livre depuis octobre sur le Vendômois sa partition culinaire levantine de haut vol.

Portrait d’une femme forte.

C’est une belle histoire de Noël. Tout commence à Nazareth, en Galilée, la terre natale d’Amal Bena. Sur un territoire, au nord d’Israël, paisiblement partagé par les communautés chrétienne et musulmane. Amal, dont le prénom signifie «espoir» en arabe, sera baptisée à Bethléem. Ça ne s’invente pas. Poussée aux études par des parents restaurateurs, la petite remplira brillamment sa mission. Bac scientifique, école d’ingénieur en génie civil, en 2001, elle déboule dans le milieu viril du bâtiment et s’attelle, entre autres, à la construction du Palais des Congrès d’Haïfa. Une ville côtière en bord de Méditerranée, où cohabitent en harmonie juifs, chrétiens et musulmans. Ingénieur à responsabilités, salaire, statut social… un pied de nez aux traditions culturelles ancrées dans certaines pratiques où la femme se doit d’apparaître en filigrane, idéalement aux côtés d’un mari et des enfants. Amal est chrétienne, elle se remémore le regard noir et les cris des passants, «c’est pas pour les filles !», quand ses parents lui avaient offert son premier vélo, à l’âge de 8 ans.

Du MacDo à la tour Eiffel

Pointe le doute. Un accident sur une construction sera l’élément déclencheur. Elle quitte alors son casque de chef de chantier pour une double orientation : éducation et hôtellerie. Chevillés au corps : les droits des femmes, l’égalité, l’autonomie, la scolarité, clés de voûte selon elle de toute émancipation. Militante au sein du milieu associatif féministe, elle écume les écoles pour faire sauter les carcans, les clichés, et se pose comme réceptionniste dans un hôtel de luxe à Haïfa.

Rencontre avec un cadre néerlandais de Microsoft-France. Le rêve européen lui tend les bras. Mariage à Amsterdam, villégiature sur la Côte d’Azur, soleil et opulence à Sofia-Antipolis. Mauvais choix, rapidement, le couple explose en plein vol : solitude, isolement, barrière de la langue, diplômes non reconnus, la belle histoire prend l’eau de toutes parts.

Fin 2002, la voilà seule en terre inconnue, sans revenus, loin de chez elle et de sa famille, confrontée à la culpabilité et au poids de l’échec. Pas pour longtemps. Agnès et Dominique Camin, des voisins bienveillants, devenus amis, se porteront caution pour son petit studio et l’amèneront vers l’équipe féminine de basket de Sofia-Antipolis, un sport qu’elle pratique depuis l’enfance. Des moments d’échange pour conjurer l’isolement avec des basketteuses de toutes nationalités : Belges, Suisses, Algériennes, Roumaines se partagent le ballon, deux entraînements par semaine et le match du dimanche. Vient le temps des petits boulots, de la survie, employée chez MacDo, ménages chez les particuliers ou dans les hôtels… le temps du courage en somme. Elle reprend la main et s’inscrit à la Faculté de lettres de Nice pour un apprentissage salvateur de la langue française, indispensable pour aspirer aux meilleurs postes dans les beaux hôtels de la Riviera. Amal parle déjà couramment l’anglais, l’arabe, l’hébreu, se débrouille en italien et en espagnol, ne manque que la langue de Molière. Coup gagnant, elle sera engagée au Mercure à Sofia, au service de la clientèle internationale.

L’appel du falafel

Fin 2004, cap au Nord. Tout refaire, s’éloigner de ce soleil du Sud de la France qui rayonne de souvenirs dont elle veut se défaire. Direction Paris, la Ville Lumière, sa culture, ses théâtres, sa communauté libanaise, idéal compromis culturel pour retrouver une famille de cœur et ses racines levantines. Sa bonne étoile la guide vers le Sofitel proche de la tour Eiffel, où son dynamisme, son multiculturalisme et son anglais font merveille à la réception. En 2006, elle y croisera Olivier, aujourd’hui son époux, qui dirige un grand hôtel parisien. Ensemble, à Paris, ils nourriront leur projet vendômois après un week-end chez des amis à Lavardin : lui garderait son poste à Paris, elle ferait partager sa cuisine du Levant aux Vendômois. Avec une envie d’espace, de verdure, de rythme assagi, pour eux et leurs deux enfants, Valentin-Amir (le petit prince, en arabe) et Nicolas-Noor (la lumière), des gamins bilingues bien évidemment.
Ultime coup du sort, un cancer au stade avancé viendra freiner le projet d’installation. Chimio à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (94), thérapies lourdes, qu’Amal balaiera au plus vite, avec force et panache. Importe peu, elle en a vu d’autres. L’affaire vendômoise se décidera enfin un soir de Noël 2015, pas de hasard. La date du départ est fixée à juillet 2016. La famille s’installe à Naveil à l’été et dès octobre “Aïda” est opérationnel. Accompagnée par le réseau associatif Initiative Loir-et-Cher pour un prêt d’honneur, et suivie par une banque agricole, Amal balade aujourd’hui son food truck flambant-neuf, noir et safran, sur les marchés de Vendôme, Blois, Naveil… pour un ballet de falafels, de mezzés et de baklawas faits maison.
Quant à sa Galilée natale, elle y retourne désormais plusieurs fois par an, avec ses Rois mages, enfants et mari, animée de la fierté de celle qui a terrassé les fantômes de l’exil.

Aïda : réceptions, séminaires, mariages, anniversaires… Le vendredi matin, sur le marché de Vendôme ; le samedi matin, à Blois (face à la préfecture) ; le vendredi après-midi, à Naveil ; les lundi, mardi et jeudi, à Tours, place Jean-Jaurès (face au Palais de justice), de 10 h à 18 h. Tél. : 06 25 34 85 96 / Facebook : Aïda-Gastronomie Levantine

Aïda

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Jean-Michel Véry

Jean-Michel Véry

Journaliste à Politis, à Europe 1, au Petit Vendomois, rédacteur "tourisme" à Néoplanète, pigiste au Figaro et à l'Optimun.


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