Histoires locales

2/8 – Jean Casimir-Perier 
en villégiature à La Chartre

Héritier d’une famille d’industriels, ce Parisien voué à la politique fut élu président malgré lui ! Deuxième plus jeune chef d’état après Napoléon III, il a depuis été battu par Emmanuel Macron. Il a séjourné au petit château de La Poterie.

Officiellement situé à Lhomme, le « château » de la Poterie compte une partie de ses terres sur le territoire de La Chartre-sur-le-Loir, la limite traversant son parc et longeant la demeure principale. Le côté est fut édifié à la fin des années 1870 un bâtiment de communs dont l’étage était habitable. Son pignon côté parc a des airs de petit chalet balnéaire avec ses frises de briques sur tuffeau et ses boiseries au-dessus.

« Dans la famille, aussi loin qu’on remonte, on l’a toujours appelé le pavillon de Casimir-Perier » raconte Aimery de Moucheron, l’un des descendants de la petite-fille de Napoléon Bonaparte Elise Walewska qui s’installa ici en 1872. Elle et son mari Félix de Bourqueney avaient eu vent de la prochaine arrivée du chemin de fer à La Chartre *, lequel permettrait de venir facilement de Paris. Une aubaine, sans doute aussi, pour inviter des amis influents à la campagne, dans cette charmante vallée du Loir encore si rustique à l’époque !

Le Tout-Paris dans l’abum-photos

Car on trouve, dans les tout premiers albums photographiques préservés à La Poterie, des portraits de célébrités du Tout-Paris, tels le prince Poniatowski, le baron de Wismes, le maréchal d’Ornano, etc. comme une galerie moderne. Il n’est donc pas surprenant que la mémoire familiale ait conservé ce souvenir imprécis d’un séjour du « Président Casimir-Perier » à la charnière des XIXe et XXe siècles, bien qu’aucune photo de lui n’ait été retrouvée ici.

Comment situer sa venue dans le temps, alors ? « Je le vois mal avoir eu le loisir et l’envie de venir pendant sa vie politique, encore moins pendant son mandat » poursuit Aimery… « Mais après janvier 1895, c’est le plus probable. »

Jean Casimir-Perier n’avait que 46 ans quand il fut élu président de la République, trois jours après l’assassinat de Sadi Carnot, le 27 juin 1894. Une suite logique dans le parcours de ce politicien né qui avait été sous-secrétaire d’Etat, député de l’Aube, Président du Conseil des ministres puis de la Chambre des députés. C’est comme Président du Conseil qu’il avait fait voter les fameuses «  lois scélérates » pour réprimer les actes anarchistes dans un contexte très contestataire.

Un très court mandat

Mais il ne voulait pas être président ! « Je ne suis pas l’homme de cette magistrature impossible. Je suis un homme de lutte. Je suis une force de la République, cette force s’évanouira à l’Elysée. » avait-il répondu aux sollicitations. On dit que c’est sa propre mère qui finit par le convaincre. « Avant six mois, la démission ou la dissolution » commentait alors un député de l’Orne.

Il ne se trompait pas et notre Casimir-Perier remit les clés du « Château » le 16 janvier 1895, quelques semaines après le début de l’affaire Dreyfus. Mieux  : il se retira de toute vie politique et retourna à la gestion de ses affaires juteuses, notamment l’exploitation de la mine de charbon d’Anzin dans le Nord, celle-là même dont la grande grève venait d’inspirer Zola pour son Germinal.

On peut penser, alors, qu’un séjour dans la vallée du Loir promettait du repos et de l’exotisme à ce grand bourgeois qui devait disparaître en 1907. A La Poterie, l’étage du « pavillon de Casimir-Perier » où le président dormit avec sa femme Hélène (une cousine !) abrite aujourd’hui l’atelier de l’excellente peintre Cynthia de Moucheron, épouse d’Aimery, conservatrice passionnée des archives de la famille.

J’aime à imaginer l’ancien président et sa compagne accoudés au petit balcon de bois – disparu – dont on distingue encore la trace, profitant de la douceur du soir face au parc.

* Inauguré en 1879
A suivre : Philippe Pétain à Montoire

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