Histoires locales

1/8 – Eugène Cavaignac en son château de Flée

Personnage riche et complexe, il est avant tout un grand militaire appelé «le général Cavaignac», nommé Chef du pouvoir exécutif de la République française après les journées de juin 1848 qu’il a matées. Il vit chez nous sa dernière année !

Ourne, petit château qui regarde le vallon du Dinan, affluent du Loir près de Marçon, est proche des confins du Vendômois. «A Beaumont-La Chartre nous sommes à deux lieues et demie» écrit à Cavaignac Gustave de Beaumont – l’ami de Tocqueville – qui l’encourage à s’installer dans son voisinage alors que le chemin de fer du Mans à Tours est en chantier.

Chose faite le 29 juin 1856, huit ans jour pour jour après les fameuses «journées» qui propulsèrent notre homme à l’avant-scène. Cavaignac avait alors maté la révolte populaire et ouvrière dans une répression sanglante (y compris pour l’armée), se voyant attribuer dans la foulée la double casquette de Chef du pouvoir exécutif et de Président du conseil des ministres. A la tête de la 1e République, il s’attacha à maintenir l’ordre et prévenir toute nouvelle rébellion avec les outils habituels.

Un républicain modéré

A Couture, Marie-Noël Givaudon, sa descendante sur cinq générations, connaît l’histoire par cœur, d’autant plus que son regretté mari Pierre a livré un imposant triptyque sur le sujet juste avant sa mort en 2010 *. « Il était militaire et n’avait pas eu le choix ! » rappelle-t-elle sous les portraits de famille séculaires.

Son arrière-arrière-grand-père, donc, est issu de la bourgeoisie révolutionnaire parisienne. Polytechnicien (une tradition familiale ensuite !), il s’affichera toute sa vie comme un républicain modéré, suffisamment pour qu’on l’appelle régulièrement aux responsabilités. Grand acteur de la colonisation en Algérie, il fut notamment Ministre de la Guerre avant d’accéder au plus haut. Le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851 le fit enfermer au fort de Ham (Somme) mais il sortit pour Noël.

Dans les bras de son jardinier

A 45 ans, Cavaignac se présenta à la première élection au suffrage universel du Président de la République. Il avait face à lui Ledru-Rollin, député de la Sarthe, Raspail, le poète Lamartine et… Le futur Napoléon III qui l’emporta avec plus de 5 millions de voix (70%). Retiré des affaires, il voyagea avec sa jeune et fragile épouse Louise avant de se poser en vallée du Loir.

C’est là que, brusquement, après une journée de chasse au fusil sur les terres de Gustave de Beaumont (Beaumont-sur-Dême), il s’écroule dans les bras de son jardinier le 28 octobre 1857. Depuis […] le commencement de l’été, le général ressentait, pendant la marche de la difficulté à respirer ; il s’apercevait des progrès de son mal» écrit Freslon, un ancien collègue ministre.

Il avait 55 ans tout juste et laissait une épouse de 20 ans. Leur fils unique, Godefroy, fut maire de Flée, deux fois ministre et premier président du Conseil général de la Sarthe. Un cousin de Marie-Noël, descendant direct, habite toujours le château !

* Chronique des Cavaignac / Editions du Cherche-Lune
A suivre : Jean Casimir-Perier à La Chartre-sur-le-Loir

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