L’intrusion qui interroge

Les cyberattaques se multiplient, en particulier vis-à-vis de l’État. Fin 2025, c’était le portail Cheops, la boîte à outils des policiers et gendarmes, que les hackeurs ont piraté après avoir compromis les identifiants d’un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture et récupéré sur son espace de stockage personnel un certificat permettant d’accéder au réseau de son administration. Les pirates ont ainsi eu accès au fichier des personnes recherchées, ces individus qui font l’objet d’un mandat d’arrêt ou de recherche émanant de la justice, ainsi que ceux placés sous une surveillance discrète car représentant une menace potentielle, les fameuses fiches S. Une attaque sur des données sensibles qui pourrait se révéler grave si celles-ci tombaient entre de mauvaises mains.
Et patatras, voilà que la Direction générale des finances publiques (DGFiP) a elle aussi été victime d’intrusions dans son système informatique, revendiquées les 12 et 13 août : les données de 678 000 particuliers et professionnels ont été consultées et extraites. Plus question de suspects, mais de citoyens comme vous et moi, avec dorénavant leurs données aux mains de criminels. L’ironie du sort, c’est que l’administration n’a découvert l’ampleur du vol qu’après sa revendication par les pirates eux-mêmes. Quand on sait que la DGFiP dispose de 5 000 agents dans ses services numériques, on peut légitimement s’interroger sur la fiabilité de systèmes appelés à concentrer toujours davantage de données.
Depuis le 1er septembre, toutes les entreprises concernées doivent être en mesure de recevoir leurs factures sous forme électronique. Les grandes entreprises et les ETI doivent également les émettre sous ce format ; cette obligation s’appliquera aux PME et microentreprises à compter du 1er septembre 2027.
Finie, à terme, la facture papier ou simplement dématérialisée via votre logiciel de comptabilité. Jusqu’à présent, celle-ci était transmise par courrier ou, plus récemment, par mail, tandis que l’entreprise déclarait à l’administration fiscale les éléments nécessaires au calcul de l’impôt et de la TVA. Les données détaillées des transactions – coordonnées des clients, détail des prestations, montants… – restaient essentiellement conservées par l’entreprise.
Avec la réforme, chaque société devra recourir à une plateforme agréée. Mais dans la mise en œuvre du dispositif, l’État a finalement renoncé à proposer lui-même une plateforme publique gratuite d’émission et de réception des factures. Le portail public sera essentiellement chargé de gérer l’annuaire et de concentrer les données destinées à l’administration fiscale.
Les plateformes agréées collecteront en effet les informations nécessaires et certaines données extraites des factures seront transmises au fisc : identification des entreprises, montants, prestations, taux de TVA, Siret des clients professionnels, données relatives aux paiements…
Autant d’éléments qui, demain, en plus de l’intrusion de l’État dans les entreprises privées, renforceront considérablement la centralisation et la transmission systématique à l’administration de données détaillées sur leur activité. Et toutes ces informations récoltées pourront, elles aussi, devenir la cible des hackeurs…
Un État pourtant prudent lorsqu’il s’agit de ses propres données sensibles puisqu’il exclut de la facturation électronique les opérations relevant du « secret-défense », quand toutes les autres entreprises, de la microentreprise à la grande société, devront se plier à ce passage obligatoire vers un numérique finalement si peu sûr…
Alexandre FLEURY



