Éditos

Scientifique oubliée

IIl y a 250 ans naissait, en avril 1776, Sophie Germain. Inconnue par beaucoup, moi y compris, cette mathématicienne, dans ce monde scientifique exclusivement masculin du XIXe siècle, dont on fête l’anniversaire de sa naissance en avril, m’a interpellé avec les articles paraissant ça et là dans de nombreuses revues. Même si les femmes aujourd’hui sont encouragées à suivre la voie des mathématiques dès le lycée, peu s’y engagent comme l’indique le chiffre éloquent de moins de 25% des postes en France sont occupés par des maîtresses de conférences et des professeures des universités en mathématique.

Sophie Germain est totalement autodidacte. Cloîtrée chez elle lors des évènements de la Révolution Française, elle se plonge, grâce à la bibliothèque de son père, commerçant aisé et élu du Tiers état, dans la lecture scientifique de l’époque et particulièrement de l’Histoire des mathématiques de Jean-Etienne Montucla. Elle se passionne pour cette matière et se forme au gré de ses différentes lectures. Ses parents tentent de l’en empêcher mais renoncent finalement devant sa persévérance.

Organisé par l’État, l’enseignement à l’époque n’est ouvert qu’aux garçons. En 1794, l’École Polytechnique est créée pour former les ingénieurs de demain et, comme l’on s’en doute, n’est réservée qu’aux hommes. Sophie Germain, sous un nom d’emprunt, Antoine Auguste Leblanc, réussit à se procurer les cours. Comme l’enseignement se tient à distance, les élèves correspondent avec leurs professeurs par courrier. Joseph-Louis Lagrange, professeur de mathématiques, constate qu’un de ses élèves, M. Leblanc, résout parfaitement les problèmes et demande à le rencontrer. Non offusqué par la ruse mise en place par Sophie Germain, il l’encourage même à continuer et poursuivre ses efforts.

Travaillant sur les nombres entiers et se confrontant au théorème de Fermat datant du XVIIe siècle, elle démontre certains aspect du théorème et un héritage de ses travaux se trouve dans « Les nombres premiers de Sophie germain », vérifiant un cas particulier du grand théorème. Longtemps son travail est resté méconnu, n’ayant publié aucun article d’arithmétique de son vivant. Devenue un symbole, c’est l’isolement pourtant qui a marqué sa carrière car elle n’est invitée à aucune discussion avec les mathématiciens de son époque.

Sophie Germain aura cependant en 1816 le prix de l’Académie des Sciences (première femme à remporter ce prix) pour son travail sur la théorie de l’élasticité des surfaces. En effet, afin d’expliquer comment les vibrations des surfaces minces et élastiques, comme les plaques métalliques vibrent sous l’effet d’une force externe, elle pose ainsi les bases de la théorie moderne de l’élasticité, influençant les recherches ultérieures sur la résistance des matériaux. Elle ne peut se rendre à l’Académie pour recevoir ce prix, l’entrée étant interdite aux femmes ! Et par un pur hasard, ses travaux influenceront bien plus tard notamment la construction de la Tour Eiffel achevée en 1889 où son nom en 2027 rejoindra ceux des femmes scientifiques gravés au premier étage de la Tour. Un juste retour des choses !

Alexandre Fleury

Il est partout ! Assemblées générales, événements sportifs et culturels, reportages, interviews, portraits… à lui seul, il rédige la moitié des articles du journal. C’est la figure tutélaire de la rédaction et il répond toujours avec le sourire aux très nombreuses sollicitations. Une valeur sûre, qui écume le Vendômois par monts et par vaux et connaît le territoire par cœur.

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