Ces grandes plumes trempées dans le Loir
Si vous aimez votre rivière, sachez que Proust, Zola, Balzac et bien d'autres l’ont connue avant vous jusqu’aux écrivains d’aujourd’hui. Cet été, prenez le frais au bord du Loir en leur compagnie !

J’ai rêvé l’autre nuit que je me couchais « à plat sur le dos » » au fond d’une barque de pêcheur sur la Vivonne comme Proust le désire dans Swann, « la laissant flotter à la dérive » au long du Loir qui est cette même rivière.
Se frayant un chemin d’eau parmi les nymphéas, je descendais ainsi le temps de mon sommeil, saluant les écrivains et les poètes sur ses rives.
Zola, d’abord, avait traversé « l’étroit jardin » du notaire de Cloyes « qui descendait jusqu’au Loir » comme décrit dans La Terre. Il me regarda derrière ses petits lorgnons, son carnet de notes à la main. « Charmant pays, pas vrai ? Je viens de l’écrire à mon ami Henry Céard… je parle des bords du Loir ! » Je passai ainsi « un moulin à tan au tic-tac sonore, et un grand moulin à blé » juste avant le pont, là où « le Loir se déroulait avec ses courbes molles, coulant au ras des prairies… »
Balzac à Rochambeau

A Villiers, Irène Frain me parla aussi, « au bas du coteau », du « long et mystérieux serpent du Loir » avant que René Guy Cadou ne me chante ses Compagnons de la première heure à l’auberge du Gué-du-Loir ». Lui n’était pas seul : les futurs fondateurs de l’Ecole de Rochefort buvaient « du Ronsard, le favori du poète » selon Jean Rousselot qui titubait déjà. Je reconnus Lucien Becker et Michel Manoll en les saluant de ma barque… « Bonjour au Gué du Loir / Les amis sont passés. »
Maubert à l’Isle verte
Dans tout le Vendômois, la rivière et ses abords bruissaient des vers de Ronsard, chantant ses longs tertres et leurs ceps, l’Isle verte, ses antres secrets, sa forêt de Gâtines, ses fontaines, ses vergers et jardins. Franck Maubert – écrivain d’aujourd’hui – avait justement choisi de vivre face à l’Isle verte, rendant hommage au paysage comme au poète. « La rivière, dans sa grande largeur, s’abandonne en lenteur, calme en apparence […] et, par endroits, se livre à ses caprices, bute sur des roches ou éparpille ses tresses en îlots pour reprendre une nouvelle allure… »
A La Chartre, je saluai Jeanne Bourin descendue au lavoir, « lieu un peu magique » à deux pas de sa « chère Garenne… Jardin adoré » des vacances de son enfance. L’auteur de La Chambre des dames avait descendu le Loir comme moi depuis Fréteval, village d’inspiration de son roman Le Grand feu où son héroïne sentait comme nous « l’odeur de la rivière, de ses plantes aquatiques, des feuillages trempant dans son eau verte…»
Ronsard noyé ?
Entre Château-du-Loir et Aubigné, enfin, je cherchai ce coin où Racan, voulant rejoindre sa belle dans le Maine, n’avait pu franchir le « fleuve du Loir débordé », préférant pourtant s’y noyer plutôt que dans ses pleurs… Il était en cela un égal de Ronsard que le « méchant Loir […] renversant mon bateau » avait voulu noyer.
Les ondes et les remous me remuèrent jusqu’à l’âme. J’aperçus quelque cygne : il portait tant de plumes, si blanches et si belles, que je ne doutai pas qu’elles fussent à tous ces noms qui ont servi mon Loir. Le cygne s’envola, je m’éveillai enfin.



