On ne nait pas relieuse, on n’achète pas non plus sa charge !

«Être relieur, c’est aussi un vocabulaire, chaque geste a un terme précis.»
Peut-on en vivre ? Incroyable le nombre de personnes qui lui posent cette question. Cela intrigue. Il est certain que l’on classe cet artisanat parmi les métiers d’autrefois. Et puis, comme on ne cesse de faire passer le message annonçant la fin des livres et des bibliothèques… Alors vive la tablette ! Certes, mais le livre a et aura toujours des adeptes. On peut se poser alors une autre question. Ce métier est-il passé d’un monde artisanal à un monde culturel ? Certainement. En 1996, on comptait 1 500 adhérents au syndicat des relieurs. A ce jour, il sont 300 ! Ce n’est pas avec un C.A.P. en poche (formation 6 mois à un an) que l’on peut avoir la connaissance, la pratique, la culture requise, pratiquer des expertises et… et… vivre de son art.
Donc, Sandrine poursuit sa quête. Chaque jour apprendre et chaque jour se dire «Quelle chance de pouvoir, maintenant au bout de 10 années d’apprentissage, pouvoir vivre de sa passion !»
Elle exerce dans une ravissante petite maison face à la collégiale de Trôo. Protégée par les saints. La campagne : elle l’aime et l’a toujours aimée. Pas toujours simple de se faire connaître en milieu rural, mais parfois le choix de vie mène la danse. Sandrine sait lier le travail et la vie privée entre cuisine et atelier, ordinateur et bibliothèque… Tout s’explique. «Je peux exercer ici parce que j’ai internet !». Mais seulement 5 à 7 % des informations dont j’ai besoin sont mises en ligne. Alors je dois trouver des livres…» Une grande partie de sa clientèle est sur le net. Mais «On ne peut faire un devis sans toucher l’ouvrage.»

Sandrine vit et poursuit sa route avec modernisme…, n’est-ce pas là le plus dans sa vie : associer le passé au présent.
Sacré beau métier que celui de relieur.
Dernière question: Que représente le livre pour vous ?
«C’est un univers, l’imagination, des moments de bonheur, de poésie, un voyage».
Alors Sandrine, si vous deviez partir sur une île déserte, quel livre emporteriez-vous dans votre sac ? «Construire un feu Jack London, tout Borges et Confitéor de Jaume Cadre.»
Atelier de Reliure d’Art, Sandrine Salières-Legoff,
8 rue du Château, 41800 Trôo, tél: 02 54 85 22 08
Reportage Catherine Taralon
Photos Marc Broussard