Autonome énergiquement ?

Serions-nous au début d’un scénario positif d’indépendance énergétique décarbonnée ? Nous avions déjà en France notre production nucléaire, qui représente 75 % de la consommation électrique, mais seulement 17 % de la consommation finale d’énergie. Certes, le nucléaire ne produit pas de gaz carbonique, au contraire du pétrole ou du gaz, mais les déchets radioactifs constituent bel et bien un risque.
Plusieurs recherches en France portent sur l’hydrogène naturel (ou blanc) depuis le début des années 2020. On connaît l’hydrogène gris ou noir, qui n’est pas du tout décarbonné, issu soit du méthane, soit des hydrocarbures liquides, soit du charbon. Quant à l’hydrogène vert, il nécessite lui-même beaucoup d’énergie verte et d’eau pour réaliser l’électrolyse.
Surnommée «blanc» car naturelle, cette ressource énergétique est déjà exploitée au Mali pour produire l’électricité de Bourakébougou. La réaction qui génère ce gaz dans le sous-sol résulte d’une interaction entre l’eau et la roche, un processus d’oxydation de roches ferreuses au contact de l’eau liquide entraînant la libération d’hydrogène, qui remonte ensuite à la surface comme des bulles de champagne au goulot d’une bouteille. L’enjeu est désormais de capter cette ressource.
Les recherches s’intensifient à Folschviller, en Moselle, après la découverte d’hydrogène dans le sous-sol. Ce gaz, une fois exploité, pourrait offrir une source d’énergie bas carbone, utilisable dans l’industrie, très consommatrice d’énergie, dans la mobilité ou encore dans le stockage de l’énergie, comme le solaire. Pour la petite histoire, cette découverte, qui pourrait s’avérer être un immense gisement de plusieurs millions de tonnes, a été faite par hasard en 2022 par des chercheurs qui étudiaient le gaz de couche afin d’identifier des gisements de méthane.
Aujourd’hui, une plateforme de 41 mètres de haut, installée en plein champ à la sortie du village, juste derrière les terrains de football de la commune, forme une impressionnante structure de forage à en croire les images télévisées. Les équipes sont descendues à 1 300 mètres et, avec un nouveau programme lancé en janvier de cette année, il est prévu d’aller bien plus bas afin de se rapprocher de la source. Objectif : comprendre les mécanismes de formation de ce gaz, ce qui aiderait les chercheurs à mieux appréhender le phénomène chimique. Plus on descend en profondeur, plus l’hydrogène devrait être pur, donc exploitable directement, et, comme une belle surprise, capable de se régénérer naturellement.
Il existerait en France plusieurs gisements potentiels, notamment dans les Pyrénées, en Aquitaine ou en Auvergne. L’hydrogène blanc, ou natif, n’en est toutefois qu’à ses débuts. Nous pourrions presque nous enorgueillir d’une certaine avance dans les recherches. Cependant, le temps moyen pour obtenir un permis est de 18 mois, contre seulement quelques semaines aux États-Unis ou quelques mois en Allemagne. Et une fois le gisement identifié, près de trois ans sont nécessaires pour obtenir une concession. La lourdeur administrative demeure, une fois encore, un frein à toute initiative en France et en Europe, d’autant que l’hydrogène blanc n’est même pas encore mentionné dans les textes.
