Éditos

«Jeux des dopés»

Beaucoup l’imaginaient comme un scénario de science-fiction, mais en mai prochain, cela deviendra une réalité. Les jeux sportifs Enhanced Games, à Las Vegas, autoriseront et encourageront les produits dopants, avec un cadre médical censé les encadrer lors de cette compétition. Le dopage existe depuis l’Antiquité, mais cette annonce, qui secoue l’univers du sport depuis quelque temps, met les fédérations mondiales et les agences antidopage vent debout contre ces jeux privés, qui mêleront questions éthiques, records et progrès pharmaceutiques.

Soutenu par Donald Trump Junior, fils du président américain, et le milliardaire Peter Thiel, cofondateur de PayPal, l’inventeur de ces nouveaux «jeux améliorés», Aron D’Souza, entrepreneur australien, déclarait qu’il désirait redéfinir les limites de l’être humain en faisant converger la science et le sport. Une occasion également, comme le précisait Mouhamadou Fall, athlète français qui y participera, d’en savoir plus sur ses limites en remettant en cause tout ce que nous savons de la performance sportive.

Outre ce «dépassement de soi», il est question de gros sous dans cette compétition annuelle, et non quadriennale comme les JO : un pari économique, en somme, avec demain des droits télévisés rapportant beaucoup d’argent et d’hypothétiques avancées scientifiques et médicales grâce au dopage. Une prime de 250 000 dollars est également prévue pour chaque vainqueur, et bien plus pour ceux qui battront les records du monde, non homologués évidemment. Seuls des sports individuels seront au programme, avec une centaine d’athlètes qui pourront utiliser la plupart des produits bannis par l’Agence mondiale antidopage : sprint en athlétisme et en natation, ainsi que l’haltérophilie.

Ce que souligne cette compétition, c’est que le dopage n’est plus révélateur de simples tricheurs ou d’États peu scrupuleux, souvent autoritaires, mais devient un business, un dopage capitalistique, avec des dangers pour les athlètes s’y adonnant. En effet, même si les organisateurs précisent que les substances approuvées seront celles qui peuvent être prescrites légalement par des médecins, comme l’EPO, la testostérone ou les stéroïdes anabolisants, seuls des contrôles de santé seront menés par une commission médicale et scientifique indépendante, qui validera la préparation de chaque athlète et assurera son suivi. Et évidemment, il n’y aura aucun contrôle antidopage pendant la compétition, on s’en doutait.

Quel est notre rapport aux risques que l’on tolère pour les athlètes, et quelle place ont-ils dans le spectacle sportif ? N’est-elle pas déjà bien présente dans les performances actuelles, où les corps sont poussés à l’extrême, subissant des chocs répétés à la tête, que ce soit au rugby, à la boxe ou dans les sports mécaniques ? L’objectif des sportifs est bien de se surpasser, et si le recours au dopage a diminué ces dernières années grâce aux contrôles et aux méthodes de détection, l’utilisation de ces substances n’a pas pour autant cessé, mais a changé de visage. Pour échapper aux contrôles, les sportifs prennent désormais des microdoses, et le risque de se faire prendre est plus faible. Ne soyons pas hypocrites, on se dope toujours dans les «milieux autorisés», mais moins, en somme.

Le Petit Vendômois

Mensuel gratuit depuis 32 ans, tiré à 28 000 exemplaires, le Petit Vendômois se veut proche de ses lecteurs, familier et convivial, sérieux sans se prendre au sérieux, ambitieux sans prétention…à l’image du Vendômois. Dans ses colonnes, on y trouve le Vendômois de toujours: celui d’hier, celui d’aujourd’hui, celui de demain (agenda, spectacles, concerts, expositions, fêtes et manifestations diverses, informations, échos, histoires et curiosités).

Articles similaires

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page