Quand une voiture de Montoire prit le départ du Tour de France
En mars 1912, Le journal l’Auto lança le Tour de France automobile. Cette course de 5 000 kilomètres reliait les grandes villes françaises en quinze étapes. Soixante-trois véhicules prirent le départ, dont une étonnante voiturette, l'« Obus », construite par Albert Souriau à Montoire.

Dès 1907, Albert Souriau présente une voiturette à l’exposition des « Petits Inventeurs » organisée à Paris. C’est un véhicule léger, d’environ 250 Kg, où passager et chauffeur s’assoient côte à côte.
L’Obus attire l’attention grâce à son architecture : trois roues seulement, dont une unique roue avant à la fois directrice et motrice.
Au début du XXe siècle, presque tous les constructeurs français privilégient une autre architecture : deux roues directrices à l’avant et une roue motrice à l’arrière.
C’est le choix de Léon Bollée du Mans, dès 1896 avec sa « voiturette ». Dans la voiturette de Léon Bollée, le passager était installé tout à l’avant, s’exposant ainsi directement aux dangers de la route, tandis que le conducteur prenait place derrière lui. Cette disposition lui value le surnom de « tue belle-mère ».
Malgré l’originalité de l’architecture de l’Obus, une autre voiturette allemande adoptait le même parti-pris mécanique sur le Tour de France automobile : la Phänomobil
Les deux véhicules eurent des destins industriels très différents.
La production de la voiturette de Montoire est restée artisanale et s’arrêta en 1914. L’Allemande s’est écoulée à des milliers d’exemplaires jusqu’en 1927, soutenue par le réseau et la capacité de production en série des usines Phänomen, déjà fabricants de cycles et motos.
Ni l’Obus, ni la Phänomobile ne terminèrent le Tour de France Automobile de 1912.
Bien que l’après-guerre favorisât les voitures légères, l’inventeur de Montoire ne relança pas son Obus. Albert Souriau poursuivi ses recherches mécaniques notamment en déposant des brevets de carburateur.
L’Obus et la Phänomobil avaient le même concept, au même moment, mais eurent des destins différents.
Ainsi, une bonne idée ne suffit pas. Un environnement porteur est nécessaire pour transformer une innovation en succès industriel.
Serge Boué





