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Renaissance de l’abbaye St Georges du Bois

Renaissance de l’abbaye St Georges du Bois
Depuis fort longtemps Monsieur et Madame Hyacinthe, sans héritiers directs, avaient manifesté, de leur vivant, le désir de léguer leur château de St Georges – ex abbaye du même nom - à un ordre monastique.
L’abbaye-château fut finalement offerte à l’évêché de Blois qui eut l’heureuse idée de demander à l’Ordre des Bénédictins, dépendant de Flavigny et venant de Nogent-le-Rotrou, d’occuper les lieux.

 

C’est ainsi que le village de Saint-Martin-des-Bois vit passer dans ses rues les silhouettes vêtues de noir d’un ou deux moines venus en éclaireurs. Ils entreprirent derechef la restauration d’une partie des communs dès Juillet 2001.

 

Ils sont maintenant huit moines, dont le prieur de cette petite communauté Frère Dominique.
Leur vie est partagée entre l’étude et le travail, mais elle est surtout rythmée par cette prière murmurée, parlée mais aussi chantée en grégorien. Qu’on en juge :
L’horaire des offices auxquels sont invités à assister les fidèles s’établit ainsi : 5h15 vigiles ; 7h30 laudes ; 11h (ou 10h30 le dimanche) messe chantée et tierce ; 12h40 sexte ; 13h30 nonne ; 17h vêpres ; 20h30 complies.

 

Quant au travail, outre les tâches ménagères quotidiennes : cuisine, ménage, entretien, comptabilité, etc… il comprend, entre autres, l’exploitation d’un atelier de composition assisté par ordinateur pour l’édition de revues et de livres. La récente création de l’Atelier Monastique de Saint Georges confirme aussi la volonté des religieux de poursuivre la tradition de fabrication et de négoce de tous articles religieux ou liés aux pratiques des bénédictins.

 

Parmi les projets, celui qui, peut-être, tient le plus à coeur de cette nouvelle communauté est la réhabilitation de l’église de l’abbaye.
Et c’est au son de la cloche monastique que, voisin de ces Bénédictins, j’écris cet article qui je l’espère, sera inspiré de leur sagesse.

 

Les lignes qui suivent (parues en partie dans la revue “Le Bas-Vendômois”) sont le fruit d’une recherche que nous nous efforçons, quelques amis et moi, de compléter au fil du temps. Oserai-je dire qu’il s’agit d’un vrai travail… de bénédictin !

 

 

La plus ancienne abbaye du Vendômois

 

La plus ancienne du Vendômois est certainement Saint-Georges-du-Bois.
Si l’on se réfère aux “Actes des évêques du Mans”, on constate qu’elle fut fondée au VIe siècle, probablement entre 533 et 558.
A cette époque, on le sait, la vie monastique connaissait une grande extension dans notre région. Saint Inocent, évêque du Mans, incita le roi Childebert 1er (495-558), fils de Clovis et de sainte Clotilde, et son épouse, la reine Ultrogothe, à fonder un monastère dans un coin perdu de la forêt de Gastines.

 

Ils encouragèrent les quelques moines qui se trouvaient dans la région à commencer le défrichement. Il est probable que la petite clairière ainsi ménagée ne vit s’élever, à l’origine, qu’un modeste prieuré de bois. Et il semble bien que ce prieuré ait été tout d’abord dédié à Saint Pierre.
Il est même possible que l’abbaye ait été édifiée peu après pour abriter plus confortablement les religieux défrichant la forêt.

 

Cependant il faut remarquer que l’église Saint-Pierre ne fut, à l’origine, en fait, qu’une simple chapelle collatérale dans l’abbaye Saint-Georges, tout en servant d’église paroissiale. Au VIe siècle, la voûte s’effondra et l’on transporta cette église dans une grange de l’abbaye toute proche, au lieu-dit “la Burandière”. Mais les fonds baptismaux demeurèrent à Saint-Georges.

 

Au VIIe siècle, l’abbaye de Saint-Georges tomba entre des mains laïques (charge de Charlemagne du 26 avril 802). L’évêque du Mans, Aiglebert fit restituer l’abbaye et établit une soixantaine de moines bénédictions dans les lieux. Il ajouta un hospice pour recevoir les pèlerins, les pauvres et les voyageurs. L’un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle passera, un peu plus tard, par l’abbaye et l’on peut voir, le long du parc et des bois du château une sorte de petite ravine(1) qui passe, avec raison, pour un reste du chemin de la bretelle de cette “Via Turonensis”(2).

 

Mais déjà, les moines de Saint-Georges ne suivaient plus guère, la célèbre règle de Saint-Benoît.
On leur doit, cependant, le défrichement de la forêt de Gastines et la mise en culture du sol ainsi durement conquis.

 

En 927, les Normands remontent le Loir à la recherche de riches monastères et s’attaquent à l’abbaye Saint-Georges qui est détruite de fond en comble. Seules quelques pierres de la chapelle subsistent encore de nos jours.
Les moines de Saint-Benoît furent contraints de s’enfuir. Ils ne devaient plus jamais revenir à Saint-Georges.

 

Geoffroy Martel,comte de Vendôme et fils de Foulques Nerra, comte d’Anjou, releva les bâtiments vers 1045. Il donna le monastère aux chanoines réguliers de Saint Augustin et leur confirma la possession des églises et prieurés de Saint-Pierre-du-Bois, Saint-Martin-du-Bois(3), Saint-Genest de Lavardin (prieuré devenu église paroissiale), Saint-Jacques-des-Guérets, Saint-Arnoult, Villiersfaux, Montreuil-le-Henri (dans le Maine), Saint-Rimay(4), Lisle, Saint-Firmin(5) etc…

 

Vers 1070, une partie des chanoines du château de Vendôme vint se réfugier au monastère de Saint-Georges-du-Bois. Ces nouveaux hôtes de l’abbaye apportèrent avec eux des prieurés desservis jusque là par Vendôme : par exemple l’église Saint-Lubin, la chapelle Saint-Pierre-la-Motte à Vendôme(6).

 

Les chanoines de Saint-Augustin suivaient une règle austère qui finit par se relâcher. Hildebert de Lavardin, évêque du Mans et célèbre écrivain, dont les textes étaient lus dans les écoles du royaume, rétablit l’ordre et fit réparer les bâtiments.

 

Bouchard IV de Lavardin, comte de Vendôme (1180-1202), céda aux chanoines une prébende qui lui appartenait dans la collégiale Saint-Genest-de-Lavardin. En 1370, Bouchard VII comte de Vendôme (1365-1371), donna aux chanoines de Saint-Georges “une place en son bourg de Lavardin afin qu’ils puissent y bâtir une maison et s’y retirer en cas de danger”. Est-ce la maison Perrault, rue de la Barrière ?

 

En 1463,les religieux firent aveu au comte de Vendôme, seigneur de Montoire, pour le temporel de leur abbaye, lequel se composait alors de : la métairie de Villavart, des terres et prés près Villebazin, la métairie de la chanoinerie à Saint-Martin-des-Bois, celle de l’Angélière à Saint-Jacques-des-Guérets, diverses autres métairies, un moulin sur le Marderon, un autre à Huchepoche, des prés à Saint-Etienne-du-Bois (bas bourg de l’actuel Saint-Martin-des-Bois).

 

Un seul moine en 1720

En 1510, il y avait encore onze religieux au monastère. Et nous apprenons qu’en 1577 le prieur commendataire, Geoffroy Charlet, se plaint de “la pauvreté de l’abbaye qui souffre des déprédations des gens de guerre”. La lente décadence du monastère se poursuit ; Saint-Georges ne vit plus que par son passé. Un seul moine habite dans ces grands bâtiments en 1720. L’abbaye, six ans plus tard, est donnée à l’ordre des Prémontrés qui possédaient l’abbaye de l’Etoile à Authon.

 

Cependant, en 1780, quatre religieux résident à Saint Georges. A la Révolution, il n’en reste que deux.

 

Devenue bien national, l’abbaye est mise en vente avec la grange dimeresse, le 27 juin 1791. Un notaire achète le tout pour le compte d’un mystérieux client : le marquis Jean-Sébastien de Querhoent, capitaine de vaisseau. Cependant l’église, ayant été exclue de la première vente, est vendue à son tour en 1804.

 

Le marquis de Querhoent fait abattre deux travées ruinées de la chapelle et supprime une partie des bâtiments abbatiaux, soit trois des quatre côtés du cloître. Il conserve la salle capitulaire et diverses pièces attenantes, auxquelles il donne une allure de château. Il meurt en 1821.

 

Son fils, Emile-Auguste, reçoit en héritage le “château”, ainsi que les ruines du château de Lavardin.

Ses trois filles vendent Saint-Georges en 1838 à Jean-Baptiste Vaslin. Puis le château est successivement vendu à diverses familles dont les Rivet (1864), les Le Vassoir d’Yerville (1898), de Maupas.

 

En 1924, le château appartient à Alfred Spoerry qui fait inscrire le bâtiment (salle capitulaire) à l’inventaire supplémentaire, ainsi que la chapelle abbatiale.
En 1960, ses héritiers Marie-Antoinette, Pierre et Philippe vendent le domaine à la famille Charpentier-Hyacinthe. Madame Hyacinthe, après le décès de son mari fut seule propriétaire du château de Saint-Georges et s’efforça de maintenir et restaurer l’ancienne abbaye jusqu’à sa mort récente.
Puis vinrent les moines…

 

Jean Bernadac

 

(1) Route de Monthodon.

(2) Voie de Tours, en fait chemin de Paris, n° 1 des “chemins de Compostelle”.

(3) Devenu par la suite Saint-Martin-des-Bois.

(4) Saint-Rimay à l’époque prieuré-monastère de Gondrée fondé par Richimer vers 700 environ.

(5) Le Corvaisier, cité par l’abbé Simon.

(6) Saint-Pierre-la-Motte, restaurée en 1970, par l’association “Résurgence” était un prieuré dépendant donc de Saint-Georges-du-Bois. Il servait d’hospice aux religieux lorsque ceux-ci venaient à Vendôme.

Sources : Le Corvaisier, l’Abbé Simon, Jean Chavigny, Actes des Evêques du Mans, Dictionnaire de Saint-Venant (dictionnaire historique du Vendômois), Bulletin de l’association “Résurgence”, famille Hyacinthe, M. Hallopeau : “L’abbaye de Saint-Georges-du-Bois”, Docteur Lesueur “Les églises du Loir-et-Cher”.

 

Article paru dans le Petit Vendômois de janvier 2002

 

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