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Quand la duchesse d’Angoulême s’arrêta à Vendôme

Quand la duchesse d’Angoulême s’arrêta à Vendôme
Jeudi 12 juillet dernier, l’émission télévisée « Secrets d’histoire » était entièrement consacrée à la duchesse d’Angoulême. Mais sans doute bien peu de téléspectateurs vendômois ont dû faire le rapprochement entre cette illustre personne et Vendôme. Et pour cause, point de détail de notre histoire locale, le télé-magazine n’en fit, bien sûr, aucune allusion. Pourtant, en 1815, après un premier passage officiel et bien préparé (en mars)… Mais annulé au dernier moment pour causes politiques, une seconde halte, cinq mois plus tard (en août), plus officieuse et privée, eut bien lieu dans notre bonne ville. Voyons de quoi il s’agit.

 

Qui était la duchesse d’Angoulême ?

Fille de France, dite Madame fille de roi ou encore plus connue sous le surnom de Madame Royale (pour la différencier de sa tante), Marie-Thérèse Charlotte était l’aînée du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne, princesse royale de Hongrie et de Bohème, archiduchesse d’Autriche.

 

Née le 19 décembre 1778 à Versailles, elle eut pour frères cadets Louis-Joseph-Xavier-François, dauphin de France (1781-1789) et Louis-Henri appelé à régner sous le titre de Louis XVII (1785-1795) mais dont on connaît le triste destin et pour sœur, Sophie-Hélène-Béatrix, morte à 11 mois (1786-1787).

 

Emprisonnée au Temple le 13 août 1792 avec ses parents, son frère Louis-Henri (XVII) et sa tante Madame Élisabeth (sœur du roi), la jeune Marie-Thérèse, en grande souffrance morale, après bien des brimades, des humiliations et tragédies successives engendrées par la Révolution (mort du roi, de la reine, de sa tante, séparée de son frère), seule survivante âgée de 17 ans, fut échangée et quittait alors la France le 25 décembre 1795 pour vivre désormais, la plupart du temps, en exil.

 

Recueillie tout d’abord à la cour de Vienne par son cousin l’empereur François II et après avoir refusé de se marier avec le frère de ce dernier, l’archiduc Charles-Louis, elle finira par épouser son cousin germain, Louis-Antoine d’Artois.

 

C’est ainsi que le 10 juin 1799 (âgée de 20 ans), au château de Mitau, en Courlande (aujourd’hui Jelgava en Lettonie), Marie-Thérèse épousait, en présence du futur Louis XVIII, son oncle, (frère de Louis XVI) Louis-Antoine, fils aîné du futur Charles X (autre frère de Louis XVI), héritier de la couronne de France et titré duc d’Angoulême.

 

Les années suivant le mariage se passèrent en exil à Varsovie (Pologne) puis de nouveau en Courlande. En 1807, Marie-Thérèse, perdant tout espoir de revenir en France, s’installa à Hartwell en Angleterre où elle y retrouva son beau-père (Charles X) et son beau-frère, le duc de Berry.

 

Mais, en 1814, le 3 mai, avec le retour des Bourbons (Première Restauration), après vingt années d’exil, à 36 ans, la duchesse d’Angoulême foulait à nouveau le sol de France.

 

Puis ce furent les Cent- Jours, le retour de Napoléon de l’île d’Elbe qui, après avoir traversé la France, entrait aux Tuileries le 20 mars 1815.

 

Un premier passage à Vendôme de la duchesse d’Angoulême …annulé

L’annonce de ce retour surprit Marie-Thérèse et son époux à Bordeaux. Ayant quitté Paris le 27 février 1815, l’avant-veille du débarquement de « l’usurpateur », pour visiter le Midi, leur voyage jusqu’en Gironde ne fut qu’ovations, compliments et remerciements. Le couple traversa Étampes, Orléans, Bourges, Châteauroux, Limoges, Périgueux et Libourne. Arrivés à Bordeaux le 5 mars, le prince fit son entrée à cheval et la princesse en calèche découverte accompagnée d’une troupe de jeunes filles toutes vêtues de blanc et ceintes d’écharpes aux armes de la ville. Les rues jonchées de fleurs étaient parées des plus belles tentures. L’enthousiasme bordelais dura ainsi jusqu’au 9, jour durant lequel le duc d’Angoulême partit précipitamment pour Nîmes pour y prendre le commandement de cinq divisions militaires du Midi. Un courrier expédié dans la nuit du 5 au 6 mars avertissant le prince du débarquement de Napoléon venait, en effet, de décider ce brusque départ : Maintenez le Languedoc et la Provence dans le devoir, avait dit la duchesse à son mari, moi je me charge de garder Bordeaux (acquise à la cause des Bourbons) et tous les départements voisins. D’ailleurs, cette fermeté de caractère fera dire à l’empereur, admiratif, qu’elle était bien le seul homme de sa famille (sous-entendez de la famille des Bourbons).

 

Toujours est-il que le 1er avril (1815), la duchesse d’Angoulême quittait Bordeaux pour Plymouth, sur un navire anglais et que dix jours plus tard, son époux passait en Espagne.

 

Et Vendôme dans tout cela ?

Sans ce débarquement inattendu, La duchesse lors de son retour sur Paris, passant cette fois par Angoulême et Tours, avait, effectivement, prévu de s’arrêter à Vendôme :

 

On attendait depuis quelques jours à Vendôme Madame, duchesse d’Angoulême, qui devait y arriver le vendredi 17 mars, et qui devait descendre dans la maison du sieur Bucheron, adjoint à la municipalité dont les appartements avaient été préparés à cet effet, ainsi qu’un grand balcon en bois sur la rue et régnant le long de la maison ; on avait disposé en outre dans la ville, sur son passage, des arcs de triomphe…

 

Pour ce passage tant souhaité et attendu par les Vendômois (du moins pour certains), une médaille avait été frappée pour la circonstance. D’un diamètre de 27 millimètres, le recto porte le buste de la duchesse vue de profil ; cheveux relevés au sommet de la tête, ils sont agrémentés de trois grandes plumes d’où pend, sur l’arrière, une barbe de dentelle qui entoure les épaules ; en titulature avers, on lit « Bonheur des Vendômois ». Au verso, se lit l’exergue « Passage de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême, Mars MDCCCXV ».

 

De même, un chant royal à la gloire des Bourbons et de la duchesse ainsi qu’une «chanson», parodie de la contine «Orléans, Beaugency…», toujours de même orientation, avaient été également prévus. Composés tous deux par Mareschal, ancien oratorien, directeur du collège de la ville, ces deux textes avaient été imprimés par Soudry, imprimeur alors à Vendôme. Mais par mesure de précaution, en vue d’un possible revirement politique et 1815 ne fut pas épargné, c’est le moins que l’on puisse dire, la médaille et les deux textes ne portaient pas de date précise à l’exception de l’année ; le nom de l’imprimeur avait même été supprimé.

 

duchesse d’Angoulême

 

Un second passage de la duchesse qui fut…
cette fois, bien réel

Les événements se précipitant, avec la seconde abdication de Napoléon le 22 juin 1815, la duchesse d’Angoulême revint d’Angleterre en France, via le Havre et son époux, d’Espagne, par les Pyrénées et Toulouse. Mais avec Louis XVIII de retour, veuf de Marie-Joséphine de Savoie depuis 1810, il n’y avait plus de reine de France. Marie-Thérèse, « l’héroïne de Bordeaux » jouera désormais, plus ou moins, ce rôle auprès de son oncle, le roi, durant la Seconde Restauration.

 

C’est ainsi, étant donné les circonstances politiques du moment favorables aux Bourbons, que le couple princier, se rendant une nouvelle fois de Paris à Bordeaux, s’arrêta enfin, cinq mois plus tard que prévu, à Vendôme :

 

Les Vendômois impatients néanmoins et toujours jaloux de recevoir la fille de Louis XVI dans leurs murs, ont enfin eu le bonheur de la posséder pendant une demi-heure seulement avec Mgr le duc d’Angoulême, le mercredi 16 août 1815. Ces deux augustes voyageurs, en revenant de Paris pour se rendre à Bordeaux par Tours, ont descendu, sur les neuf heures du matin, dans le faubourg Chartrain, chez M Josse Boisberci, maire et chevalier de la Légion d’honneur depuis six mois, à qui leurs Altesses royales ont fait l’honneur d’accepter quelque chose du déjeuner qui leur était destiné.

 

Les régiments prussiens envoyés en garnison à Vendôme le 16 juillet 1815, huit jours après le retour du roi dans sa capitale, la garde nationale, la gendarmerie, les pompiers avaient été au devant du prince et de la princesse qui traversèrent la ville au son des cloches et aux cris de ‘Vive le Roi’ ! ‘Vivent M et Mme d’Angoulême’ !

 

Toutes les maisons des rues sur leur passage étaient ornées ainsi que les fenêtres, de tapisseries, de guirlandes, de fleurs de lis, de devises et d’inscriptions en vers. Les autorités constituées et les deux curés de la ville ainsi que les chevaliers de Saint-Louis et de la Légion d’honneur de l’arrondissement eurent l’honneur de leur être présentés.

 

Un concours immense du peuple qui avait précédé leurs pas dans le faubourg ne cessa, pendant leur trop courte apparition, de manifester, jusqu’à leur départ, l’allégresse la plus vive par des acclamations et des bénédictions continuelles.

 

Peu de jours après, le duc et de la duchesse d’Angoulême, sensibles au chaleureux accueil des habitants de Vendôme, par l’intermédiaire de M le vicomte de Montmorency, chevalier d’honneur de Madame, firent afficher dans les rues de la ville une proclamation tendant à attester leur entière satisfaction de la conduite des Vendômois à leur égard et leur regret de n’avoir pu rester plus longtemps parmi eux.

 

Pour la petite histoire

Lors de leur premier passage, le couple princier devait s’arrêter chez le sieur Buscheron, rue du Grand Faubourg, ici, rue du faubourg Chartrain, emplacement des Nouvelles Galeries où s’élevait précisément l’ancien hôtel Boisrichard. Il s’agit là, sans doute, d’Antoine-René Buscheron (de) Boisrichard (particule supprimée à la Révolution), officier de la maison du roi, puis conseiller au baillage et maire de la ville, une première fois, en février 1790, pour quelques mois et réélu en mars 1794, en juin 1800 jusqu’au 21 mai 1813. En 1815, il devait être encore conseiller municipal.

 

Quant au deuxième passage, ils descendirent chez Josse (de) Boisbercy, pour l’heure maire de Vendôme jusqu’en 1821. Son hôtel particulier avec son vaste parc se situait au n° 12 du même Grand Faubourg, aujourd’hui entrée de la Résidence du Parc. Ce fut également, par la suite, l’ancien hôtel de Trémault ; début XXe siècle, la tradition familiale chez les de Trémault parlait encore du déjeuner préparé, lors du passage de la duchesse d’Angoulême, dans leur orangerie dont le dallage avait été posé pour cette circonstance.

 

Autres détails : Gervais Launay, érudit bien connu, avait personnellement assisté au passage de la duchesse d’Angoulême. «J’étais enfant à Montoire et on m’envoya à Vendôme chez mon oncle Odéré, architecte qui demeurait au Grand Faubourg, pour voir cette fête, et je l’ai vue» ; le 16 août 1815, il avait onze ans.

 

Revenant à la fameuse médaille (décrite plus haut pour le premier passage), une deuxième édition de celle-ci semble avoir été fondue…En plomb, peinte en bronze, avec, sur le recto, toujours la même légende «Bonheur aux Vendômois», et au verso «Née à Versailles le 19 décembre 1778, morte à Frohsdorf 1851» (donc le 19 octobre, en Autriche). Est-ce une deuxième médaille frappée à la hâte pour justement honorer ce plus bref second passage avec, toutefois, une légende plus personnalisée, mais sans préciser, cette fois, la moindre date ? Allez savoir ?

 

Enfin, légende ou réalité, toujours pour la petite histoire : Sortant de Vendôme pour suivre la route d’Espagne par Tours, Mgr le duc et Madame la duchesse d’Angoulême s’arrêtèrent à deux lieues de là, pour prendre le relais de poste du Plessis-Saint-Amand, soit au lieu-dit La Rose, proche le château du Plessis Fortia, le tracé de la route passant alors par Huisseau (en Beauce), soit au lieu-dit La Poste (quelques kilomètres plus loin, juste avant le hameau de Villethiou).

 

Au relais, leurs Altesses royales y trouvèrent, nous dit-on, une certaine demoiselle (de) Sarrazin, fille d’un député de la noblesse à l’Assemblée constituante, ancien capitaine au régiment de Noailles-cavalerie et chevalier de Saint-Louis ; celle-ci eut l’honneur de leur adresser à la portière de leur voiture un compliment en vers et de leur offrir une corbeille de pêches d’une grosseur extraordinaire ; la princesse reçut l’un et l’autre avec son affabilité et sa grâce naturelle et voulut même goûter l’une de ces pêches en présence de la demoiselle qui fut si flattée et si touchée de l’accueil qui lui fut fait, qu’elle se retira presque évanouie…

 

Références bibliographiques :
P. Van Kerrebrouck, La maison de Bourbon, volume IV, Villeneuve d’Ascq, 1987.
Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, E. Nouel, chant royal et chanson, année 1890, Vendôme Lemercier.
Duchemin de la Chesnay Mémoires historiques et chronologiques sur la ville de Vendôme et sur l’ancien pays vendômois, manuscrits, T.I, Fonds ancien de la bibliothèque de Vendôme.
Gaucher de Passac, Vendôme et le Vendômois, Vendôme, Morard-Jahyer, 1823.
Recherches et étude personnelles.

Iconographie :
Portrait (1827) de Marie-Thérèse-Charlotte de France, duchesse d’Angoulême par le peintre Alexandre-François Caminade (1789-1862). Musée du Louvre, catalogue Joconde, Google.


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