Histoires locales

L’évasion tranquille d’un spahi de couleur à Vendôme

En feuilletant un vieux livre jauni par les ans qui titre Evasions militaires de 1870 – 1871, je suis tombé sur la transcription d’un récit insolite [sic] : «Le spahi nègre de Vendôme ». La source en étant L’invasion de Ludovic Halévy, je préfère boire à celle-ci directement pour vous conter l’histoire.

Nous sommes en plein hiver alors que les Prussiens occupent la ville et que les blessés des deux camps sont amenés heure par heure à «l’ambulance» (hôpital de campagne) improvisée par la Croix-Rouge dans ce qui était le lycée – devenu l’Hôtel de Ville et de Communauté.

L’évasion tranquille d’un spahi de couleur à Vendôme

Le poing aux officiers

Je vous passe les détails physiques de la description d’Halévy, typiques de l’époque coloniale et de son cortège de préjugés. « [Ce grand nègre] avait une blessure au bras. On l’avait soigné, guéri et, depuis les premiers jours de janvier, il allait et venait dans les cours du lycée, entortillé dans un vieux manteau rouge qui lui restait de son uniforme. […] Il faisait tant de gestes et de grimaces qu’on le comprenait par sa pantomime, plus que par son langage.»

Le pauvre spahi, de plus, ne cachait pas sa détestation des Allemands et montrait volontiers le poing aux officiers qui passaient par là. « On était toujours occupé à le cacher, à l’empêcher de se montrer, d’aller dans la rue » poursuit le narrateur… «Il commença […] à dire qu’il voulait partir, […] qu’il avait envie de recommencer à se battre…»

«Pas parler… Moi m’en aller»

Que fit notre vaillant spahi ? Ayant dégotté on ne sait où «un pantalon d’été gris clair qui lui venait au milieu des jambes, une petite veste d’alpaga marron et un grand chapeau de paille», il sortit en disant à Halévy : «Pas parler… Moi m’en aller, porte-toi bien.» Il prend la rue du Change, passe le pont, traverse tranquillement tout le faubourg Chartrain au nez et à la barbe des factionnaires qu’il salue…Avant de «passer bien posément sous le nez du poste prussien» et de «s’en aller dans la campagne.»

«Il les saluait avec son chapeau de paille et leur faisait des sourires et des grimaces. […] Je crois que ce qu’il l’a sauvé, c’était cette envie de rire qu’il donnait à tout le monde sur son passage» conclut l’académicien librettiste qui fut donc, aussi, reporter de guerre.

Mais on sent sous sa plume cette vigueur dramatique déjà éprouvée dans la co-écriture des livrets d’Offenbach (avec Henri Meilhac) et à venir dans Carmen.

Halévy à Vendôme, c’était aussi du spectacle !

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