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Un Américain sur les traces du père

Un Américain sur les traces du père

Laurent Ditmann, professeur d’université à Atlanta aux Etats Unis et spécialiste de l’histoire militaire, a séjourné dernièrement quelques jours à Mondoubleau. Déjà venu en 1976, à l’âge de 14 ans, avec son père, il n’avait pas mesuré à l’époque l’importance de cette visite si particulière. Aujourd’hui, 41 ans plus tard, Laurent Ditmann s’est mis en quête du passé de son père durant la Seconde Guerre mondiale, s’efforçant de rassembler les documents et témoignages des trois ans passés dans les années 1940 dans ce village du Perche Vendômois.

Tout commence débute en 1922. Quand ses grands-parents, juifs polonais, avaient immigré à Paris et exerçaient le métier de tailleur dans le IIIe arrondissement de la capitale.
«Mon père, Marcel, est né en 1933 dans cette famille très modeste qui s’était spécialisée dans le pantalon de toile style golf qui se faisait beaucoup à l’époque. Ma grand-mère, Blima, vendait leur production au Carreau du Temple à quelques centaines de mètres du petit atelier», précise Laurent Ditmann. En mai 1941, mon grand-père, Benjamin, a été convoqué par la police française à la préfecture lors de la fameuse «rafle du billet vert», nommée ainsi de par la couleur du ticket délivré aux 6694 juifs étrangers de la région parisienne âgés de 18 à 60 ans. C’était l’une des toutes premières arrestations organisée par les autorités françaises en collaboration avec les Allemands.
Benjamin Ditmann est expédié immédiatement avec 2 000 autres malheureux de la gare d’Austerlitz au camp de transit de Beaune-la-Rolande, au nord-est du Loiret. «Mes informations sont floues, car si je suis pourtant chercheur dans mon métier au quotidien, j’ai commencé ces recherches tardivement. Mon père décédant en 1992, j’ai des regrets énormes de ne pas en avoir parlé avec lui. Dans les familles ayant subi ces traumatismes, la parole a du mal à se libérer, le silence n’efface pas la douleur», souffle Laurent Ditmann.
Reste deux photos retrouvées dans les affaires de Marcel après son décès. Deux clichés montrant Benjamin au sein d’un groupe d’internés dans le camp du Loiret. Ce sont les dernières photos de son grand-père conservées au sein de la famille Ditmann. Car, le 4 juin 1942, Benjamin est expédié à Auschwitz-Birkenau, par l’un des premiers convois de juifs français. Il meurt en octobre dans l’hôpital-mouroir du camp, une feuille signée par le médecin SS le confirmera, elle est retrouvée dans les archives du camp. «Juste avant d’être acheminé dans des wagons de bestiaux en Pologne dans ce camp de concentration, Benjamin aurait demandé à sa femme Blima, qui venait le visiter très régulièrement à Beaune-la-Rolande, de s’enfuir avec les enfants en zone libre. Les représailles envers les juives et les enfants qui jusqu’à 1942 étaient épargnés, allaient commencer, mon grand-père avait dû l’entendre», explique le professeur américain.

La rafle de Mondoubleau

Blima se serait retrouvée sur le quai de la gare de Vendôme avec ses deux garçons, Marcel et Albert, en attendant de trouver une solution pour passer en zone libre dans le sud du département.
Léon Bruneau, un habitant de Mondoubleau âgé d’une vingtaine d’année à l’époque, se trouvait alors sur place et aurait proposé à ma grand-mère de le suivre. «Avec l’accent yiddish de ma grand-mère polonaise, fort prononcé, il n’y avait pas de doutes sur sa nationalité et sa religion. Léon a pourtant ramené cette petite famille chez lui alors qu’il ne les avait jamais rencontrés, non pour de l’argent ou par idéologie politique, mais dans un comportement civique de la communauté. Voilà le lien avec Mondoubleau, vous livrant l’histoire telle que je la connais. Ma famille a passé le reste de l’occupation dans le Vendômois, elle ne s’est pas cachée, ce qui est surprenant, je viens de l’apprendre par les entretiens menés aujourd’hui.» Avec seulement un document de son père pendant la guerre, une photo de classe de l’école de Mondoubleau, Laurent Ditmann a pu s’entretenir avec les quelques survivants, entre autre Jean Launay, camarade d’école de Marcel pendant la guerre. «En février 1944, il y a eu pourtant une rafle à Mondoubleau où trois maquisards ont été arrêtés, mais malgré que tout le monde savait pour les enfants juifs qui étaient à l’école, ils n’ont pas été dénoncés», se souvient Jean Launay.
Laurent Ditmann est le seul à habiter aux Etats-Unis, toute sa famille vit en France, en région parisienne. Pour le moment, cette interrogation sur ce passé douloureux reste personnelle, le travail qui pourra être mis en place, Laurent Ditmann n’en a aucune idée. «Pour moi, c’est avant tout un devoir de mémoire. Rendre hommage à mes ancêtres et aux habitants de Mondoubleau, c’est une façon de les remercier. Et puis, en vieillissant, on aime savoir d’où l’on vient», conclut-t-il.

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