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La Possonnière, les chênes et les bûcherons…

Plus de 50 chênes de 200 ans mis à bas en janvier dernier. «Dépérissants» explique la société qui s’en est chargée… Me reviennent les vers de Ronsard qui eut pleuré devant ce désastre.

Il y a deux ans dans ces colonnes, je vantais le souvenir d’un «Ronsard, écolo de la première heure», celui-là même qui enrageait de voir sa forêt de Gâtines mise à mort par les bûcherons du Duc de Vendôme (futur Henri IV) et prédisait :

Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
[…] Plus du soleil d’été ne rompra la lumière,
[…] Tout deviendra muet ; écho sera sans voix…

C’est l’Elégie du fameux vers «Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras !»

Voici la scène rejouée cinq siècles et demi plus tard ! Et les promeneurs de la demeure natale du poète n’ont que leurs yeux pour pleurer. La cause, pourtant, semble entendue : le réchauffement climatique dont nous sommes tous responsables.

« Une coupe sanitaire »

Quentin Salignon, directeur de Services Bois et Forêts, petite boîte d’exploitation sise en Vallée du Loir m’a tout expliqué savamment : «On aurait dû faire cela il y a 10 ans au moins… Ces chênes pédonculés ou sessiles d’environ 200 ans séchaient sur pied à cause des étés plus chauds qui succèdent aux hivers trop courts. C’est d’abord la tête qui sèche à 30 mètres, puis les branches et cette sécheresse descend… Ce qu’on a fait, c’est une coupe sanitaire suivant un protocole d’observation de dépérissement des arbres. Mais 60 à 70% des grumes sont assez sains pour fournir l’ébénisterie [et rapporter quelques dizaines de milliers d’euros à l’agglo des Territoires Vendômois qui en est propriétaire – NDLR]. L’avenir de ces 3 ha, ce sont des bouquets de chênes pubescents – plus résistants – d’acacias et de résineux comme des cèdres. Il faut adapter les essences au plateau et à la pente qui sont un terrain très séchant.»

Du bois pour l’agglo

Au cabinet du président de l’agglo, on précise que des arbres «menaçaient la sécurité des promeneurs» et on sauve les meubles (comme on dit), déclarant en substance qu’une grande partie du bois récolté «sera réutilisée en bois de charpente, traverses, menuiseries dans nos communes qui en auront besoin… C’est aussi l’intérêt de l’opération.»

Voilà pour la raison. Mais je n’y peux rien, mon âme pleure ces grands chênes vénérables qui formaient rideau au sud du manoir Renaissance, notre bien commun. Un rideau du temps. Leurs énormes grumes encore couchées sur cette coupe rase me font l’effet d’autant de Gulliver(s) fauchés par les Liliputiens. Et, c’est avec Ronsard que je pleure : « Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées, De tableaux et de fleurs autrefois honorées… »

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