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François Ier et les Bourbon-Vendôme

François Ier et les Bourbon-Vendôme

Après avoir érigé le comté de Vendôme en duché-pairie1 et gardé de nombreux contacts avec ses premiers ducs et duchesses2 qui l’administrèrent, François Ier allait également avoir des rapports, sinon privilégiés, du moins très proches tant sur le plan militaire que religieux, voire diplomatique, avec certains membres de la Maison des Bourbon-Vendôme. Une nouvelle étude, quasi inédite, basée sur des actes encore jamais exploités, localement, jusqu’à ce jour.

Rapports du roi avec Renée et Isabelle de Bourbon

Dernières filles de Jean VIII comte de Vendôme (1446-1477) et d’Isabeau de Beauvau, sœurs cadettes de François de Bourbon, lui-même comte de Vendôme de 1477 à 1495 (donc belles-sœurs de Marie de Luxembourg), elles revêtirent toutes deux l’habit religieux.
Née en 1468, Renée de Bourbon prit cet habit à l’abbaye de Saintes à l’âge de huit ans. Élue abbesse de la Trinité de Caen en 1490, elle fut nommée quelques mois plus tard abbesse de Fontevrault (auj. Fontevraud). Là, bénéficiant d’appuis royaux durant ses 43 ans de gouvernance quelque peu autoritaire, elle laissera, à sa mort survenue en 1534, une abbaye plus prospère que jamais et plusieurs reconstructions comme l’aile sud du cloître du Grand Moutier, le grand réfectoire et la nouvelle cuisine attenante, la galerie appuyée au transept nord de l’église abbatiale. Ses initiales (RB) se retrouvent d’ailleurs sur le carrelage de la salle capitulaire.

C’est en 1516 que François Ier, à la requête de cette abbesse Renée de Bourbon, confirmait les bulles du pape Léon X touchant la réforme de l’abbaye de Fontevraud et des monastères qui en dépendaient.

Isabelle de Bourbon, quant à elle, rentrée au couvent de Poissy, devenait à son tour grande prieure de Fontevraud, puis abbesse de la Trinité de Caen sans doute en remplacement de sa sœur et où elle s’éteindra en juillet 1531. C’est par un acte de 1515, signé à Blois, que le roi confirmait, au nom de l’abbesse Isabelle de Bourbon, un serment de fidélité pour le temporel de la dite abbaye de Caen.

Rapports du roi avec François, Louis et Louise de Bourbon

De ces trois enfants du comte de Vendôme François de Bourbon et de la comtesse Marie de Luxembourg, seuls, les deux garçons (qui suivent) eurent des liens très étroits avec François Ier. François de Bourbon naquit à Ham (Somme) en octobre 1491. Frère cadet du premier duc de Vendôme Charles, il était le troisième garçon de Marie de Luxembourg. Titré comte de Saint-Pol, il représenta le comte de Champagne au sacre de François Ier (janvier 1515) qu’il accompagna de suite en Italie. Armé chevalier à Marignan par Bayard, semble-t-il, il recevait, la même année, l’ordre de Saint-Michel.

Dès 1518, le roi le gratifiait de la baronnie de Mortagne, près de Tournai (auj. en Belgique) et de 4 000 écus soleil en récompense de ses services. L’année suivante, en remplacement de son frère Charles nommé gouverneur de Picardie, François recevait la charge de lieutenant général des ville, prévôté et vicomté de Paris, de l’Île de France, du Soissonnais, du Valois et les bailliages de Senlis, Melun et du Vermandois.
De 1520 à 1522, il entreprenait la campagne de Flandre et de l’Artois, avant de rejoindre le Milanais en 1524.

À Pavie (24 février 1525), François de Bourbon, blessé, était fait prisonnier ; mais de cette captivité rien ne ressort. Sans doute libéré comme François Ier en mars 1526, nous le retrouvons bientôt gouverneur du Dauphiné,  le roi lui octroyant alors 12 000 livres tournois de pension.
En 1528, François commandait à nouveau, en Italie, les troupes royales composées de lansquenets, d’aventuriers français, de chevau-légers et d’hommes d’armes. Plusieurs autres actes signés par le roi nous apprennent ainsi l’envoi, à son nom, de renforts, de vivres et de munitions ainsi que de fortes sommes d’argent pour la solde des troupes et l’entretien des armées.

Le 9 février 1535, il épousait à Paris, Adrienne duchesse d’Estouteville. Si le contrat de mariage fut confirmé par François Ier en personne, celui-ci devait également rembourser une partie des frais de la cérémonie et apporter en cadeau 40 000 livres tournois. Le roi l’appelait alors « notre très cher et aimé cousin François, comte de Saint-Pol ».
En 1536, François Ier s’emparant des états du duc de Savoie, ordre fut donné au comte de Saint-Pol de réduire à l’obéissance « la Haute Tarentaise et autres dépendances de ce duché».

Décédé le 1er septembre 1545, François de Bourbon, duc d’Estouteville par son épouse, fut inhumé en l’abbaye de Vallemont au diocèse de Rouen. C’est alors que le roi s’intéressant à sa succession s’adressa à ses deux enfants mineurs Marie et François, deuxième du nom, né le 14 janvier 1536, auquel il conféra  la charge de gouverneur du Dauphiné, tout juste âgé de 9 ans. Mais un an plus tard, la mort devait emporter le jeune garçon.
Louis de Bourbon, quatrième fils de Marie de Luxembourg (donc frère du précédent), naquit à Ham le 2 janvier 1493. Se consacrant à la religion, il était nommé évêque de Laon dès 1510 et bien qu’homme d’église, il suivit également le roi, en 1515, dans le Milanais.

Sacré à Paris en mai 1517, Louis était nommé cardinal deux mois plus tard et désormais il cumulera les plus hautes charges ecclésiastiques.
Déjà, en 1518, François Ier lui accordait les revenus de l’abbaye de Saint-Valéry-sur-Somme saisie précédemment à son profit. L’année suivante (1519), le roi recevait ainsi le serment de fidélité pour le temporel de la dite abbaye prêté par  Louis tout juste nommé évêque du Mans.
En 1521, Louis recevait encore en don les revenus de l’abbaye d’Anisy (Aisne) dont l’abbé s’était alors rangé au parti de Charles Quint, en dédommagement de l’abbaye de Saint-Amand (diocèse de Tournai) appartenant au dit cardinal Louis mais dont l’empereur s’était alors emparé. C’est à Anisy précisément que Louis se fera reconstruire, vers 1534, un magnifique château.

Début 1524, le roi donnait pouvoir aux cardinaux Jean de Lorraine et Louis de Bourbon, entre autres, pour traiter avec les ambassadeurs de Charles Quint et ceux de Henri VIII, roi d’Angleterre. Fins diplomates, ayant toute la confiance du roi, les deux cardinaux et le légat d’Avignon seront aussi envoyés à Rome, par mer, deux ans plus tard pour négocier avec le pape.
Après avoir reçu les revenus de l’évêché du Mans échus depuis la mort du cardinal de Luxembourg, son prédécesseur, Louis était nommé, en 1527, évêque de Luçon, charge qu’il résignera toutefois par la suite. La même année, Louis recevait encore les terres de Crépy (en Laonnais) pour en jouir sa vie durant.

François Ier ayant épousé, le 7 août 1530, en secondes noces, en l’abbaye Saint-Laurent de Beyries (Landes), Éléonore, fille de Philippe Ier, roi d’Espagne, sœur aînée de l’empereur Charles Quint et pour lors, veuve d’Emmanuel roi du Portugal, Louis, cardinal de Bourbon, devait encore sacrer et couronner la nouvelle reine, le 5 mars 1531, à l’abbaye de Saint-Denis. À ce sacre, la maison de Vendôme fut très présente : Éléonore fut ainsi accompagnée, comme portant sa traîne, par la duchesse douairière de Vendôme, Marie de Luxembourg et la duchesse en titre Françoise d’Alençon, elle-même suivie de Mlle de Vendôme, sa fille Marguerite ; et tandis que le duc de Vendôme Charles et nombre de grands seigneurs assistaient au plus près Éléonore, son frère cadet François, notre comte de Saint-Pol (étudié plus haut), insigne honneur, portait son sceptre.

En 1535, le roi lui octroyait maintenant les revenus de l’évêché de Sens, après avoir, semble-t-il, démissionné de celui du Mans.
À la mort de son frère le premier duc de Vendôme Charles, le 25 mars 1537, Louis était nommé curateur de son neveu Antoine de Bourbon et percevra en son nom, dans un premier temps, la pension de 24 000 livres échue à feu son père.

Louis de Bourbon prendra encore possession de l’évêché de Tréguier en juin 1538 qu’il délaissera, là aussi, trois ans plus tard.
Ultime dévouement envers son roi, le cardinal Louis présida aux funérailles royales. Mort au château de Rambouillet le 31 mars 1547, François Ier était inhumé en l’église abbatiale Saint-Denis. Pour la cérémonie, la maison de Vendôme fut encore représentée par Monseigneur d’Enghien, Jean de Bourbon (19 ans), onzième enfant du duc Charles décédé dix ans plus tôt et par Louis, Monsieur de Vendôme, frère du précédent (douzième enfant), né au château de Vendôme en 1530, auteur de la branche des illustres Condé.

Enfin, après avoir couronné Catherine de Médicis à Saint-Denis le 10 juin 1549 et avoir été établi par Henri II lieutenant général de son armée (1552), Louis mourut en son Hôtel de Bourbon à Paris, le 11 mars 1556 et fut inhumé dans la cathédrale de Laon.
Louise de Bourbon, née au château de la Fère (Aisne) sans doute en 1496, dernière fille de Marie de Luxembourg, prenait le voile en 1510 et prononçait ses vœux neuf ans plus tard. Grande-prieure à Fontevraud en 1521, puis abbesse de Sainte-Croix à Poitiers en 1533, elle finira ses jours comme abbesse, de nouveau, à Fontevraud, à partir de 1534 et ce jusqu’en 1575.

Un acte de François Ier de 1536 donne la confirmation des privilèges, franchises et libertés octroyées par les rois à l’abbaye de Fontevraud en faveur de Louise de Bourbon, alors abbesse.
Rapports du roi avec Marie, Marguerite et François de Bourbon
Marie de Bourbon, née au château de la Fère le 29 octobre 1515, était le deuxième enfant du duc de Vendôme Charles et de Françoise d’Alençon. Accordée à Jacques V, roi d’Écosse, le traité du mariage fut ratifié par François 1er en mars 1535. Mariage qui n’aura toutefois pas lieu, la jeune Marie étant décédée avant la date prévue, en 1538.

Marguerite de Bourbon, née à Nogent le 20 octobre 1516, troisième enfant du duc Charles, sœur cadette de Marie, épousait au château du Louvre, en 1538, François de Clèves, comte puis duc de Nevers, pair de France, comte d’Auxerre, de Rethel, d’Eu…entre autres.
En considération de cette union, le roi, après avoir autorisé et ratifié ce mariage, faisait don de 2 000 livres aux époux et ordonnait à son argentier de verser, en plus, 970 livres «pour parements et accoutrements» afin de servir «au festin des noces de M de Nevers».
Ce fut encore le roi qui remboursa un «chevaucheur d’écurie» (un coursier) pour son voyage à la Fère (sur-Oise), porteur de lettres adressées à Marie de Luxembourg, dans le but de la faire venir à Paris au mariage de la dite Marguerite, sa petite-fille.
François de Bourbon, titré comte d’Enghien, quatrième enfant (vivant) du duc Charles, donc frère cadet des précédentes Marie et de Marguerite, était né à la Fère le 23 septembre 1519. Il fut avant tout un homme de guerre.
François Ier le nomma ainsi lieutenant général de l’armée de mer du Levant et gouverneur du Piémont en 1543. L’année suivante, le roi lui attribuait encore la charge de gouverneur du Languedoc.
Vainqueur à Cérisoles (Italie) sur les troupes de Charles Quint, le 14 avril 1544, François devait décéder accidentellement au château de La Rocheguyon, le 23 février 1545.
Le roi fera alors appel à son frère Jean de Bourbon (celui-là même qui représentera la Maison des Bourbon-Vendôme aux funérailles du roi, deux ans plus tard), né à la Fère en 1528, dit Monsieur d’Enghien, pour la charge de capitaine de 50 lances rendue vacante par la mort de François.

Note (1) : Le Petit Vendômois, n° 312, février 2015.
Note (2) : Le Petit Vendômois, n° 315, mai 2015.

Références bibliographiques :
Gallica, Catalogues des actes de François 1er, Paris, Imprimerie Nationale, 1890.
P.Van Kerrebrouck,  La Maison de Bourbon 1256-1987, Villeneuve d’Ascq, 1987.
Recherches locales et étude personnelle.
Iconographie : Portraits de Clouet, collection particulière.

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