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Le passage de Louis XIII à Vendôme

Le passage de Louis XIII à Vendôme

Après les deux séjours inédits de Charles VIII dans notre bonne ville1, s’il est un événement important mais totalement ignoré de notre histoire locale, c’est bien cette visite du château de Vendôme par ce jeune roi de France lors d’un voyage en Touraine, en 1619. Aucun des grands érudits ou historiens des deux derniers siècles n’en dit mot, pas même Raoul de Saint-Venant à qui, pourtant, rien n’échappa. Ce périple, rapporté dans le journal de Jean Héroard, médecin personnel de Louis XIII, noté au jour le jour avec une extrême précision et force détails, mérite que l’on s’y intéresse. Une nouvelle étude inédite qui surprendra, sans nul doute, tous les amateurs de la petite Histoire de Vendôme.

L’an 1619

Le jeune Louis XIII (1601-1643) est ici dans sa dix-huitième année. De mai à octobre, il parcourt une partie de son royaume, entre Seine et Loire. Il est accompagné de la reine, son épouse, Son Altesse Anne d’Autriche, Infante d’Espagne et d’une partie de la Cour.
Parti le 7 mai (1619) de Saint-Germain (en Laye), en passant par Étampes, Toury, Orléans, Beaugency, le jeune roi arrive le 18 (mai) à Blois. Après quelques jours de repos, poursuivant par Amboise, il gagne Plessis-les-Tours. C’est là, que César, duc de Vendôme, son demi-frère, de retour de Bretagne (dont il est aussi le duc), le rejoint le 6 juin. Deux jours plus tard (8 juin), Louis file sur Tours qu’il a déjà visité. Durant cette courte période, César de Vendôme, conspirateur né, le plus souvent contre le roi, est au mieux, pour une fois, avec son souverain et soutient même ce dernier en lutte contre sa mère Marie de Médicis. Mais rappelé le 23 juillet à Concarneau qui se soulève, César repart pour la Bretagne, mate la ville, puis rejoint à nouveau le roi resté à Tours, le 30 août suivant. Revenant par Amboise et Onzain, Louis XIII arrive pour la seconde fois à Blois, le 23 septembre.

Le 23e jour de septembre 1619

Le roi pénètre dans Blois vers 6 heures du soir (18 h). Après avoir soupé (dîné) à 7 h (19 h), il rend visite à M de Luynes, son favori, qui l’accompagne dans son voyage, pour en revenir à 21 h 30. Après sa prière du soir, il s’endort vers 22 h pour ne se réveiller le lendemain qu’à 5 h 30 du matin.

Le 24e jour de septembre

Ainsi réveillé « doulcement » aux aurores, Louis se lève à 6 h 15, prie Dieu et à 7 h prend son (petit) déjeuner  avant d’écouter la messe. À 7 h 45, il monte dans son carrosse et quitte Blois. Il arrive à la Chapelle-Vendômoise à 9 h et dîne (déjeune).une heure après.

À midi, il reprend son carrosse pour faire une halte à deux lieues de Vendôme ; là, il met pied à terre et va chasser. La lieue de chemin valant alors 2 280 toises (soit approximativement en toises vendômoises 4 440 mètres), le roi ne peut que s’arrêter au village de Villeromain, distant de 9 km en amont de Vendôme, venant de Blois.

Pour lors, la seigneurie de Villeromain appartient à la Maison de Maillé et plus précisément à François de Maillé, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et chevalier de l’Ordre, seigneur de l’Islette en Touraine. Son fils Charles qui occupe les mêmes fonctions que son père deviendra l’année suivante (1620), coïncidence ou pas, maître de camp des armées du roi ; il a, de plus, pour épouse Charlotte d’Escoubleau de Sourdis… Dame d’honneur de Marie de Médicis. On peut donc penser que Louis s’est effectivement arrêté pour chasser sur les terres de Villeromain qui avaient déjà, semble-t-il, quelques affinités avec la Cour de France.

Arrivé seulement à 4 h de l’après-midi (16 h) à Vendôme, le roi «fait ses affaires…» (rares moments intimes qu’il s’octroie, sur sa chaise percée notamment), puis monte à pied au château «qu’il visite en entier» pour la première fois. Quel chemin emprunte-t-il ? Nous l’ignorons. La construction de la rampe n’étant sans doute pas commencée (elle le sera plus sûrement après 1620), deux voies principales pour accéder à la forteresse, venant de la ville, à pied, sont alors possibles : depuis la porte fortifiée Saint-Bié par un sentier aménagé dans le fossé et conduisant au châtelet de l’entrée principale, côté ‘est’ – ou depuis la porte fortifiée (aujourd’hui, 12 rue Ferme) commandant les Ponts Neufs et la basse-cour, par un autre sentier serpentant jusqu’à la Capitainerie.

Une visite royale

Le château appartient à César de Vendôme (alors âgé de 25 ans), depuis 1598, date à laquelle il fut légitimé par son père Henri IV pour devenir le 4e duc de Vendôme. Il a pour épouse Françoise de Lorraine (21 ans). Tous deux n’y séjournent que rarement, préférant leur château d’Anet (Eure-et-Loir). Ce jour-là, César ne semble pas accompagner le roi ni même le recevoir en sa ducale demeure ; du moins, Héroard n’en fait pas mention.

Sans doute, le jeune Louis visite-t-il les fortifications du front sud et les différents corps de logis dominant la ville. Marchant sur les pas de ses ancêtres directs issus de la famille des Bourbon-Vendôme, il n’a garde d’oublier la collégiale Saint-Georges. Nécropole de cette illustre ascendance, le roi peut ainsi se recueillir sur le caveau de ses grands-parents paternels (Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret), sur le tombeau de ses arrières-grands-parents (Charles de Bourbon et Françoise d’Alençon), ou encore devant le mausolée de Marie de Luxembourg, son arrière-arrière-grand-mère…. Sans oublier Catherine de Vendôme, duchesse de Bar, sa tante paternelle (sœur cadette d’Henri IV) et quelques autres membres collatéraux de sa famille.

S’il n’est pas reçu par le seigneur du château, peut-être l’est-il par son gouverneur, Geoffroy de Beaufils nommé en 1607 par son père Henri IV ou encore par quelques hauts dignitaires au service du duc qui est entouré, là, d’une véritable Cour.

Redescendu, toujours à pied, à 17 h 30, le roi soupe une demi-heure plus tard et regagne sa chambre à 19 h…. pour prier Dieu. À 21 h, il s’endort jusqu’à 5 h 30 «après minuit».
Héroard ne donnant aucune précision sur le lieu où Louis put se retirer dans la ville, nous en sommes, en ce premier quart du XVIIe siècle, réduit aux hypothèses à savoir l’abbaye de la Trinité (la plus probable), l’hôtel du gouverneur, les Cordeliers, voire les Capucins ou l’Hôtel-Dieu.

Le 25e jour de septembre

Après un réveil tout en douceur, comme à son habitude, et la prière du matin, le roi prend son déjeuner à 6 h 30, puis va à la messe. À 7 h, il monte dans son carrosse et quitte Vendôme. Il part pour Cloyes où il n’arrive qu’à 10 h 30, suite à un incident matériel sans gravité. En chemin, en effet, à deux lieues et demi de la dite ville (de Cloyes), peut-être au bas de la côte de la «Cavée», (au droit de Saint-Hilaire-la-Gravelle, où le paysage pourrait correspondre à la description donnée plus loin par Héroard), une pièce de bois qui s’attache au timon de la voiture et à laquelle sont attelés les chevaux se rompt : «la volée de son petit carrosse s’estoit rompue au dessus d’une montaigne où il avoit  ung bois après une descente pierreuse». Fait remarquable, le roi effectue lui-même la réparation : «il prend une hache, en coupe ung arbre, l’accommode, le remet dans le fer, le serre, et puis s’en va».

De 11 h à midi et demi, à Cloyes, Louis déjeune, puis reprend son carrosse pour arriver à Châteaudun à 16 h, après  s’être arrêté, plusieurs fois, pour chasser à l’arquebuse.  Là, il visite le château et fait mettre sur le Loir un bateau pour chasser à nouveau…

Le lendemain (26e jour), il quitte Châteaudun à 7 h pour «un déjeuner assorti de quelques amusements», à Thivard qualifié de «meschant village» (misérable), de midi à 14 h 30 ; puis se dirige vers Chartres où il est reçu à l’évêché et salué par le sieur Simon, président et lieutenant général ; il y  restera plusieurs jours.
Le 3 octobre, Louis XIII est à Maintenon. Passant par Épernon, Montfort-l’Amaury, Mantes, Chambly et Creil, il arrive le 10 à Compiègne, va à Chantilly, puis revient à Compiègne jusqu’au 22 octobre. Enfin, par Crépy, il rejoint Fontainebleau le 18 novembre (1619).

Note 1 : Le Petit Vendômois, n°  97, octobre 2013 : Quand le roi de France Charles VIII séjourna, par deux fois, à Vendôme.
Références bibliographiques :
Madeleine Foisil, Journal de Jean Héroard, Médecin de Louis XIII, 2 tomes, Fayard. Remerciements à Valérie Coiffard, animatrice du Patrimoine, pour m’avoir fourni cette référence concernant plus spécialement la venue du roi à Vendôme. Pasquier Jean-Claude, Le château de Vendôme, une histoire douce-amère, Éditions du Cherche-Lune, Vendôme, 2e édition, juin 2012.
Recherches et étude personnelles.
Iconographie particulière.

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