Économie en Vendômois

Alain livre ses légumes aux Tourangeaux depuis 40 ans

Ce maraîcher au grand cœur passe une journée à livrer des citadins à une heure de chez lui. « Ma sortie de la semaine » se réjouit-il.

Quel âge a-t-il, ce p’tit père qui fait encore les marchés du vendredi à Ruillé-sur-Loir et du dimanche à La Chartre en pantalon jaune et col fuschia ? « 81 qui vont sur les 82 ! » s’amuse-t-il en emplissant un carton de ce qu’il a ramassé la veille. Ce mercredi-là, Alain Maillet a garé son fourgon blanc à la va-vite rue Marat.

Ici, dans ce quartier de Tours proche des Prébendes  : des maisons particulières où les habitants sont ravis d’être livrés devant leur porte. « Ça m’arrange parce que je n’ai pas le temps d’aller jusqu’au marché des Halles et que je fais moi-même l’école à mes enfants » apprécie Marie, une quadra qui a trois poules et deux chats dans le jardinet de son habitation du début XXe, la plus vieille de la rue.

Des débuts en 2 CV fourgonnette

Alain la tutoie, elle pourrait être sa petite fille. « Tiens, je t’ai mis le premier potimarron, tes quatre kg de tomates [celles-ci elles ont du goût], des concombres et des courgettes, une belle laitue… Et puis tu donneras ce sac de patates au curé.  » Même s’il ne le connaît pas, Alain veut lui faire plaisir puisque c’est celui de Marie, très engagée avec son mari dans la paroisse Saint-François-de-Paul. Il est comme ça.

« J’ai dû commencer à livrer à Tours dans les années 80. J’arrivais pas à tout vendre à la ferme de Chevelu, celle qu’exploitait déjà mon arrière-grand-père, alors j’ai rempli ma 2 CV fourgonnette de carottes et de patates et j’ai fait les rues des quartiers tranquilles. La première fois, j’ai sonné à une douzaine de portes sans rien vendre et puis une dame m’a pris 5 kg de patates à 60 centimes… C’était parti. Au début, j’écoulais 20 kg, aujourd’hui j’en fais 150 mais avec une quinzaine de légumes différents.

La sieste dans le camion

Il compte aujourd’hui une quarantaine de clients. « Ça me prend la journée, je pars à 7h de la ferme, je reviens jamais avant 21h 0 mais je prends soin de moi, je fais la sieste dans mon camion et puis, j’aime causer, les gens sont tous sympas, aussi bien la femme de ménage que le colonel en retraite. C’est ma récréation, ma sortie de la semaine ! »

Retraité depuis 20 ans, il a conservé le statut d’exploitant agricole. « De 60 ha, j’en ai gardé cinq en parcelle de subsistance, je cultive et ma femme prépare les commandes, s’occupe de la compta. Faut aimer ça, si j’aimais l’argent plus que mon métier, je serais plus là depuis longtemps ! »

A sa grille alors que ses chats s’échappent dans la rue Marat, Marie sourit. « Vous avez mal compté, c’est 24 euros, pas moins ! Vous aurez encore des tomates mercredi prochain ? »

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