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La chronique de Camille : “Love Story à l’Iranienne” de Jane Deuxard

La chronique de Camille : “Love Story à l’Iranienne” de Jane Deuxard

Nominée pour le Prix Région Centre Val de Loire du festival de bande dessinée BD Boum, qui se déroulera du 18 au 20 novembre 2016 à Blois, Love story à l’iranienne est une remarquable bande dessinée reportage d’Anne Deuxard. Derrière ce pseudonyme, se cache un couple de journalistes soucieux de protéger leurs sources puisque les auteurs ont rencontré clandestinement des iraniens de vingt à trente ans qui ont accepté de se confier.

Y-a-t-il une place pour l’amour en Iran ? Mariages arrangés, certificats de virginité, surveillance constante des médias et des lieux publics, les libertés y sont contrôlées d’une main de fer, sous le deuxième mandat de Mahmoud Ahmadinejad comme sous celui d’Hassan Rohani. Le poids de la tradition et la peur de la délation sont eux aussi écrasants, omniprésents. Désabusée et pragmatique, la jeunesse iranienne imagine une pléthore de stratagèmes pour s’aimer malgré les lois de la république islamique. Les portraits de jeunes iraniens, qui se suivent et ne ressemblent pas, sont peints avec nuance et finesse, sans pathos : Gila et Mila, secrètement en couple depuis huit ans, Vahid, étudiant sous surveillance depuis sa participation active au Mouvement vert en 2009, ou encore Saviosh, serveur dans un café chic, fan des Pink Floyd et contraint de jouer de la guitare électrique en cachette, seule la musique religieuse étant autorisée dans l’espace public. Ces témoignages étonnent, attendrissent, révoltent ou choquent, comme celui, décalé, de Zeinab, qui donne une déroutante « leçon de féminisme » en raillant la condition des occidentales : «Je vous assure que ce pays est un paradis pour les femmes. Ici, je suis une reine.»

Le dessin de Deloupy est percutant : dynamique et maîtrisé, il alterne scènes figuratives et belles trouvailles métaphoriques au fort pouvoir symbolique, tel le ballon-œil surveillant le couple de journalistes, la mère-serpent polycéphale de Gila, ou la dispute d’Ashem et Nima, jeune couple vieillissant à vue d’œil, de case en case.

Poétique, évocateur, ce voyage en terre inconnue est également instructif, documentant le lecteur avec précision sur l’histoire contemporaine de l’Iran et la vie quotidienne de ses habitants, constatant un bâillonnement des libertés peu assoupli depuis le Persepolis de Marjane Satrapi, malgré une apparente ouverture du régime.

Camille Coursault

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Love story à l’iranienne de Jane Deuxard (scénario) et Deloupy (dessin et couleur), Delcourt, collection « Mirages », 2016, 144 pages, 17, 95 euros.

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